Schwickerath, out! cit., p
2. Ibid, p. 306.—Voir à ce sujet un discours très concluant de M. F: directeur de l'Ecole polytechnique de Montréal (Rezue Canadienne, oct. ! pp. 310-321). M. Fyen ne se contente pas d'aftirmer l'importance des hr nités en général pour former des ingénieurs; 1l ajoute: * L'expérience l'a prouvé: dans l'industrie, au moment où les théories, lentement absor! trouvent leur application, les ingénieurs dont les études techniques ont ete précédées de bonnes humanités latines, marchent de l'avant et laissent lon derrière eux | Canadienne (ji
s concurrents humanistes modernes.” Voir encore fe:
1v. 1913), pp. 17-18.
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l'âme, l'esprit, la mémoire, l'imagination, le jugement. Il y a là des exercices en apparence inutiles, et dont la plupart des élèves, une fois lancés dans le tourbillon de la vie, garderont À peine le souvenir. Mais l'esprit éveillé, mais la mémoire fécondée, mais le jugement rectifié, mais l'imagination ouverte, avivée et disciplinée, resteront. Sur le sillon refermé flottent les épis mûrs.
Admettons, disent les partisans des humanités mode rues, qu'avant que le jeune homme s'adonne à des études spéciales et professionnelles, il soit bon de le retenir pendant quelques années dans des exercices Propres à former son esprit et À marquer toutes ses facultés d'une forte et durable empreinte. Fautil donc pour cela remonter le fleuve du temps jusqu'aux âges téné. brenx de la Grèce et de Rome? et au lieu d'aller si loin, et en les exhüumant avec tant d'effort, interroger les vieilles littératures fossiles, ne vaut-il pas mieux que maîtres et élèves concentrent leur attention sur des langues et des littératures vivantes ?
Le problème ainsi posé met en question les humanités classi. ques où les études gréco-latines tiennent un si haut rang.
Nous avons dit que l'Église se montra toujours soucieuse de favoriser ces études. Des raisons très
graves d'ordre religieux lui en faisaient un devoir.
Le latin, on le sait, est l’idiome liturgique par excellence ét, pour tous les Occidentaux, la langue du culte et de la prière publique. C'est, de plus, dans les littératures anciennes que se conserve, comme en d'inaltérables monuments, le dépôt des vérités scripturales et des traditions catholiques. L'exégèse, la théologie, la philosophie chrétienne, portent avec oïrgucil ces vieux vêtements classiques. Le Jatin spécialement, par son énergie, sa précision, son relief, par la majesté calme de son verbe et la fixité lapidaire de ses formules, est une langue éminemment doctrinale. Quoi de surprenant que l'Eglise en fasse, dans ses séminaires et ses universités, l'instrument oblicé de l'enseignement théologique et philosophique !, et que, pour
1, Voir la leitre de l'Éminentissime Préfet de ln S. C. des Etudes Juillet 1908) sur l'usage du
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préparer les élèves à cet enseignement, elle leur impose dans les maisons qu'elle dirige l'étude des auteurs anciens ?
A cette considération se joignent, en faveur des humanités classiques, des motifs d'une portée plus générale. Les études gréco-latines ont une importance littéraire que les meilleurs éducateurs s'accordent à reconnaître. iles forment et elles instruisent: elles sont un excellent moyen de culture, en même temps
qu'une source abondante d'érudition.
Rien n'égale, en effet, l'aptit : des langues anciennes à exercer les jeunes esprits. L'étude de ces langues, dit le Père Buruichon !, « demande un travail plus long, plus intense et, disous-le hardiment, plus intellectuel, partant plus fructueux, qu'aucune des langues vivantes qu'on leur substitue dans le: humanités moderues “.» À quoi cela tient-il? au jeu plus profoud, au caractère plus savant, au cachet plus philosophique de leur mécanisme.
Nous ajouterons que cela tient encore à la différence de mentalité d2s anciens et des modernes. Toutes les langues vivantes po'tent en elles un fond commun d'idées, d'impressions, d'aspirations, de préoccupations, que l'étudiant saisit sans peine, et qu'il a Lt fait de transférer d'un idiome dans un autre” La pensée classique, elle, parce qu'elle est ancienne, et surtout quand elle est paienne, s'enveloppe d’un vuiie moins transparent; il faut, < pour la saisir sous les images et les allusions qui la recouvrent,
que l'esprit sorte de lui-même, de la sphère intellectuelle où il se meut, dn milieu social où il s’agite. C'est un labeur et une conquête.
Ce labeur féconde le talent; cette conquête orne et enrichit toutes les facultés.
Par la fréquentation d'auteurs qui ont porté si hant la perfec-
, NOV, ISOI, p. 348.
2. C'est une réelle gymrastique, et voilà sans doute pourquoi en Allemagne
les établissements d'instruction classique s'appclient gymnases.
urnichon, art, cit,
nta-
ntes Spiqu'il isée elle atit, ent, ù il une
chit
tion de la forme, le goût s'acquiert, le sens esthétique se développe, s'épure, -'ennoblit, L'intelligence prend contact avec les civilisations antiques et leurs œuvres les plus célèbres: «ile en admire l'éclat, elle en constate aussi le vide trompeur, et elle se met, par là même, en mesure de mieux apprécier ce que le christianisme a fait pour le progrès véritable des lettres. Dans la mémoire s'accumulent des faits, des images, mitie souvenirs littéraires, mille narrations historiques, mille considérations morales, religieuses, sociales, toutes choses dont se compose l'héritage intellectuel des siècles glorieux !,
Nous ne pourrions, sans nous amoindrir nous-mêmes, mépriser un teltrésor. Nous avons besoin du passé et, dans une forte mesure, nousen vivons, Les littératures modernes roulent dans leurs flots l'or des âges disparus. Ouvrons un dictionnaire : que de racines grecques et latines nous permettent, par la connaissance des idiomes auxquels elles appartiennent, d'étudier à sa source, et d'approfondir dans ses éléments la langue que nous parlons *!
Nous devons immensément aux langues anciennes, surtout au latin. C'est ce que le père Burnichon démontre dans le remarquable article dont nous nous sommes déjà inspiré et que nous voudrions pouvoir reproduire tout entier. «La langue française, dit-il *, est fille des langues classiques; à part un nombre relativement faible de mots, la plupart d'origine germanique, elle est sortie spontanément du latin. Soit directe. ment, soit par l'intermédiaire du latin, le grec lui a fourni un
1. Lamartine s'écriait un jour: “Si toutes les vérités mathématiques se perdaient, le monde industriel, le monde matériel subiraient sans doute un grand dommage, un immense détriment: mais si l'homme perdait une seule de ces vérités morales dont les études littéraires sont le véhicule, ce serait l'humanité tout entière qui périrait" (Réplique à Arago, 24 mars 1837.)
2. Le latin, toutefois, est d'une utilité plus générale que le grec, et l'on sait que l'Eglise, dans ses collèges et ses séminaires, fait au premier la place plus large qu'au second.