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ment donné dans les écoles cathédrales et presbytérales était empreint du même esprit de charité et de générosité.
Lorsque, au VIII* siècle, Théodulfe, évêque d'Orléans, par un décret demeuré célèbre enjoignit à ses prêtres d'établir des écoles dans les villages et les bourgs, il ajoutait !: « Si quelqu'un de leurs paroissiens veut leur confier ses enfants pour leur apprendre les lettres, qu’ils se gardent de les rebuter; au contraire, qu'ils s'appliquent à leur éducation avec une charité extrême, et, lorsqu'ils les instruiront, qu'ils se gardent d'exiger d'eux aucun prix en retour de ce service; qu’ils ne reçoivent rien, si ce n'est ce que les parents voudront bien leur offrir de leur plein gré et par esprit de charité.» Or, ce statut, renouvelé et généralisé par des actes ultérieurs, eut une grande influence sur le mouvement scolaire de l’époque.
Les Papes, de leur côt prirent d'énergiques mesures pour favori” t l’établissement des écoles et en rendre l'accès facile. Nous. ns rappelé * sous quelles peines sévères ils obligeaient dans chaque diocèse l'écolâtre, pourvu d’ailleurs de moyens sufisauts de subsistance, À délivrer aux personnes dûment qualifiées, sans rien exiger en retour, la «licence d'enseigner.» Le troisième concile de Latran, sous Alexandre II, fit preuve envers les pauvres d’une sollicitude spéciale. « Puisque, y est-il dit 8, l'Eglise de Dieu est tenue, comme une tendre mère, de secourir l'indigence dans ses besoins temporels et spirituels, de crainte que ls pauvres, À qui manquent des ressources de famille, ne soient privés des bienfaits de l'éducation, nous décrétons que dans toute église cathédrale il y aura un maître d'école, et que ce maître, pourvu d'un bénéfice convenable destiné à le sustenter et à lui permettre de répandre l'instruction, devra enseigner gratuitement nou seulement les clercs, mais encore {ous les écoliers pauvres. La même chose devra s'observer dans les autres
1 Labbe, Concit. VIT. 1140.
2 Voir plus haut, partie historique, chapitre VIE
3 Lan. XVIII: Héfélé, Hist. des Conciles, t. VI, p. 306
églises ou dans les mouastères auxquels, pour des fins scolaire des dons auraient été faits. »
Grégoire IX à son tour jugea de son devoir de rappeler et d confirmer ces règles pleines de sagesse. «Celui, disent les D crétales \, qui vend la licence d'enseigner ou qui la refuse à n maître idoine, doit être privé de son bénéfice. Chaque églis cathédrale doit pourvoir d’un bénéfice le maître chargé d'ense gner gratuitement les clercs de l'Eglise et les autres étudiant pauvres.» Plus tard, le concile de Trente dans un de £e décrets ? s'occupa de cette même question, et fit à l'avantag
des enfants pauvres la même recommandation.
Tels étaient les désirs formels, les ordonnances maintes foi
réitérées de l'Eglise. Cette législation bienfaisonte ne resta pa lettre morte. On pratiqua largement sous l'ancien régime | gratuité de l'instruction à l'égard des classes indigentes, san toutefois que les élèves aisés fussent toujours exempts « de paye à leur maître une certaine somme pour prix de ses soins et d son enseignement *, »
Il y avait en effet deux sortes d'écoles, des écoles payantes e des écoles charitables.
