APOGÉE INTELLECTUEL DU MOYEN AGE
L'activité dont les écoles épiscopa!es et monacales, au déclin du dixième siècle et à l'aurore du onzième, étaient devenues d’ardents foyers, eût dû, s’emble-t-il, provoquer et déterminer dans la société entière, et surtout dans les hautes classes, un puissant réveil littéraire.
Mais des causes très diverses paralysaient ces influences et retenaient l'esprit public dans les ténèbres d’une insoucieuse ignorance. Ie zèle assidu des moines à transcrire les livres anciens tant profanes que sacrés, et à multiplier leurs exemplaires, n'avait pu encore réparer tous les ravages de l’époque précédente: en plusieurs endroits les textes classiques étaient rares, lorsqu'ils ne faisaient pas complètement défaut. D'autre part, les désordres croissants des clercs, les luttes sans cesse renaissantes des seigneurs, l’assujettissement des vassaux et du peuple, n'étaient pas faits pour propager le goût des lettres et en stauler la culture 1.
Cependant, dès la fin du onzième siècle, la réaction intellectuelle s’accentue. L'amour de l'étude se répand; les esprits s’affnent ; la curiosité scientifique s'éveille: le cadre des programmes littéraires s'élargit. Le siècle suivant voit éclore bon
1. En ce temps-là “il était extrémement rare de voir des laïques qui sussent lire et écrire. La noblesse, qui devait naturellement avoir plus de goût et d'émulation pour la politesse et la vertu, et pour tout ce qui sert à élever et orner l'esprit, n'avait cependant d'autre passion que pour les armes et les
vains amusements qui en sont les suites. Elle méprisait souverainement les lettres” (List. litt., t. VII, D: 2).
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