HONDA D
3. De ces assemblées nationales, tenues sous la présidence du prince et composées des grands du royaume, sont sortis les capitulaires, en tant que documents royaux.
4 Dans la lettre circulaire de 788, à laquelle nous avons précédemment fait allusion, le prince dit : “ Nous avons considéré de concert avec nos féaux ”,
etc. Ces féaux, c'étaient ses conseillers, évêques et nobles, représentants de la nation.
et de décrets conciliaires promulgués tôt ou tard dans les diffé. rents diocèses. En tous ces cas, la sanction royale, donnée aux capitulaires, n'était que l'acte d’un pouvoir allié mettant en valeur civile des ordonnances ecclésiastiques.
Puis, hâtons-nous de l’ajouter, dans cette conduite du grand chef des Gaules légiférant sur des matières spirituelles ou mixtes avec les pasteurs de l'Eglise, on essaierait en vain de surprendre l'intention plus ou moins avouée d'amoindrir l'influence religieuse. Loin de là: le plus vif, le plus sincère désir du monarque fut toujours de voir cette influence grandir, et s'étendre, et Tayonner puissamment sur toute la société; et, de tous les mérites d'un empereur si glorieux, c’est bien là, semble-ti], celui qui met sur son front l'éclat le plus vrai et l’auréole la plus pure !.
Que d'autres admirent en lui l'invincible couquérant dont le génie vainqueur de tant de nations farouches, sut en faire les composants d’une nouvelle unité politique, et les raliier sous le sceptre d’une vaste hégémonie impériale! Que d’autres s’appliquent à louer le législateur sage et l'administrateur éclairé dont la vigilance embrassuit toutes les sphères, et dont la haute prudence, étrangère aïx manœuvres tortueuses et aux pratiques ondoyantes, savait si bien allier l'habileté à la probité, la sévé. rité à la bonté. A nos Yeux, et aux yeux de quiconque croit en Dieu et en son Eglise, ce qui, plus que tout le reste, a fait et fera toujours l’immortelle gloire de Charlemagne, c'est la grandeur et l'élévation de sa foi; c'est cette vision sublime où les rois lui apparaissaient comme des lieutenants de Dieu ; c’est cet esprit religieux que le prince portait en tout et qui, malgré quelques écarts, fit de lui un guerrier chrétien, un législateur chrétien, un restaurateur chrétien des sciences et des lettres, bref, un homme d’Etac chrétien.
1. Un des capitulaires contient ces paroles significatives: “Il n'est pas juste que les ministres divins soient soumis à l'autorité des puissances temporelles” (1. VI, n. 360).
Quand on rapproche de cette haute et mâle figure celle de nos politiques modernes, des Bismarks, des Combes et des Cavours, grands et petits, un sentiment de noble pitié pour l'Eglise qui souffre, et de sympathie attristée pour les peuples que l’on trompe, envahit l’âme et étreint le cœur. Quel contraste et quelle chute! L'Eglise et l'école, et l’école soumise À l'Eglise, constituaient pour Charlemagne les éléments nécessaires de la puissance civile, et les principes essentiels de la grandeur sociale. Presque partout, hélas! ces notions de suprême sagesse ont déserté les conseils de l’Etat : l'Eglise est une ennemie ; On s’insurge contre elle, on la combat, on l'injurie, on la jette dans les fers; par crainte de son influence que le pouvoir laïque jalouse, on ostracise ses ministres et on ferme brutalement ses écoles. C'est l’his. toire toute fraîche et, je dirais, encore saignante des violences du !’rfralisme et du radicalisme triomphant.
On n'arrive que par degrés à de tels actes et à de tels errements, Puissent les hommes qui gouvernent et en qui la foi, quoique vacillante, n’est pas encore éteinte, puissent ‘les familles et les sociétés où le mal sévit sans doute, mais peut être enrayé, ouvrir les yeux et se rendre aux clartés victorieuses de l'évidence!