‹ Droit public de l'église [microforme]Chapitre 135 sur 196 · Dupanloup, De l'éducation, t. IE, p. 34 (5me éd · texte numérisé non relu

Dupanloup, De l'éducation, t. IE, p. 34 (5me éd

redresser en quelque façon sur sa tige, de l'étayer, de la rectifier, de la rendre plus forte, plus tenace, plus résistante.

La religion s'emploie à cette noble tâche, et avec des moyens d'action et des chances de succès dont manque d'ordinaire l'éducation profane et laïque. Elle signale au jeune homme les maux saus nombre que l'incertitude de l'esprit, la mobilité des résolutions engendrent. Elle fait passer sous ses yeux les belles et saintes phalanges des héros glorieux dont le sang versé pour le Christ, dont les forces usées par le travail, dont les talents dépensés au service des meilleures causes sont pour tous un si salutaire exemple. Elle se sert de toutes les ressources de la foi, de toutes les persuasions de la raison, de toutes les sollicitudes de la charité, et même, au besoin, de toutes les rigueurs de la discipline, pour marquer l'âme naïve et tendre d’une empreinte de virilité. Elle fait surtout appel aux lumières d’une psychologie plus surnaturelle qu'humaine: plongeant son regard au fond des consciences, elle lit leurs faiblesses; elle découvre les courants vicieux qui répugnent aux bons désirs; et elle s'applique dès le principe à élever sur ce terrain mouvant la digue des saines habitudes.

L'habitude vertueuse est un ressort; elle assure l’acte courageux et souverain de la volonté; et un jeune homme accoutumé de bonne heure à vouloir effectivement le bien sera, Dieu aidant, un citoyen fidèle à ses croyances, constant dans la pratique de ses devoirs, ferme et intègre dans l'exercice de ses fonctions sociales.

Et c'est à l'influence éducatrice de la religion qu'il le devra.

Ajoutons que cette influence n’est pas seulement objective, mais subjective; qu’elle ne tient pas seulement à l'efficacité des doctrines, mais aussi et beaucoup à la qualité des personnes.

C'est un fait remarquable que les principaux éducateurs de

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l'humanité et, pendant longtemps, presque les seuls ouvriers de l'instruction, ont été des prêtres et des moines.

Ce fait d’une haute et irrécusable authenticité domine l'histoire de toutes les nations chrétiennes.

Nos adversaires ne le nient pas, mais ils le déplorert. En des termes d’une compassion touchante, ils plaignent l'enfance et la jeunesse courbées, affirment-ils, depuis des siècles sous un joug qui étouffe l'esprit, entrave le progrès, paralyse l'essor de l'initiative et de la pensée libre. Ils versent des larmes d’une philanthropique tendresse sur ce qu’ils appellent le tombeau de la science et des lettres autour duquel, toujours selon leur langage, jésuites et calotins montent jalousement la garde.

Déjà, dans quelques pays, cette compassion plus tapageuse que sincère est entrée dans l’ordre des faits: de soi-disant bienfaiteurs de l'esprit humain ont fait œuvre d'émancipation. L'école congréganiste a été fermée; des centaines d'éducateurs religieux et de sœurs enseignantes ont dû prendre le chemin de l'exil. L'instituteur en moustache a succédé aux disciples vénérés, et brutalement évincés, de Jean-Baptiste de la Salle; l’institutrice laïque, pour ne pas dire mondaine, a pris la place des humbles filles de la Charité et de la Sagesse.

Est-ce là un progrès, et, en nous plaçant au seul point de vue de l'efficacité pédagogique, devons-nous souhaiter que cette substitution à laquelle travaillent tant de fervents apôtres des idées modernes, se généralise ?

Certes, loin de nous l'intention de rabaisser ou de méconnaître le mérite des personnes laïques qui exercent les fonctions éducatrices, et de revendiquer pour les ecclésiastiques et les religieux le monopole de la science et des autres aptitudes professorales. L'habit ne fait pas plus l’éducateur que le moine. Et nous savons fort bien que, pour comprendre et remplir tout son devoir dans l’œuvre de l'éducation, il n'est nullement besoin de s'être lié à cette œuvre par un vœu spécial, ni de s'être consacré à Dieu par de solennels serments. Du sein de nos écoles normales, comme d'autant de riches pépinières, sortent chaque année

quantité de diplômés, animés du meilleur esprit, et à qui d'excellentes études permettent d'enseigner avec une grande compté. tence. Dans plusieurs municipalités scolaires, d'humbles mai. tresses médiocrement rémunérées, accomplissent, par leur talent, leur zèle, leur culte et leur amour industrieux des Âmes, de véritables prodiges d'apostolat moral et intellectuel.

Nous le reconnaissons, et nous en sommes fiers.

Ce n'est pas, toutefois, être injuste envers la classe très méri. tante des instituteurs laïques que de placer .u-dessus d'elle une autre classe d'éducateurs plus spécialement qualifiés, par leur vocation même, pour élever et instruire chrétiennement les enfants et les jeunes gens.

De multiples raisons que les faits corroborent, nous justifient d'attribuer aux ecclésiastiques et aux religieux, dans l'acte d'en. seiguer, une supériorité véritable, supériorité reconnue dans tous les pays, et contestée uniquement par les voix discordantes du préjugé et de la passion.

Ces voix ne sont pas nouvelles. Déjà, au moyen âge, quel. ques esprits chagrins, cédant au double mobile de l'intérêt et de l'envie, osaient dénier aux ordres religieux le droit d'enseigner, et le plus illustre membre de ces illustres familles monastiques, Thomas d'Aquin, dut un jour prendre la plume pour dénoncer cette injustice et venger contre la calomnie l'honneur de ses frères: ce fut l'objet d'un traité spécial contre les ennemis de l'état religieux}. Dans sa Somme théologique V'Ange de l'École touche, en passant, à la même question, et il dit que le religieux, loin de trouver dans son état un obstacle à l'enseignement, « n'en est que plus apte à remplir cette fonction ? »

En effet, trois qualités principales assurent au maître, et à l’éducateur en général, le succès de son œuvre: l'autorité, l'habileté et le dévouement.

Par l'autorité, le maître conquiert le respect de ses élèves:

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