Janssen, ibid. pp
libertés domestiques et civiles, allait bientôt s'accentuer sous la forte poussée des idées de réforme et d’insurrection religieuse propagées, grâce à la faveur ou à la connivence des princes, par Luther et par Calvin.
Le cours des événements nous met ici en face des doctrines novatrices dont ces deux hommes furent les hérauts, et en présence des œuvres auxquelles ils prêtèrent activement la main.
Une grave question se pose :
Qu'a fait le protestantisme pour le problème scolaire si heureusement résolu par l’Eglise catholique, et que faut-il penser de l'éducation dans ses rapports avec la Réforme ?
Nous avons déjà relevé l’étonnante assertion de certains écrivains assez peu respectueux de l’histoire pour oublier la grande œuvre de formation intellectuelle accomplie avant Luther et pour faire honneur à la révolution du XVI: siècle des progrès indéniables réalisés, dans l’âge moderne, par l'instruction primaire. Ces affirmations, lancées et renouvelées par des auteurs soi-disant catholiques, désavouées d'autre part par plusieurs protestants sincères !, ne s'accordent ni avec le raisonnement ni avec les faits.
Qu'y a-t-il, en vérité, dans les enseignements de la Réforme qui marque sur le catholicisme une réelle supériorité éducative et littéraire ?
Serait-ce la doctrine du libre examen, de la libre discussion des dogmes et des préceptes de la morale, préconisée et mise en œuvre par les chefs du protestantisme ? Vraiment nous ne voyons pas bien quels avantages intellectuels l'homme peut trouver à détourner systématiquement ses yeux du symbole reçu par l'Eglise, de la sagesse de ses jugements, de la lumière de ses traditions, et à ne chercher qu’en lui et dans le travail subjectif de sa pensée, la solution de tous les problèmes qui intéressent l'âme, ses progrès et ses destinées. La foi ne comprime pas la science; elle la dirige. La religion d'autorité qu'est le catholi-
i. Schwickerath, Jesuit cducation, pp. 21, 37, 033
cisme, ne coupe pas les ailes à l'intelligence; elle l’oriente et soutient son vol dans les sphères où l'esprit humain ne pourrait, par lui-même, s’aventurer sans péril.
Serait-ce plutôt la doctrine de ia lecture populaire et universelle de la Bible, des livres de l'Ancien et du Nouveau Testament que le protestantisme met indistinctement entre toutes les mains, parce qu'il en fait la règle unique et souveraine de la foi chrétienne? Mais cette lecture, permise du reste, recommandée même aux fidèles par l'Eglise dans des conditions qu' écartent tout danger d'interprétation fausse ou nocive, ne requiert pas plus d'instruction de la part du peuple que l'étude, nécessaire pour tous et imposée À tous les catholiques, du catéchisme et de la vérité religieuse.
Deux faits frappent le regard de l'historien impartial: d'un côté, l’activité féconde qui, avant ‘: Réforme, régnait dans les divers établissements scolaires de l'Europe; de l’autre, la déchéance des études et le désarroi des lettres dont on eut, au temps de Luther, l’attristant spectacle.
Nous avons déjà prouvé le premier de ces faits; rien ne sera plus facile que d'établir le second.
Certes, nous ne prétendons pas que les chefs du protestantisme se soient prononcés en principe, et d'une manière absolue, contre la culture des lettres et l'instruction populaire. Ce jugement serait excessif, erroné même, Ce que nous disons, c'est que les
sen toutefois, d'après Dôllinger (Keform. t. I, p. 410), n'hésite pas à écrire que “là où la nouvelle doctrine se développait sans aucune entrare, d'innombrables prédicants travaillaient à ruiner de fond en comble toute eu! ture inteliectuelle. [ls visaient sciemment, de propos délibéré, à fonder ! règne de ia foule ignorante, guidée par les démagogues religieux, sur les ruines des institutions ecclésiastiques et scientitiques. On revenait aux doctrines que les hussites de Bohème avaient mises en honneur au quinzième siècle: Celui qui s'adonne aux arts libéraux... n'est qu'un orgueilleux... les écoles doivent ètre détruites” (ouz. cit. t. IT, p. 313).— Notons, en outre, avec quel mépris Mélanchthon, l'ami de Luther, en train d'exalter le pois
des princes, parlait du peuple aucuel il appliquait ces paroles hibliques dites aves (Éecli. XXXIIF, 23) : 4 l'ône le fourrage, le baton e
des anciens
rrection et le travail (ibid. p. 614).
