RENAISSANCE ET RÉFORME
Les soucis de l'éducation, et l'étude assidue et réfléchie des lettres requièrent une atmosphère de calme, Rien n'est plus opposé À l'avancement de l'instruction, de quelque degré qu’elle soit, que la vie inquiète et précaire de Personnes et de familles
en proie aux troubles de la guerre, et violemment secouées par
le choc des grandes commotions sociales.
La guerre de Cent ans et les désastres qu'elle causa en France eureut pour conséquence directe de ralentir notablement le mouvement scolaire, Cette dépression intellectuelle se fit sentir pendant tout le quiuzièine siècle, et ce n'est qu'au seizième que l'histoire enregistre, dars l'éducation de la jeunesse et dans la vie des lettres françaises, un progrès digne de mention 1,
Ce progrès, l'Allemagne depuis queique temps déjà en éprouvait les effets bienfaisants. I] Ctait dû À des canses et À des circonstances diverses, parmi lesquelles il faut noter l'invention et la diffusion de l'imprimerie, la fondation de l'institut des « Frères de la vie commune » par Gérard Groote, puis l'heureuse et pénétrante influence exercée, sous l'impulsion du Saint-Siège, par le célèbre cardinal réformateur Nicolas de Cusa.
Sous l’action de ces forces providentielles, le peuple allemand, après une longue période de stagnation, parut s'éveiller comme d'un lourd sommeil, et la vie de l'esprit, plus riche et plus abondante, s'épandit en lui sous des formes et des manifestations jusque-là inconnues. Un vif désir d'instruction s'empara de la
Alain, L'instruction primaire en France arant la Révolution, ch. IL ,
Mes
bourgeoisie aisée et gagna rapidement toutes les classes du peuple. « Partout, dans les villes comme dans les campagnes, de nouvelles écoles furent établies, les anciennes furent améliorées. On chercha à donner de fermes assises à l'instruction populaire dans un système scolaire bien entendu ! ». L'éducation départie sous l'œii vigilant de l'Eglise, était chrétienne, et, d'après les recommandations faites aux parents et aux instituteurs par les catéchismes de l'époque, l'enseignement religieux et moral, base de tonte saine pédagogie, devait cominencer au sein même de la famille pour, ensuite, se poursuivre tout le long et à travers toutes les phases de la formation intellectuelle. « La maison, dit le Guide de l'âme *, doit être pour les enfants, dès l'age le plus tendre, la première écoie et la première église. Mère chrétienne, lorsque tu tiens sur tes genoux ton enfant qui est l’image de Dieu, fais le signe de la sainte croix sur son front, sur ses lèvres et sur sa poitrine. Prie avec Iui dès qu’il pourra parler, afin qu'il répète, après toi, ta prière. Tu dois bénir ton enfant, lui enseigner la foi, le conduire de bonne heure à confesse,
et lui apprendre comment il faut faire pour bien se confesser ».
Plus loin, le même ouvrage ajoute *: « Interroge souvent tes enfants; assure-toi qu’ils ont bien compris ce qui leur a été dit sur la foi et les commandements, et ce qu'ils ont retenu des explications de la doctrine qui leur out été données à l'école et à l’'ég ». Etailleurs {: « Les maîtres d'écoles doivent enseigner aux ufants la doctrine chrétienne et les commandements de Die : de l'Eglise. Ils doivent suppléer à tout ce que les pères ctrine (c'est-à-dire les prêtres) ne peuvent suffire à faire
<s sermons et autres instructions spirituelles, et leur venir
ide »,
tn 1, L'lemagie à la fin du
fatechisme cité par ssetl,
Tout démontre que l'instruction primaire avait pris un large essor et que le peuple en appréciait chaque jour davantage les bienfaits. « L'enseignement alors, dit Janssen !, n'était pas obligatoire; cependant les écoles étaient très fréquentées, ‘comme le prouvent beaucoup de documents conservés dans de grandes et de petites villes, et même dans de simples villages. Le maître d’une école de lecture et d'écriture À Xanten (Bas Rhin) se plaint que lui et son aide ne suffisent plus au grand nombre des écoliers, et demande qu’un sous-maître leur soit adjoint, sur quoi le conseil de la ville leur en accorde un, ainsi qu’à un autre instituteur de la même ville, en les invitant à s'entendre avec les parents pour la rétribution scolaire (1491). On voit d’après un document datant de 1494, qu'à Wezel il y avait cinq instituteurs chargés d'enseigner à ia jeunesse la lecture, l'écriture, le calcul, et le chant d'église ».