« Dans la plupart des villes, aux deux derniers siècles, il avr été établi des écoles de charité ouvertes uniquement aux enfant indigents. Dans ces écoles, la gratuité était un principe don on ne se départait jamais. L'honneur de ces fondations reve uait presque toujours au clergé et aux congrégations ensei guantes, les municipalités donnant tout au plus quelques mince subsides, et laissant le plus souvent à la charité privée tout 1 poids des œuvres nouvelles !.» A l'exemple des Frères de la vi commune en Allemague 5, les Frères des Ecoles chrétiennes e: France prirent une large part à ce mouvement de bienfaisance
Greg. TX, Dercret, LV, 1. V..eap. 1, 3, 4 2. Oess. V, Dec, de reform. cap, 1 . ARE 3 Keiue des Questions historiques, KEX, p, 333 Cen note). 4. Allain, L'instruction promaire en France avant la Révo!utiss
5. Janssen, L'Allemaune et la Réforiie, tt 4 p. 40 Paris, PSN:
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intellectuelle et morale, et c’est ce qui leur attira plus d’une fois, de la part des maîtres des écoles payantes, effrayés sans raison d’une concurrence toute de charité, des remarques injustes et des réclamations vexatoires !, En outre, poursuit l'abbé Allain ?, «dans un grand nombre de baux consentis par les communautés d'habitants et les régents, ceux-ci s'engagent, tantôt à recevoir gratuitement un nombre déterminé d'enfants, tantôt tous ceux dont l’indigence sera dûment constatée. »
Cette gratuité restreinte n’était pas l'apanage exclusif de l'instruction primaire; l'historien la retrouve, généreusement pratiquée, dans les maisons d'enseignement secondaire et supérieur. Parfois même la faveur de l'enseignement gratuit s'étendait à tous les élèves. « Aujourd’ui, dit le P. de. Rochemonteix ce qu’on appelle la pension est une nécessité dans toutes les écoles d'instruction secondaire. 11 n’en allait pas de même aux XVI‘et XVII siècles, grâce aux libéralités de ces âges de foi: les jésuites ne prélevaient aucun impôt sur les écoliers. Saint Ignace leur ordonnait de répandre le plus possible l'enseignement, de le faire pénétrer dans toutes les classes sociales, et en même temps il leur défendait de retirer de cet enseignement un salaire quelconque, sous quelque forme que le tribut fût payé. »
La gratuité au moins relative de l’enseignement secondaire n'a pas cessé. Dans les collèges et les séminaires fondés et entretenus par les sacrifices du clergé, que d'éièves pauvres ou peu aisés font chaque année leurs classes, grâce À une remise totale ou partielle du prix de la pension! Les registres de nos maison d'éducation sont, sur ce point, d'une singulière éloquence. Or, comment soutenir, développer, et faire prospérer des établissements scolaires et des institutions littéraires dont les portes
DT e Je ! , 1 UN nl . s js» ! x 1 Guibert, list, de saint Jean-Baptiste de ia Salle,
Leciiège des Jésuites aux XVlle et XVPIITe siè (es, ET, pp. S4-85.
s'ouvrent si volontiers À l'indigence, et où les pauvres, quels qu'ils soient, reçoivent gratuiteinent leur part d'instruction? De deux manières bien connues, par le dévouement et par la libé. ralité: par le dévouement de ceux qui se donnent tout entiers à l'œuvre éducatrice, et y cherchent non une source de gain, mais 1 moyen d'apostolat; par la libéralité des âmes géné. reuses qui comprennent le rôle social de la richesse, et n'hési. tent pas, au besoin, à le remplir.
Ainsi se fondèrent ct œrandirent les anciennes écoles mona. caies et épiscopales où tant de générations sont allées puiser, avec les connaissances de la foi, le goût des lettres et des scien. ces. Ainsi purent s'établir et se mainteuir les écoles de charité devenues en certains pays très nombreuses, de même que les éco!-s payantes où les pauvres pouvaient ètre admis librement et sans rien donner. « C'était généralement, dit l'abbé Allain! au moyen de fondations pieuses, et sans ajouter de nouvelles charges au budjet des communautés, qu'on obtenait ces résultats excellents et qu'on mettait à la portée de tous les éléments de l'instruction. Les fondations scolaires s'étaient en effet fort multipliées avant la Révolution, grâce surtout à la picté des âmes chrétiennes qui, dociles aux exhortations de leurs pasteurs, enteudaient faire une œuvre de charité des plus agréables à Dieu, en fondant ou dotant des écoles. Dans leurs statuts s\nodaux, les évêques recorimandaient cette bonne œuvre aux ecclé siastiques; dans leurs visites, ils sollicitaient dans ce but la générosité des fidèles. »
La gratuité relative, c'était donc les riches payant pour les pauvres, les classes fortunées ou simplement aisées venant en aide aux classes nécessitenses par des aumônes, des legs, des fondations scolaires; c'était l'application aux besoins intelectuels du grand et universel précepte de la charité.