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novateurs, par leurs doctrines malsaines, leurs principes subversifs, leurs écrits incendiaires, créèrent un état de choses et un courant d'opinion extrêmement dominageables à l'éducation de l'enfance et au progrès des études scientifiques et littéraires, Ce résultat est attesté par Luther lui-même : « En Alleiagne, écritil, on laisse dépérir l'enseignement. Les écoles supérieures languissent, les couvents sont fermés, l'herbe se sèche, la fleur tombe. Là où les couvents et les abbayes ont été supprimés, personne ne consent plus à faire instrnire ses enfants ! ».
Le moine apostat devait-il en être surpris? et n'étaient ce pas là plutôt les fruits amers de son œuvre de démolition ?
Poussé par l’orgueil frondeur qui fut le premier mobile de sa défection, il avait allumé aux quatre coins de l'Allemagne le brandon des discordes religieuses. Tout le pays était en feu. Les princes, séduits par les doctrines uouvelles, se soulevaient contre l'Eglise, et les peuples à leur tour, témoins du mépris de l'autorité la plus sainte, secouaient impatiemment le joug des princes. Les églises étaient ravagées, les monastères pillés et incendiés. Que de livres et de manuscrits précieux disparurent dans cette tourmente!
Ces troubles politico-religieux eurent pour les écoles et l’enseignement de tout degré, non seulement en Allemagne, mais dans tous les pays qui en furent le théâtre, en France “ren Suisse, en Angleterre #, les conséquences les plus funestes.
1. Ibid, p. 317. — CE id,, t, LE, p. 33, 2." Lantroducton du protestantisme en France eut une première consévence, celle de retarder notablement la restauration de l'enseignement pri-
alysant les efforts de l'Eglise et en annulant pour un temps les Ï f
ctiets de l'invention de l'imprimerie” (Allain, L'inst. pri. en France, p.44).— “L'enseignement populaire était généralement confié aux ecclésiastiques et aux cleres qui aspiraient à le devenir: il était assez ordinairement mis à la harge des fabriques et partout il était placé sous la surveillance du clergé. I donc aisé de concevoir combien les écoles durent souffrir des attaques ecs par ceux de la religion nouvelle contre le culte catholique ”. (Paroles
Le:
. de Beaurepaire, ibid., p. 45).
Schwickerath, our. cit. pp. 60-70.
Il yaplus. Luther, dans sa haine p:ssionnée contre le moyen âge, haine qu'entretenaient ses relations avec Erasme et avec LE les tenants du faux hamanisme, poursuivait des plus violentes LES invectives la philosophie et la théologie scolastique et les insti. tutions elles-mêmes où ces sciences tenaient le haut rang. Pour lui, les universités n'étaient que «des cavernes de malfaiteurs, des temples de Moloch, des synagogues de perdition!,» Ii allait, dans son langage virulent, jusqu'à s'écrier: »On devrait j mettre le feu aux universités; car rien de plus infernal, de plus h diabolique, n’a existé depuis le commencement du monde, et jamais la terre ne connaîtra rien d'aussi pernicieux ? ».
Le plus complet discrédit pesait sur les sciences et les lettres : [ES ce qui arrachait À l’humaniste Nossen ces paroles attristées : « Personne ne saurait voir avec indifférence à qu’' point le zèle pour la science et la vertu sont éteints parmi nous. Ce qui £ m’affige le plus, c'est la crainte qu'une fois les fondements des ea sciences sapés, toute piété ne soit du même coup ruinée, et que
nous ne voyions reparaître une barbarie capabie d'anéantir les ; derniers et faibies vestiges de la religion et des lettres.» Les comptes rendus scolaires de cette époque retentissent partout des mêmes gémissements.
Cette décadence intellectuelle tenait, au fond, à une question de doctrine. Parmi les thèses qui faisaient alors partie intégrante du luthéranisme se trouvait celle de l’essenteille corruption de la nature humaine, par suite du péché d'Adam. Luther eu voulait à la scolastique de faire si grand cas de la faculté & raisonner et de s'en servir comme d’un instrument de projectior. lumineuse dans l'étude des vérités chrétiennes. Ses expressions n'étaient ni assez fortes ni assez grossières pour déprécier cette raison humaine qu’il appelaïi’ «l'épouse du diable et la plus grande gourgandine de Satan #, »