À L'ÉPOQUE ET AU LENDEMAIN DE L'INVASION DES BARBARES
L'œuvre de Julien l'Apostat était trop contraire à la justice, surtout elle heurtait tiop directement le christianisme déjà puissant pour survivre à son auteur. (Grâce aux empereurs chrétiens qui vinrent après, grâce en particulier à Théodose, la vérité et la liberté recouvrèrent leurs éroits; elles reprirent en même temps le mouvement de progrès, d'instruction et de civilisation inauguré avant Julien, et qui coïncide avec l’âge si remarquable des Pères de l'Église.
Saint Jérôme écrivant à la noble dame Læta, concernant l'éducation de sa fille, lui adresse ce sage conseil : « Donnez-lui pour maître un homme d'un âge mûr, d'une vie irréprochable, d'une véritable instruction; car je ne pense pas qu'un homme instruit puisse rougir de faire Pour une parente, ou pour une vierge du Christ, issue d’une noble famille, ce qu'Aristote ne dédaigna pas de faire pour le fils de Philippe: ne se fiant pas aux maîtres vulgaires, il lui apprit lui-même à lire. //»e faut pas en matière d'éducation regarder comme Petit ce sans quoi les grandes choses sont impossibles \, »
1. Lettres choisies de saint Jérôme, trad. Lagrange (3e édition): Lettre XXVII. — Cette lettre, par la sagesse de ses recommandations, par la suggestion des moyens les plus pratiques de bien former intellectuellement et moralement la jeune fille chrétienne, constitue un véritable traité pédago-
gique dont les principes n'ont pas vieilli.
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Ces dernières paroles du saint docteur expriment admirablement, en un sujet d’une telle importance, la vraie pensée de l'Eglise, et l’idée si élevée que celle-ci s’est toujours faite de l'éducation de l'enfance. Elles s'accordent avec ces autres paroles d'un Père de l'Eglise non moins illustre: « Quoi de plus grand, s'écrie saint Jean Chrysostome !, que le gouvernement des âmes et la formation de la jeunesse! L'art d’instruire les jeunes gens, de façonner selon les règles du vrai et du bien leur intelligence et leur cœur, l'emporte de beaucoup sur l'œuvre des peintres, des sculpteurs, des artistes les plus renommés. »
M. Guizot,—dont la docte impartialité a, du reste, rendu à l'Eglise et à son rôle social les plus beaux hommages, —M. Guizot prétend que le jour où les écoles civiles, éléments de l’ancienne orgauisation scolaire, tombèrent sous les coups des barbares, le clergé, dans son attachement à l’enseignement religieux, négligea et alla parfois jusqu'à condamner «les sciences profanes en ellesmêmes?» Cette assertion uous paraît dénuée de tout fondement. Elle a été inspirée à l'éminent écrivain par quelques mots mal compris d'une lettre de saint Grégoire le Grand à l'évêque Didier, lequel, au lieu de prêcher l'Evangile, commentait dans son église les fables païennes Te Pape l'en reprend, et à bon droit; mais ui lui, ni ses prédécesseurs, ni aucun de ses successeurs, ni les chefs de l'Eglise en général n'interdirent jamais l'étude et l’enseignement des lettres et des sciences profanes.
Parmi es homélies où instructions riorales de saint Basile, il s'en trouve une adressée « aux jeunes gens sur la manière d’étudier avec fruit les écrits des païens‘» Le saint, avec une grande prudence, signale les précautions à prendre dans ces sortes d'études, puis il moutre les avantavwes de forme et de fond qu'on
1. Hom, 50 al. Go, in c. 18 Matth. n. 7 (Migne). 2. Histoire de la civilisation en France, t. I, p. 5 (7e éd.).
3. Voir l'abbé Landriot, Recherches historiques sur les écoles littéraires du christianisme, pp. 2553-57.
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peut en retir r: « La destinée d’un arbre, dit-il, est de donner son fruit en temps opportun: cependant les feuilles qui s’agitent autour des branches lul forment une parure. Ainsi le fruit essentiel de l'âme est la vérité, mais le vêtement extérieur de la sagesse ne doit pas être méprisé: il ressemble À ces feuilles qui prêtent au fruit une ombre utile ét un gracieux ornement !, » Et plus loin: « Puisque c’est par la vertu que nous devons parvenir à la vie future, on s’attachera utilernent aux poètes, aux historiens, surtout aux philosophes qui l'ont célébrée 2,»
On le voit, saint Basile demande,—et c’est là ce qui caractérise l'éducation vraiment chrétienne, —que toutes les études soient, en quelque manière, subordonnées à la vérité qui vient de Dieu et à la vertu qui y conduit. Mais cela n'implique nullement la défense d'étudier et d'apprécier ei elles-mêmes, dans leur beauté propre et leur caractère objectif, les lettres et les sciences profanes.
Aussi lit-on dans la vie des personnages les plus considérables qui, pendant la première périod= äu moyen âge, honorèrent l'Eglise et la foi, qu'à la science ecclésiastique ces hommes de Dieu joignaient des connaissances littéraires plus ou moins étendues, puisées dès leur jeunesse aux anciennes sources classiques ”. Les écoles tenues par le clergé, loin d’exclure ce genre d’études, lui faisaient au contraire une part convenable #,
Quelle fut, pendant l'époque dont nous parlons, l’organisation de l’enseignement à ses divers degrés, et dans quels cadres scolaires se déployait alors l'activité de la jeunesse ?
Le triomphe religieux et social du christianisme, sans amener une transformation immédiate des œuvres et des institutions existantes, permit cependant à l'esprit chrétien de s’infiltrer peu