L'INFLUENCE ÉDUCATRICE DE LA RELIGION
Telle est, dans l'éducation, l'importance de l'élément religieux que, sans Ce facteur, l'œrvre formatrice de l'enfance et de la jeunesse n'est pas seulement tronquée, mais sujette à entrainer les jeuues esprits dans une voie dangereuse, peut-être irrémédiablement fausse,
Il arrive trop souvent, même dans des milieux chrétiens, que par un aveuglement étrange, on ferme béatement les yeux sur le rôle de la religion à l'école et au collège, que volontiers l'on s'en désintéresse, qu’on aille même jusqu'à redouter l'influence prépondérante de cette grande force moraie, essentielle à la formation des peuples. C'est un préjugé aussi stupide que funeste : il a ses racines dans une défiance inquiète et une coupable ignorance. On jalouse l'empire de l'Eglise sur les âmes: on ne se rend pas assez compte de la part d'action qui lui revient dans l'éducation saine et éclairée de la jeunesse ; on est, par suite, incapable d'en apprécier équitablement les bienfaits,
Et, pourtant, ces bienfaits sont iminenses.
ls Jaillissent de la religion comme d'une source vive. Elle es :épand sur l'éducation de deux manières distinctes et merveilleusement fécondes: d'une part, par la vertu objective dont elle est douée ; d'autre part, par les aptitudes, le zèle, la haute respectabilité de ses ministres, et en général par l'influence de tous le édncateurs qui portent ses livrées.
Considérée en elle-même, la vraie religion dans l'œuvre édu. catrice, c'est l’astre bienfaisant qui baigne de ses rayons tous les êtres, et fait sourdre des entrailles du sol les végétations nour. ries et les moissons plantureuses. Elle atteint toutes les puis. sances, toutes les facultés de l'enfant, et en toutes elle dépose, avec Ja fécondité des dons divins, des semences de progrès et des promesses de vie.
Que ne fait-elle pas d’abord pour l'intelligence ?
Est-ce vraiment peu de chose que d'instruire l'homme de ses destinées, de lui apprendre par une parole qui ne se discute pas, par une autorité qui ne se trompe pas, d'où il vient, ce qu'il est, où il va,? Pour résoudre cet éternel problème de la vie, des esprits puissants, des génies même, mais à qui manquait tine éducation chrétienne, se sont consumés en de stériles laleurs, Que n'ont-ils, au seuil même de leurs études, tourné leurs regards vess les lumières de la foi ?
La religion intervient dès l'âge où la raison de l'enfant s'é. veille. Elle offre à sa curiosité naissante les objets les pis dignes de la solliciter. Elle lui montre, sous le texte subi et simple du catéchisme, l'alphabet des choses divines et hui nes: c'est la « Somme» du chrétien, préface et abrégé de la « Somme» du théologien. Sous l'action stimulatrice de ses maîtres, l'enfant y applique toute son intelligence et toute sa mémoire ; indifférent peut-être à tout autre objet, il poursuit cette étude avec une constance, une énergie, une intensité ef. forts qui créent dans cette jeune âme les premières habitudes du travail et l’amorcent par les premières jouissances du savoir. C'est l'essor initial par lequel l'homme, sortant du monde des sens, ose entr'ouvrir la porte d'un monde supérieur. De lautes vocations intellectuelles datent de cette aurore.
Et à mesure que cette lumière grandit, que l'esprit du jeune homme s'ouvre, s'élève, se développe, la religion est là pour l’orienter, lui signalant les écueils, lui marquant du doigt l'horizou, le tenant en quelque sorte tendu vers l'idéal, et lui indiquant d'une main ferme les plus sûrs moyens d'y atteindre
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Se livre:t-il à l'étude des belles-lettres? Elle lui montre ce en quoi les maîtres anciens, —comme d'ailleurs tant de modernes, — ont failli, et comment l’incomparable doctrine du Christ corrige,
complète, transforme, surélève les enseisnements de la sagesse paienne.
S'occupe-t-il À feuilleter et à analyser les annales des peuples ? Elle promène sur cette longue trame des actions et des défections humaines le flambeau d'une science qu'éclairent, non les faibles lueurs de la seule raison naturelle, mais les clartés mêmes du soleil de toute vérité. Elle lui découvre partout les traces de l'intervention divine; elle Ini révèle Dieu soutenant providentiellement son Eglise et faisant servir au triomphe définittf de ses desseins le mouvement des idées, le heurt des intérêts, et le libre jeu des passions.
Dans le domaine des sciences, surtout des sciences morales et des sciences métaphysiques, l'influence de la religion n'est ni moins réelle ni moins digne de remarque Nous ne parlons pas du trésor des vérités divines ajouté À notre patrimoine intellectuel par la révélation: de ce côté, toute une science illuminatrice à surgi sur les plus hauts sommets de !: peusce humaine. Mus, même en matière de philo ophie naturelle, quels avantages l'étudiant chrétien ne retire-til pas des principes dont sa foi s'honore! Ces principes le prémunissent contre de graves erreurs: le monde lui apparait sous son vrai jour ; le miracle La rien qui l'étonne; sur le vaste théâtre où s'agitent tant d'êtres matériels, son œil discerne l'Etre innnatériel dont la puissanee domine et fait mouvoir toute substance créée. « On
l'a dit, écrit M# Dupanloup ?, il n'y a pas une des avenues légitimes de l'intelligence humaine, à l'extrémité de laquelle Dieu W'apparaisse, comine le soleil unique qui éclaire, qui illumine tout ».
etre opuscule La Foret ia Raison en elles-mèmes et dans leurs raptcbec, 1Nyo.
éducation, 1, p. 36 (ce éd.).
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