Gréard,our, cit. pp
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catholique et pour donner à l’enseignement officiel une direction plus chrétienne, on avait prié ME Frayssinous d'accepter la charge importante de grand maître de l’Université. Ce prélat renommé par son savoir et ses vertus, et d'autant plus agréable au roi qu'il était plus attaché aux vieilles doctrines gallicanes, voulait sincèrement le bien. Sans se faire illusion sur les difficultés de son œuvre, il se donna pour tâche d'infuser dans l’immense corps dont il était la tête, un peu d’esprit religieux : pour cela il écarta certains professeurs trop suspects; il étendit la sphère de l'enseignement catéchistique; il plaça en des mains ecclésiastiques le gouvernement de plusieurs collèges royaux.
Mais peut-on refaire et galvaniser un arbre vicié dans sa substance et atteint jusqu'en ses racines ?
Les racines de l'Université s'étaient nourries, dès le principe, de l'esprit sectaire qui en formait comme un des éléments natu: rels, et cette sève empoisonnée, s'épanchant dans les artères du vaste corps officiel, infectait presque toutes les branches de l'enseignement secondaire et supérieur. C'est ce mal intime et profond que Lamennais, dans une iettre à ME Frayssinous, dénonçait en des termes aussi hardis que saisissants: « Exagérous-nous, écrivait-il, quand nous disons qu'il existe en France des maiso1: soumises d’une manière plus ou moins directe à l'Univer .é, où les enfants sont élevés dans l’athéisme pratique et dans la haine du christianisme? Dans un de ces horribles repaires du vice et de l'irréligion, on a vu trente élèves aller ensemble à la ‘l'able sainte, garder l'hostie consacrée, et, par un sacrilège « les lois auraient autrefois puni, en cacheter les lettres qu'ils écrivaient à leurs parents? Une race impie, dépravée, révolutionnaire se forme sous l'influence de l’Université !, » Le mal en était arrivé à ce point qu'un aumônier de collège ne pouvait prononcer le nom de « miracle » sans soulever parmi les élèves de vifs murmures ?,
1, Louis Feuillot {
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On s'explique aisément l'influence désastreuse exercée sur l'esprit national par une institution scolaire devenue comine une école publique d'athéisne et une officine d'impiété. Chaque année, des maisons universitaires sortait une jeunesse sans principes et sans mœurs, une génération sans croyances. Lee fer. ment de haine non encore éteint qui avait causé la Révolution, les idées protestantes, libérales, anticléricales, tous les préjugés, toutes les jalousies, toutes 1: passions, trouvaient là, pour se développer, un terrain propice.
On en voulait à la Restauration d'avoir, — quoique d'une main bien avare, — abandonné À l'Eglise, aux évêques et aux jésuites, les quelques débris de liberté dont le catholicisme jouissait. Le mécoutentement grandit, une tempête se déchaîna : pour les uns, c'était un prétexte de battre en brèche la royauté pour les autres, une belle occasion d'arborer l'étendard antireli. gieux; pour d'autres aussi, un moyen d'assouvir d'antiques rancunes universitaires, A tous, l'épouvantail jésuitique servit de drapeau. On croyait voir la main des Jésuites, active e: remurnte, bien qe cachée dans l'ombre de la « Congrégation » dont .': étaient les directeurs, et qui se recrutait parimi les laiques de toute classe, on croyait voir ces hommes mystérieux faire mouvoir tous les rouages de la machine gouvernemertale. On les disait maîtres du pouvoir; et, : smime si Ja libertc religieuse reconnue par la charte n'eût pas «if faite pour tous les Français, on les accusait de s'être établis en France contrai. rement à la loi et d'y avoir ouvert des collèges non autorisés.