Or, ce progrès scolaire attesté par l'éminent historien allemand, à qui était-il dû si ce n'est à l'Eglise catholique et à ses ministres ? Un inspecteur général de l'Université de France, M. E. Rendu, l’a reconnu en ces termes : « Le catholicisme, dit cet écrivain ?, avait peuplé l'Allemagne d'écoles populaires comme le reste de l’Europe; il avait voulu que le clergé appelât à ces écoles les fils des serfs comme ceux des homimnes libres ; que tout prêtre ayant charge d'âme donnât l'instruction ou par lui-même ou par un clerc; que les évêques, dans leurs tournées, prissent soin de faire construire des écoles, là où il n’en existait point ; que le curé de chaque paroisse offrit aux pauvres l'ensei. gnement gratuit. Le catholicisme avait fait plus: devançant la pensée de J.-B. de la Salle, les disciples de Gérard Groote enseignaient aux enfants pauvres la lecture, l'écriture, la reli. gion et quelques arts mécaniques... En même temps les monastères de femmes avaient donné aux jeunes filles du peuple des institutrices que la Réforme devait leur enlever ».
!. Ouv, et pag. cit.
2 De l'instruction populaire dans l'Allemagne du Nord, 1855, pp. 3-6; paroles citées par Allain, L'inst Prim. en France, pp. 42-43
Nous basant sur ces données et, là où les faits manquent, sur l'induction et l’analogie, nous pouvons, ce semble, conclure très justement qu’au sortir du moyen âge, dans tous les pays où la civilisation chrétienne avait pénétré, l'école primaire distribuait l'instruction au plus grand nombre des enfants non seulement de la haute classe, mais aussi des classes populaires. Des écrivains protestants ! ont, là-“essus, rendu justice à la société mé. diévale.
Toutefois, nous devons l’uvouer, les informations scolaires fournies par les sources historiques de cette époque, concernent moins l'instruction du premier degré que l'enseignement secondaire et l'enseignement supérieur caractérisés par le célèbre mouvement de la Renaissance.
Personne n'ignore la passion très vive pour l'antiquité ciassique qui marqua le passage du moyen âge à l'âge moderne, et l'empressement admiratif et enthousiaste que l'on mit alors de toutes parts À étudier et à faire revivre, dans le monde des lettres, les œuvres les plus renominées des anciens.
Ce n'est pas ici le lieu de discourir sur les causes particulières qui, de près ou de loin, et dans une mesure plus ou moins large, déterminèrent ce vaste et universel ébranlement de l'esprit humain. Nous savons que le moyen Âge ne s'était préoccupé ni avec un zèle excessif, ni avec un succès général, des formes littéraires. Son attention s'attachait, sinon exclusivement, di moins principalement, à la conception la plus juste et la pius sensée des choses, et à la manière de l'exprimer scientifiquement. Lorsque, à partir du quatorzième siècle, la scolastique, oub:ieuse de sa gloire et dominée par l'influence nominaliste d'Occam et de son école, dégénéra en disputes stériles eten scepticisme dissolvant, une réaction se fit, reléguant dans l'ombre les recherches spéculatives et ralliant les esprits autour des études classiques trop négligées par les siècles précédents. La chute de Constartinople, en poussant plusieurs lettrés À fuir la tyrannie ottomare
1. Voir Rob. Schwickerath, Jesuit education; its history and princir! viewed in the light of modern educational pr blems, 1904 (24 ed), p. 2?
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et à chercher un refuge sur la terre d'Occident, vint hâter cu mouvement.
Dès le début, deux courants d'idées, tantôt vagues et imprécis, tantôt plus nets et plus distincts, et parfois diamétralement opposés, se dessinèrent parmi les amis des méthodes nouvelles.
Les uns, mieux inspirés, plus réservés dans leurs vues, et plus contenus dans leur action, jugèrent sage de ne pas s’abandonner À une admiration aveugle des auteurs de l'antiquité. Tout en proclamant l'utilité des études c'assiques et tout en s'y livrant avec amour, ils distinguèrent scigneusement dans les écrivains anciens (comme du reste on l'avait sn faire avant eux) ce qui peut s'allier À la doctrine chrétienne et en servir les intérêts, et ce qui porte l'empreinte des erreurs et des superstitions païennes.
Ce fut l'humanisme vrai et la renaissance de bon aloi.
D'autres, moins prudents que les premiers, séduits par les noms illustres de tant de maîtres des langues grecque et latine, attirés et magnétisés par la forme esthétique de leurs œuvres et le charme captivant de leur style, ne virent pas le poison caché dans les plis de cette littérature enchanteresse: ils absorbèrent ce toxique de l'âme comme on prend un aliment sain ; gaiement, inconsciemment, ils s'enivrèrent à cette source perfide, et leur enthousiasme pour les vieux classiques alla souvent jusqu'à la plus honteuse et la plus scandaleuse apothéose des idées, des mœurs, des institutions du paganisme. Ce fut l'humanisme faux et la renaissance païenne.
Cette déviation malheureuse d'un mouvement littéraire louable en soi, et capable de produire d'heureux fruits, tient À des raisons historiques diverses. La renaissance, dit l'historien Pastor !, «se produisait dans ne époque de relâchement, d'affais. sement À peu près général de la vie religieuse, période lamen-
ab'e dont les caractères sont, À partir du commencement du
- Histoire des Papes denis la fin du m yen üge (tsad. Raynaud), t. I. d,, p. 16.