Som. théol., 11-Ilæ Q. XLIX, art. 1 ad
loppement si désirable. « Le premier moyen, dit-il !, est d’associer quelques images sensibles aux idées qu'il s'agit de retenir; car les choses purement spirituelles s'échappent plus vite de l'esprit. Le second moyen consiste à disposer da‘s leur ordre logique les matières qu'on étudie, de façon qu’un objet puisse en évoquer un autre. Le troisième moyen, c'est d'apporter au travail de mémorisation toutes les ardeurs de son âme. Le quatrième moyen, enfin, est de repasser fréquemment et intelligemment en son esprit ce qu'on désire se bien rappeler. »
Nous avons tenu à reproduire intégralement ces judicieuses émarques pour montrer quelle finesse d'observation et quel sens minutieux des réalités psychiques s’alliaient, chez les penseurs chrétiens du moyen âge, À la plus haute et à la plus profonde métaphysique.
On fait, de nos jours, grand bruit autour des méthodes pédagogiques, et il est telle de ces méthodes, — appelée intuitive, parce qu’elle repose sur l’action des yeux et l’expérimentation des sens, — que l’on représente volontiers comme une trouvaille moderne,
Les modernes ont sans doute vulgarisé ce genre d’enseignement. Ils l’apprécient fort, et ils en usent plus largement que les anciens: ils en aburent même, lorsqu'ils croient pouvoir, sans préjudice pour leurs élèves, lui sacrifier la méthode d’exposition et de synthèse, sans laquelle, pourtant, l'esprit reste privé d'un élément précieux de formation. Faut-il aller jusqu’à prétendre qu'on ignorait jadis le rôle dévolu aux sens dans l’œuvre de l'éducation ?
Ce serait se méprendre étrangement. La théorie scolastique de l'origine des idées fait précisément de l'intervention des sens, et des images que ceux-ci empruntent au monde sensible pour les déposer sur le seuil de l'âme raisonnable, l'instrument nécessaire de nos conceptions intellectuelles. L'intelligence, disaient
les vieux docteurs, ne perçoit que ce qui lui est transmis par l'intermédiaire des sens.
Et c'est bien de cette formule de haute psychologie que s'in. spirait l'Eglise médiévale, lorsque, pour instruire le peuple, elle couvrait d'images, de tableaux historiques ou symboliques, les murs de ses écoles, ses bannières, ses chapelles, ses autels, les vitraux de ses cathédrales. Cet enseignement figuratif s'apyela «Bible des pauvres !,» (C'était une leçon de choses moins profanes peut-être, mais non moins suggestives que celles sur lesquelles on promène aujourd’hui le regard des enfants.
Saint Thomas, sans nommer la méthode intuitive, semble en avoir posé les bases lorsqu'il a écrit ?: «C'est un fait d'expérience que, pour comprendre une chose, il faut la revêtir d'images sensibles sous lesquelles l'œil de l'âme aille en quelque sorte la saisir. Aussi est-ce dans l’usage d'exemples et de représe:tations matérielles que réside le secret de l'efficacité de l'enseigne. ment.»
Il est donc permis de croire que la méthode d’intuition sensible, dite aussi d'invention, d'expérimentation, n’était ni absolument inconnue ni totalement négligée dans les écoles de l’ancien réginm… Ce qui est certain, c'est que saint Jean-Baptiste de la Salle lui donna une large place dans son enseignement. [La Conduite des Ecoles chrétiennes, dont il est i'auteur, recommande à plusieurs reprises l'usage du «tableau noir,» ainsi que des exemples empruntés aux objets les plus connus #. Depuis que le Père Girard et quelques autres pédagogues modernes ont, non sans raison, célébré les mérites de la méthode intuitive et inventive, les maîtres se sont appliqués de plus en plus à tenir les yeux des enfants fixés sur le monde sensible, à développer chez eux l'esprit d'observation, de réflexion spontanée, à les faire
1. Goschler, Dict. encycl, de la théol, cath., au mot Pédagogie, p. 474 DSC MH QEXXXEV, Art?
3. Voir Caisse, l'{nstitut des Frères des Ecoles chrétiennes, pp. 130-142.
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