Opusc. XIX, éd, Vivès
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par l'habileté, il provoque leur application à l'étude: par le dévouement, 11 gagne leur affection et leur confiance. L'’autorité l'élève au-dessus d'eux ; l'habileté le fait descendre jusqu’à eux; le dévouement l’identifie en quelque sorte avec eux.
Or, ce qui constitue l'autorité du maître, c'est sa valeur propre, culture de l'esprit, honnêteté des mœurs, prestige et fermeté dans le commandement.
Et puisqu'il s'agit d'éducation chrétienne, par culture de l’esprit nous n'entendons pas seulement une certaine somme de savoir profane, assurément nécessaire pour enseigner les sciences naturelles; nous voulons encore signifier une connaissance qui permette au maître de parler pertinemment des choses de la foi et de ne rien dire qui en desserve les intérêts.
De plus, qui osera nier pour le maître où pour la maîtresse l'évidente nécessité d'être une personne de bonnes mœurs? «On doit, dit saint Thomas !, exiger d'un précepteur une vie honnête, parce qu’il est honteux, pour celui qui enseigne les autres, d'être condamné par sa propre conduite... Les bonnes mœurs facilitent beaucoup le succès des études. Le fruit des préceptes est tardif, celui de l'exemple est prompt et efficace. » Anssi, lorsque chez l’éducateur s'ajoute à une parfaite probité et au prestige intellectuel le renom et l'éclat de la vertu, cette haute autorité morale lui crée un irrésistible moyen d'influence.
Joignons-y encore l’autorité disciplinaire faite d'énervie calme, de gravité clémente, de je ne sais quelle douce et prudente fermeté qui impose aux élèves les plus iégers et les plus turbulents, C'est par elle que se maintiennent la régularité des exercices, le silence, l'ordre des classes sans lequel les leçons ies plus savantes n'aboutissent qu'à d’humiliants échecs.
Tels sont les trois éléments d'où dépend, dans l'éducation, la Puissance du commandement. Ces caractères sout essentiels au pouvoir magistral, et, sans vouloir dissimuler des exceptions plus ou moins nombreuses, ne peut-on pas, en thèse générale,
Îe l'éducation des princes, 1 V, ch. 0.
M LC.
affirmer qu'ils conviennent éminemment à l'éducateur ecclé tique et religieux ?
Il est notoire que l'Église ne cesse d'exhorter le clergé, les congrégations religieuses, tous ceux de ses fiis qui prennent ne part quelconque aux fonctions éducatrices, À cultiver avec ardeur le noble champ des lettres tant profanes que sacrées. Ft il n’est pas moins constant que, sauf les cas assez rares où d'ex. ceptionuelles circonstances s'y opposent, ces appels de l'Eglise sont entendus. Partout le sacerdoce catholique se distingue par ua labeur intellectuel qui l'honore: et, n’eût-il pour l’aicuil. lonner que les traditions du passé, le souvenir de tant de doc. teurs célèbres, de tant de chercheurs érudits, de tant d'éducateurs admirables sortis de son sein, lui interdirait la médiocrité et l’inertie. Dans les congrégations de Frères et de Sœurs vouées À l'enseignement, une règle sévère prescrit le travail sérieux et les études appropriées que cet enseignement réclame: on s’y applique sans doute par goût ; on s’y livre universellement par devoir. Il n’est donc pas étonnant que, jusqu’à l'avènement de nos modernes réformateurs, la lettre d'obédience pour les religieux ait été considérée comme un brevet, hautement suffisant, de capacité !.
Cette capacité d'enseigner suppose, nous l'avons dit, en même temps qu’une science convenable, une grande honnêteté de mœurs et, s'il se peut, un renom de vertu. Et c’est particuliè. rement à ce point de vue que les ecclésiastiques et les religieux, qui s'occupent d'enseignement, offrent aux parents et à la société d'inappréciables garanties. Une âme qui prie, qui se tient en commerce intime et habituel avec le Dieu de toutes lumières et de toutes grâces, qui exprime par sou maintien, son langage, tous les actes extérieurs de sa vie, les convictions et les inspira. tions de sa foi, n’est-elle pas merveilleusement faite pour agir sur la jeunesse et lui infuser les principes d’une bonne et salu-
1. Voir Fayet, La vérité pratique sur la lettre d'obédience et sur le hrrtet de capacité ou la supériorité de la première sur le second, Paris, 1872.
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taire éducation? C'est de la montagne que coule l'eau pure dont s’abreuve le terrain de la plaine.
Napoléon l'avait si bien compris que dans son plan de réorgauisation de l'enseignement entrait la création d'un corps d'éducateurs laïques soumis au célibat et à la vie commune !. Génie guerrier, «il décréta la chasteté, comme il ordonnait ies vertus militaires, et fit d’un dévouement sublime un article de loi *.» C'était une chimère. Le décret, dans son texte même, ne pouvait longtemps résister aux passions humaines, mais l'idée qui l’inspira restera éternellement vraie.
Vrai encore sera-t-il toujours que personne n’apprécie mieux les bienfaits du régime disciplinaire et n’y préside, en général, avec plus de succès, que celui qui vit sous l'empire d’une règle. Et voilà pourquoi l'éducateur ecclésiastique ou religieux, assujetti par son état à une forte discipline, s’arme comme par instinct, dans le gouvernement d’une classe ou d’une école, de tous les moyens propres à y faire régner la régularité la plus parfaite. Il a le zèle de la vigilance, le souci de la ponctualité, l'amour et la passion de l’ordre. Toute sa personne en porte le reflet. Son habit lui-même dans sa simplicité grave commande le respect; et tel mutin, dont un maître ou une maîtresse laïque ne pourrait réussir ni à châtier les fautes ni à contenir les sail. lies, s'incline silencieux et désarmé devant une petite «œur grise.
D'ardents prôneurs de la réforme scolaire semblent subordonner tous les progrès de l'instruction à ce que l’on appelle, d'un mot assez vague, l'entraînement pédagogique. Et, dans leur anxiété feinte ou réelle, ils se demandent si les membres des congrégaticns enseignantes sont vraiment et suffisainment initiés À la science pratique, aux méthodes, aux manières de faire d'où dépend, selon eux, l'efficacité de l’enseignement. Qu'ils se rassurent; des faits éclatants sont là pour leur
Décret du 17 mars 1808.