L'ÉGLISE ET LA CULTURE CLASSIQUE
L'esprit de l’homme est un chainp, et ce camp, pour bien produire, requiert des soins et des travaux assidus.
L'enseignement élémentaire ne fait que le préparer et y déposer les premières semences. C'est le rôle de la haute éducation d'y appliquer les méthodes d'une culture plus forte et plus large, et, par d’habiles exercices littéraires, par de solides rai- Sonnements philosophiques, d'y susciter une végétation pleine de sève, d'y faire éclore des fleurs, et d'y faire mûrir des fruits.
Littérature et philosophie: tels sont, en effet, les principaux instruments de la formation classique.
Les études littéraires ouvrent l'esprit aux premières notions générales qui flottent à l'horizon intellectuel, et que tous les peuples ont regardées comme le patrimoine commun de l'hu. manité. Elles forment le goût, éveillent l'intelligence, enrichissent la mémoire, développent l'imagination, provoquent à de faciles efforts cette logique naturelle que chacun porte en soi comme un bien de naissance.
Les études philosophiques, venant après, arrachent le jeune homme au monde sensible où il se meut. Elles le transportent dans le domaine de l'abstraction; elles le mettent en face de la véiité pure, et en contact avec les réalités spirituelles qui émergent, comme un reflet d'aurore, des sombres contours de la matière. C’est sur ces hauteurs que l'esprit apprend à juger, À réfléchir, à raisonner, à se replier sur ses propres pensées, et c’est là qu'il crée en quelque sorte ct qu'il allume au dedans de Ini-
même ce foyer intellectuel dont les clartés illumineront sa vie entière.
Or, une saine formation littéraire et philosophique ne peut s'effectuer sans maîtres.
‘ Jusqu'au siècle dernier, c'est dans les auteurs gréco:-latins de l'antiquité païenne et chrétienne que la pédagogie classique se plaisait à aller chercher, avec les règles du bon goût, les pré. ceptes et les modèles qui ont formé tant de générations Ge poètes, d'historiens, d’orateurs, de littérateurs illustres dans tous les genres. Léon XIII le constatait naguère, lorsque dans une lettre importante au clergé de France ! parlant de ces méthoces traditionnelles, il disait : « Ce sont elles qui ont formé les homes : éminents dont l'Eglise de France est fière à si juste titre, les x 5. Petau, les Thomassin, les Mabillon et tant d'autres, sans parie: de ‘otre Bossuet, appelé l’aigle de Meaux, parce que, soit ; êe l'éiévation des pensées, soit par la noblesse du langage, son; ‘e plane dans les plus sublimes régions de la science et de l'Coquence chrétienne. »
A aucune époque de l’histoire, l'Eglise catholique, dans ses écoles, n’a mis de côté l'étude des littératures grecque et jatise. Loin de là: par ses copistes, elle en a sauvé et scrupuleusencnt conservé les riches trésors; elle a fait de ces textes commettés avec soin l’objet, l'aliment et la norme préférée de presque ts ses enseignements littéraires. Personne, que nous sachiiis, n'ose lui contester ce mérite. Au milieu des vicissitudes :; l'atteignirent jusqu’en ses œuvres les plus chères, ce culte ‘es classiques a pu parfois languir; jamais il ne s’est éteint. après plusieurs siècles d’une germination lente mais féco:e, l'humanisme, nous le savons, eut sa renaissance que favorisci:rt les hommes d'Eglise, et dont la Compagnie de Jésus, par so: remarquable système d’études, contribua puissamment à 1°: lariser l'essor.
Ce que ‘es lettres doivent à ce zèle constant du clergé jou: la haute culture et au soin éclairé qu'il prit d'exploiter. en faveur de la vérité chrétienne, les littératures païennes «es