Dupanloup, De l'éducation, t. I, p
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répondre. Nous avons eu l'occasion de voir et d'étudier nat nous-mêmes la condition scolaire de plusienrs localités des
Etats-Unis; nous avons puisé À bonnes sources les renseigriie-
ments les plus précis, et nous osons affirmer qu'eu ces endroits, — pourquoi n'en serait-il pas de même ailleurs ?—les écoles cat! liques libres dirigées par des Sœurs, et entretenues par le denier du pauvre, soutiennent avantageusement la comparaison avec les écoles publiques où municipales. Nous pourrions mème citer certaius cas où des élèves de l'école congréwaniste, dans un concours avec les élèves d'une classe correspondante de l'école publique, ont d'emblée remporté la palme !,
Ce résultat, au fond, n'a rien qui nous surprenne.
ya dans le congrégations enseignantes d'hommes et de femmes un esprit de tiavail consciencieux, d'observation des caractères, d'expérimentation pédagogique, que le contact de la vie commune, les discussions, l'échange de vues, favorisut singulièrement. Il se forme ainsi un ensemble de traditions auquel chaque nouveau maître, chaque nouvelle maîtresse ajoute l'apport de son expérience, et qui constitue comime un héritave de f mille. L'atmosphère de ces instituts est donc par sa nature même, pour la culture de la pédagogie, un milieu très propice.
Notons encore un autre grand avantage des associations religieuses enseignantes : c'est que l'extrême diversité des ressources et des aptitudes qui s'y révèlent permet aux supérieurs de faire, dans la délivrance des lettres d'obédience, un choix de profes. seurs où de maîtres approprié À tous les besoins. Qui n'est guère qualifié pour l'enseignement primaire supérieur exceilera
1 Avons-nous besoin de parler des communautés religieuses qui ets au Canada? Il est de notoriété publique que l'enseignement des Fret particulier des Frères des Ecoles chrétiennes, toujours si recherchés instituteurs, marche partout de succès en succès (voir TC Caisse, 1’ des Frères des Ecoles chrétiennes, pp. 40-109, Montréal, IS83). Qù l'œuvre scolaire de nos couvents, elle a été très justement appréciée ! éducateur distingué et compétent, M. l'abbé Lionel Lindsay, qui fut pu plusieurs années, pour la région de Québec, l'inspecteur diocésain de ces :
tons (voir La Noucelle-France, ivraisons d'avril, aout et novembre.
peut-être dans l'enseignement rudimentaire : qui n'a n1 goût ni talent pour le jeu des chiffres et les combinaisons du calcul sera passionné pour l’histoire et aura le don précieux de communicer sa flamme.
Les congrégations religieuses ont été et sont encore, pour les éducateurs et les ouvriers scolaires de toute sorte, d'inépuisables foyers de recrutement.
Er ces hommes et ces femmes qu’elles préparent à l'œuvre sacrée de l'éducation, comment les excitent-elles au travail? Comment soutiennent-elles leur ardeur, et développent-elles leur vocation pédagogique? Est ce en taisant miroiter à leurs yeux l’appât doré d’un riche salaire, les honneurs d’une carrière lucrative, les faveurs d’un gouvernement reconnaissant? Non; mais en leur parlant de charité, d’abnégation, de dévouement, en leur représentant l'œuvre éducatrice comme un sacer loce qui forme les âmes, comme un apostolat qui ouvre à la vérité le chemin des esprits et des cœurs. C'est de certe hauteur que l’éducateur ecclésiastique, que l'instituteur religieux envisage sa mission, et c'est par ces principes qu’il alimente sun zèle.
L'éducation ainsi considérée n'est pas un travail qui se paie, une matière qui s'exploite une marchandise mise à l'enchère, C'est l'œuvre d’une âme qui se conne, qui se dévoue à d'autres âmes pour les instruire et les élever jusqu'à son propre niveau
moral; et ce dévouement obscur, mais sublime, qui peut l’inspirer? « La patience, l’abnégation, l'oubli de soi, est.ce qu'il y en a des brevets donnés par les examinateurs de l'Etat? Est-ce que l'Etat, qui peut tout, a tronvé le moyeu de faire un homme dévoué d’un homme égoïste ou simplement indifférent? Ah! non: avec les deux mille francs et les brevets, nous aurons des donneurs de leçons, mais des institut:urs, des maîtres d'école, nous n'en aurons point, parce que nous n’aurons point de dévoue-
ment. La puissance de l'Etat s'arrête là, et celle du crucifix commence !, »
1. Le comte de Mun, Discours, t. I, Dise, polit, t. 1, pp. 367-308 (3e éd).
Nous comprenons qu’il soit utile d'établir par des statistiqi.es précises ce qu'un pays dépense chaque année en faveur de l'instruction publique. Nous n'admettons pas que l'on puisse, comme d'aucuns le prétendent, résoudre par une simple question d'argent le problème de l'éducation, et baser sur de froids calculs de budget l'appréciation de la somme de bien qui s’opère dans les établissements d'enseignement chrétien. Ce qui fait la valeur d'un enseignement, ce n’est pas ce que l’on donne au maître, mais ce que le maître donne aux élèves. La charité intelligente d'une fille de sainte Ursule, le zèle désintéressé d’un disciple de Jean-Baptiste de la Salle, ne sauraient s’évaluer même au poids de l'or.
Parlant du fondateur de l’Institut des Ecoles chrétiennes, l'éminent orateur que nous avons cité plus haut, dans un mouvement d'éloquence émue, s’écriait !: ..)Jepuis deux cents ans, il se survit à lui-même, et chaque fois que vous voyez passer un de ces hommes vêtus de ce costume qui a fait le tour du monde, avec sa grossière chaussure, son 1abat, son manteau et sa robe fermée par des agrafes de fer, saluez-ic, c’est l’ignorantin qui faisait trembler Voltaire. Il est partout, et partout le même: daus mille écoles de France; dans l’Europe entière, et jusque dans l’Extrème-Orient ; au Canada, où il entretient pieusement le souvenir et la langue qui furent ceux de la .nère patrie; dans toute l'Amérique q''i l'appelle au secours de la civilisation naissante. Vous l'avez vu, tel qu'Horace Vernet a peint le frère Philippe, assis dans une humble cellule, sur une chaise de paille et près d'une table de bois, avec un seul orrement près de lui, ce Christ qui pend au mur, qui résume tout, le principe et la fin, qui explique tout et qui est toute la récompense. »
Ces paroles si vraies ne s'appliquent pas seulement aux Frères des Ecoles chrétiennes. On peut les redire, on doit les répéter de tous les Frères et de toutes les Sœurs des divers instituts enseignants, puisque tous sont mus par le même objectif divin,