CHAPITRE DOUZIÈME
\OPOLE UNIVEPSITAIRE
Il y a dans la société u: cel besoin d'crdre, d'autorité et d'équilibre, que l’anarchie où la révolution jette les peuples, ne saurait longtemps durer.
C'est même un phénomène fréquemment observé qu'à la suite des grandes perturbations politiques qui ébranlent le pouvoir et font osciller son axe entre diverses formes mal définies de gouveruement, les ressorts sociaux, détendus et presque disjoints, ue tardent pas, par un effet singulier, À se resserrer sous l'étreinte d’une main de fer, et d’une force d'autant plus comprimante que les abi!s de la liberté ont été plus graves.
La révolution française fut tout ensemble une débauche de doctrines et un déchaînement de passions : elle aboutit À la dictature napoléonienne. Sous prétexte de réformer et d'affran. chir l’enseignement, elle avait brisé les libertés sages, qui, depuis si longtemps, servaient de base à l'œuvre sacrée de l’éducation. Cette œuvre, sous Bonaparte, se concentra en un rigide système d'Etat, et en un lourd et puissant monopole.
Au début du Consulat, on eût pu croire que, grâce aux dispositions et à l'avis favorable du ministre de l'Intérieur, Chaptal, la liberté d'enseigner, —une liberté restreinte et insuffisante, il est vrai, —ailaittriompher. Le ministre imbu des idées absolutistes qui s'étaient développées en France sous l’ancien régime, réclamait sans doute peur l'Etat le droit d'instruire l'enfance et la jeunesse; mais il ne voulait pas que cette fonction fût exclusive. « Il appartient à l'Etat, disait-il, d'ouvrir des écoles publiques; mais il appartient aux droits d’un chacun d'ouvrir aussi des écoles et d'y admettre les enfants de tous ceux
qui n'auront pas, pour l'instituteur public, le degré de confiance nécessaire. ! »
Cette liberté, que toutefois, en bon parlementaire gallican, i] avait soin de soumettre À une surveillance active et À un con. trôle effectif de l'Etat, Chaptal la demandait et pour la fonda. tion des écoles et pour les méthodes d'enseignement. Une action illimitée des pouvoirs politiques en pareille matière lui faisait peur. «Le gouvernement, maître absolu de l’iastruction, pourrait tôt ou tard, ajoutait-il, la diriger au gré de son ambition. Ce levier, le plus puissant de tous, deviendrait peut-être dans ses mains le premier mobile de la servitude: toute émulation serait éteinte, toute pensée libre serait un crime, et peu à peu l'instruction qui, par sa nature, doit éclairer, bientôt dégénérée daus la main de quelques instituteurs timides, façonnerait toute une génération à l'esciavage » ?.
Ces suggestions ne purent prévaloir dans l'esprit du chef de la France. Un projet de loi fut présenté, lequel, sans établir encore le monopole scolaire, lui pré: aruit les voies # C'est à l’occasion de ce projet, et des lacüies qu’on y remarquait au point de vue religieux et moral, que Ai. Daru fit entendre ces judicieuses paroles: «Je ne puis voir saus étonnement que le projet de loi sur l'instruction publique ne fasse aucune mention des idées de religion à donner aux enfants. Je pense qu'une omission si importante détruirait les espérances que la joi, qu: vous est présentée, permei de concevoir... Je ne concevrais pas une éducation qui ferait abstraction de toutes les idées re!:gieuses. Cette omission paralyserait l'instruction elle-même: elle serait injuste pour les enfants, effrayante pour les pères: elle serait impolitique, c'est à-dire dangereuse pour l'Etat #.