Système fort raisonnable et, partant, fort louable.
On a voulu faire mieux. On a proposé et décrété la gratuit
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absolue, celle que crée l'impôt commun prélevé par l'Etat sur les pauvres et sur les riches, et dont profitent indistinctement les riches et les pauvres. Estce un bien? est-ce un progrès ? Les francs-maçons le disent, les libres penseurs le répètent. Certains catholiques peu avisés, par intérêt, par naïveté, par irréflexion, ne sont pas éloignés de 12 croire. Nous osons leur déclarer qu'ils se trompent, et que de multiples raisons, les unes pédagogiques, les autres économiques, d'autres même morales et religieuses, s'opposent à cette gratuité qui n’a guère de gratuit que le nom.
Et nous ne somines pas seul à penser ainsi,
Aux yeux des parents et de leurs enfants, la gratuité absolue de l'instruction en rabaisse singulièrement le prix. Les parents,
voyant i'Etat prendre l'éducation à sa charge, inclinent à s’en désintéresser ; leur ardeur s'émousse ; leur zèle se ralentit. Les enfants de leur côté, moins astreints au travail et à l’assiduité par leurs parents, suivent plus aisément l'instinct de leur indolence et n'éprouvent aucun scrupule à faire l’école buissonnière. « Pense-t-on, remarque à ce sujet Lavollée !, que l’école gratuite sera plus assidûment fréquentée qne l’école payante? Ce serait une singulière illusion que dissipent et l'expérience des pays voisins et la nôtre, et la connaissance du caractère populaire. L'assiduité scolaire n'est-elle pas aussi grande, sinon plus grande, dans les écoles libres et payantes que dans les écoles officielles et gratuites? Personne ne s'en étonnera parmi ceux qui ont vu de près le paysan et l'ouvrier; car on sait qu'il n’attache réellement de prix qu'à ce qu’il a payé».
Pourquoi, d'ailleurs, imposer à la société un système que les saines notions de l'ordre économique et de l'équilibre social condamnent ?
“La famille doit garder ses charges. Qu'on l'aide à les Porter, c'est ce qui sera juste et nécessaire: mais puisque c’est
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le besoin qui sert de principe à cette intervention, ce sera le vesoin, et lui seul, qui en devra fixer la mesure. Pourquoi la gratuité de l’enseignement pour l'enfant que ses parents nourrissent, logent, habillent, font voyager, amusent, sans que le budget de famille en pâtisse? L'enseignement serait-il un cas si particulier? N'est-il pas nourriture de l'esprit tout comme le pain est nourriture du corps? Quelle raison de nourrir gratui. tement l’un des deux, quand on ne nourrit pas l’autre !?» La gratuité absolue de l’école multiplie les frais scolaires et grève inutilement les budgets de l'Etat.
Plus que cela: sous les dehors d'une bienfaisance élevée et d'une politique humanitaire, elle cache, à l'endroit des pauvres, un manque d'équité et de générosité, et presque une injustice. Le mot n'est pas trop fort”. N'y a-t-il pas, en vérité, quelque chose d'injuste, ou au moins d’inéquitable dans l'érection d'un système d'écoles qui ne se soutient que par une augmentation de charges pour les familles indigentes et une diminution correspondante d'obligations pécuniaires pour les familles riches ? C'est l’anomalie qui résulte de la gratuité scolaire générale, L'Etat, en l'établissant, semble faire aux pauvres une faveur. Ce n’est qu’un trompe-l'œil. En effet, dans le système des écoles payantes, tel du moins qu'il se pratique au milieu de nous! le devoir de les soutenir pèse en très grande partie sur les personnes d’une certaine aisance. Là où règne ce qu’on nomme la gratuité absolue, et ce qui n’est, au fond, qu’une forme spéciale d'emploi des deniers publics, pauvres et riches, et, par suite de beaucoup d'impôts également onéreux de douane, de
1. À.- D. Sertillanges, La famille et l'Etat dans l'éducation, pp. 126-127.
