‹ Droit public de l'église [microforme]Chapitre 154 sur 196 · SOUS LE RÉGIME FRANCAIS · texte numérisé non relu

SOUS LE RÉGIME FRANCAIS

Avant même que M‘ de Laval eût fondé sur ses bases hiérarchiques l'Eglise de Québec, des écoles étaient ouvertes aux enfants sauvages et aux fils des colons français. L'apostolat n'est pas seulement une force ag'.:ru, c'est aussi, et tout d'abord, une flamme éclairante: nos premiers missionnaires, Récoliets et Jésuites, furent, par l'instinct même de leur sublime vocar. n, les premiers institu-

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teurs de la patrie canadienne. C« ls faisaient, dès le début de la colonie, pour l'instruction des g irçons, des vierges admirables, es Ursulines à Québec, les Sœurs de la Congrégation à Montréal, l'accomplissaient de leur côté pour l'instruction des filles.

L'arrivée du premier évêque de Québec en 1659 imprima au

travail éducateur un vigoureux élan. Non content de favoriser le collège des Jésuites déjà existant ?, le prélat se rendit compte qu'il y avait place dans le pays pour de nouvelles institutions <co laires, et c'est grâce à son zèle clairvoyant, à ses libéralités et à celles de son clergé, que l'on vit tour à tour surgir du sol vierge de la Nouvelle-France le grand et le petit Séminaire de Québec, les écoles de Saint-Joachim, du Château-Richer, de la Pointe-de Lévy, de l’Ile d'Orléans, et d'autres encore ?, ï Vers le même temps, les Sulpiciens ouvraient des petites écoles dans la ville de Montréal. Puis, peu après, l’Institut des Frères Charon commençait de se livrer non seulement à l'éducation de l'enfance, mais encore à l'œuvre capitale du recrutement et de la formation des maîtres, tandis que, aux Trois-Rivières et ça et 1à dans les campagnes, quelques particuliers assumaient, eux aussi, les humbles fonctions de l’enseignement populaire *.

Déjà donc, dès le XVII' siècle, surtout par l’action prévoyante de l’Église, l'enseignement primaire fonctionnait au Canada dans les villes et en plusieurs villages. Sous la même impulsion, l’enseignement secondaire faisait modestement, et bien méritoirement, ses débuts ?. Même l’enseignement spécial, dont on fait aujourd'hui : si grand cas, tenait une place dans les sollicitudes des éducateurs Se ecclésiastiques de cette époque, et l’on en trouve des traces tant À Montréal © qu’à Québec ?, où des établissements furent fondés pour préparer aux métiers et aux arts les plus pratiques les enfants du peuple.

Au siècle suivant et jusqu'à la fin du régime français, nous voyons

1. J.-B. Meilleur, Mémorial de l'éducation du Bas-Canada, pp. 2, 3, 13, EE (Montréal, 1860), — Cf, C.-J. Magnan, l'Enscignement primaire, oct. 1916. Ù 2. P. de Rochemonteix, Les Jésuites et la Nouvelle-France au XVIIIe siècle t. 1, pp. 207-210.

3. L'abbé AE, Gosselin, L'instruction sous le Régime français, IP., ch. II (Québec, 1911).

4. Tbid.. TP. ch. VI, — Pour plus de détails, nous renvoyons le lecteur au travail très clair. très documenté et très substantiel de M. l'abbé Gosselin (aujourd'hui Mgr Gosselin).

5. Cf. Rochemonteix, out. cit, t. F, pp. 211 et suiv.: t. III, pp. 366 et suiv.

6 Ecole des Frères Charon (Gosselin, ouz. cit. I FICHE).

7. Ecole fondée par Mgr de Laval à Saint-Joachim (Gosselin, ouv. cit. TI P. ch. V.).— De plus, les Jésuites dans leur collège enscignaient l'hydregraphie (Rochemonteix, ous. cit, t. I, p. 214; t, LIT, p. 368).

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l'œuvre éducatrice si leureusement commencée se poursuivre sans bruit, mais non sans succès, Quelques établissements nouveaux, les Ursulines aux Trois-Rivières, l'Hôpital-Général à Québec, le collège de Saint-Raphaël à Montréal, les Sœurs de la Congrégation en plusieurs localités et jusqu'en Acadie !, étendent peu à peu le cercle de l'instruction Populaire et moyenne, Dans les paroisses rurales, des maîtres laïques, encore peu nombreux il est Vrai, groupent les enfants qu’ils Peuvent ré nir autour de quelques “ les élémentaires. Ce sont ces écoles que Técommandait à ses prêtres M de Saint-Vaillier, lorsqu'il écrivait (en 1700) * : «Etant néces- Saire que les curés veillent sur les personnes qui font les petites écoles, et sur la manière dont ils les font, nous désirons qu'on leur laisse le soin de les faire faire par les Personnes qu'ils jugeront jes plus propres à y être employées, dont nous désirons cependant qu'ils donnent l’inspection plus particulière et plus immédiate à un ecclésiastique qui leur soit soumis ».

C'est donc avec raison qu’à la fin du dix-huitième siècle M“ Hubert, dans un mémoire dont nous parlerons plus loin, croyait devoir défendre en matière scolaire, contre des imputations infamantes, l'honneur du clergé canadien, «Un écrivain calomnieux, disait-il #, a malicieusement -épandu dans le public que le ciergé de cette province s’efforçait de tenir le peuple dans l'ignorance Pour le dominer. Je ne sais sur quoi il 2 pu fonder cette Proposition téméraire, démentie par les soins que le dit clergé a toujours pris de Procurer au peuple l'instruction dout il était susceptible. La rudesse du climat de ce Pays, la dispersion des maisons dans la plupart de nos campagnes, la difficulté pour les enfants d’une paroisse de se réunir tous dans un même lieu, surtout en hiver, aussi souvent qu'il le faudrait pour leur instruction, l’incommodité pour un Précepteur de parcourir successivement chaque jour un grand nombre de maisons particulières ; ilà des obstacles qui ont rendu inutiles les soins de plusieurs curés que je connais»,

Ces dernières paroles de l'Évêaue de Québec nous font très bien entendre pourquoi, malgré tous les efforts et tous les sacrifices, l’instruc.ion populaire ne put jadis se répandre plus rapidement au Canada. Elle nous Permettent en même temps de répondre à !’ac- Cusation grave renouvelée depuis M® Hube rt, Sur ce même sujet de l'éducation, par quelques écrivains Canadiens contre l'Eglise.

Ces auteurs reprochent au clergé, régulier et séculier, de ne s'être Pas suffisamment employé à instruire les enfants des colons français.

I. Meilleur, ouv. Et DD, 20,30, 48, 56;—aussi Mandements des E Québec, vol. I, D. 374 ct pp. 548-540.

2; Mandements, etc, vol, I, .p. 4r2.

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