La clameur d'opposition, de réclamation, d’intimidation, nous sée contre le ministère par mille voix aussi audacieuses que retentissantes effraya Charles X ; et le prince, représentant d'une autorité qui, depuis la chute de l'Empire, avait donné tant ce preuves d’incohérence et de faiblesse, signa, non sans de très vifs regrets, les célébres ordonnances du 16 juin 1828; c'était une sanction brutale, et une aggravation rigoureuse de Pinjuste mono. pole d'Etat déjà si attentatoire aux droits de la famille et aux prérogatives de l'Eglise,
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La premiere ordonnance soumettait au régime de l'Université les écoles ouvertes par les Jésuites. Fn outre,elle portait que toute personne chargée, soit de la direction, soit de l'enseignement, dans les établissements de l'Université ou dans les écoles secondaires ecclésiastiques, devrait affirmer par écrit qu'elle n'appartenait à aucune congrégation religieuse non légalement
établie en France,
La seconde ordonnance, relative aux petits Séminaires, limitait le nombre
de leurs éleves et conférait au roi le droit de déterminer le nombre de ces
leur siège. Elle interdisait aux petits séminaires de recevoir aucun ext obligeait leurs élèves, à partir de l'âge de quatorze ans, au port de l'habat ecclésiastique et instituait, pour les candidats au sacerdoce, un baccalauréat spécial ne donnant n droit d'admission dans les carrières
civiles *,
A la lecture de ces ordonnances, grande fut la douleur de tous les vrais catholiques.
Mgr Frayssinons, pour ne pas prendre la responsabilité d'actes qu'il jugeait très dommageables, et à la religion dont il était le ministre, et à la royanté qu'il avait jusque-là si fidèlement servie, eut le noble conrage d'abdiquer ses fonctiotis *!.
Les Evêaues, justement indignés, se concertèrent et firent entendre presque À l'unanimité une digne et ferme protestation. L'un d'eux, Mư Gastons de Pins, s'était déjà éievé en termes sévères contre les deux décrets dont l'un frappait plus spéciale. ment les Jésuites, et l'autre l'enseignement clérical. Il signalait dans le premier «trois invasions distinctes sur les droits
érsation avec Charles X, le digne prélat caractérisait ainsi iiposée au monarque par ses ministres: “ [ semble qu'elle ait été un esprit de défiance et de haine contre l'épiscopat et la religion Pour rien au monde, je ne voudrais contresigner pareille ace,” {Crétincau-Jols, ou, et ?, cit. p. 238): et il ajoutait en parlant les Jésuites! “Ce sont des prètres irréprochables qui élèvent très bien la messe, et ici on peut s'en rapporter à cette multitude de pères de famille de les parties de la France, qui, depuis quatorze ans, leur ont confié leurs Qucls sont leurs ennemis acharnés? Ce s les Protestants, les Jan-
impies, les révolutionnaires, les plis grands ennemis de la reli
À des Bourbons (ibid je
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imprescriptibles de l'Eglise de Jésus-Christ»; puis, avec une liberté toute épiscopale, il s'écriait : «Ces trois invasions par le pouvoir civil sont de tous points intolérables: et lorsqu'il dépouille l'Episcopat de l'enseignement de ses établissements ecclésiastiques, qui lui appartient par le fait de sa mission apos. tolique; et lorsque, dans la personne des professeurs qu'il exclut de l’enseignement des petits séminaires, il flétrit les liens sacrés par lesquels un chrétien se consacre à Dieu par des vœux de religion, selon la règle des Instituts approuvés par l'Eglise uni. verselle; et lorsqu'il force les berrières du domaine de la con: science, par une investigation sacrilège, pour y arracher des déclarations dont on ne doit compte qu'à Dieu seul»!
On sait que le gouvernement, engagé par fausse prudence dans la voie des concesssions dangereuses, hâta piutôt qu'il e retarda la crise fatale. Cette crise, deux ans après, brisait le trône de Charles X et emportait sa couronne,
Quar: aux protestations des évêques, si elles n'obtinrent üu pouvoir aucun résultat iminédiat, elles eurent pour effet de venger le droit chrétien violé, et de soulager par une haute afñr. mation de principes la conscience catholique opprimée. Ce fut en même temps un premier coup de clairon, signal de la lutte superbe qui allait bientôt s'engager, et d'où, après d’héroiques efforts, devait sortir, non pas sans doute la suppression de l'en.
seiguement par l'État, mais du moins, pour les catholiques, la
conquête progressive de la liberté d'enseigner.
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