2. Là où il y a ecoles hbres et écoles officielles, “que devient li justice, quand ceux qui envoient leurs enfants à une école libre, sont obligés de payer deux fois, comme pères pour l'école dont ils usent, et comme contribuables pour celles dont ils n'usent pas?” (Duballet, out, cit, p. 298.).
3. Le Code scolaire de la Province de Québec (nn. 249 et 213) exempte les enfants pauvres de la rétribution mensuelle, et oblige les commissions scolaires à leur fournir gratuitement les livres de classe dont ils ont besoin.
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consommation, d'enregistrement, pauvres comme riches ont À porter le fardeau, proportionnellement accru, de leur part contributive. «On arrive, dit Mer Freppel !, à ce résultat étrange que, sous prétexte de gratuité absolue, l’école aura cessé d'être gratuite pour les pauvres, c'est-à-dire précisément pour ceux qui en auraient le plus besoin, et que les riches seuls auront bénéficié d’une mesure qu'ils 1e réciamaient en aucune façon. »
D'où vient donc tant de zèle pour l'instruction publique gratuite? De l'esprit de nouveauté, d'un bcsoin de progrès mal réglé, de l'envie de capter le suffrage populaire, et souvent, ajoutons-le, d’une docilité plus ou moins consciente aux directions et aux inspirations maçonniques.
La gratuité, en certains programmes, n'est qu'un des anneaux de la chaîne forgée par les sectes pour asservir l'âme populaire et assujettir aux doctrines nouvelles l'esprit de l'enfance. Et fûtelle en elle-même vraiment inoffensive que son alliance avec la neutralité, la laïcité et la contrainte scolaires, serait suffisante pour nous la rendre suspecte et nous engager à la rejeter comme un présent funeste. Elle a l'apparence d’un don; onen fait, en réalité, une sorte de piège tendu aux familles chrétiennes. Ces familles que la neutralité seule effraierait, on les influence et on les attire par la puissance d'une amorce à laquelle peu d'entre elles demeurent insensibles. Que si elles résistent aux attraits de la tentation, on iles presse et on les sollicite davantage en usant d’un stimulant nouveau. Pendant que, d’une main, on leur montre le chemin de l’école gratuite, de l’autre on fait claquer sur leur tête le fouet de l'obligation scolaire.
N'y a:t-il pas là de quoi justifier les soupçons et les craintes que la gratuité absolue de l’école nous inspire ?
Ces craintes s’accroissent pa: ie fait que si, d'une manière générale, l'enseignement d'Etat p it être considéré à bon droit comme un acheminement vers le socialisme, la gratuité dont
1. Discours du 13 juillet 1880, dans Allain, out, cit., p. 187: — cf le comte de Mun, Discours, t. I: Disc. polit., t. I, pp. 545-546 (3e éd.).
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nous parlons aggrave ce caractère et accélère cette tendance. « Rendre gratuit l’enseignement pour tous et à tous les dégrés écrit le P. Sertillanges !, serait peut-être l'idéal de quelques. uns: c'est qu’ils voudraient charger l'Etat de toutes les respon. sabilités et de tous les services. Collectivisme intellectuel: tel est le mot qui devrait servir ici et qui correspond naturellement au même état d'esprit que celui de collectivisme économique. Cette conséquence n'a rien de chimérique. « Aïler, dit à son tour Lavollée ?, jusqu'à la gratuité absolue, c’est s'engager sur une pente dangereuse. La gratuité de l’enseignement n'est-elle point un premier pas, et un pas considérable, dans la voie du socialisme? Cominent, en effet, à moins de proclamer la communauté des charges et des biens, admettre que l'Etat fasse sup. porter à la masse des citoyens une part plus élevée d'impôts pour donner gratuitement l'éducation à des enfants dont les parents peuvent la payer?»
hose certaine et digne d'être notée: cette nouveauté scolaire
fait, dans presque tous les pays, partie intégrante de l'utopie socialiste # Raison de plus, pour nous catholiques, de nous en défier, et de la combattre.
La gratuité relative est, sans contredit, un bienfait de l'Eglise.
La gratuité absolue semble être, bien au contraire, un des nombreux méfaits de la Révolution.