Lavoliée,-cut cit tp
ments libres, agressives, envahissantes, dommageables à la morale chrétienne, dangereuse< nour la foi catholique.
Cette organisation de systèmes scolaires hostiles aux premiers principes de la religion et de la liberté, n’a pu s'effectuer universellement sans combat. Ajoutons que dans plusienrs pays, là surtout où chefs et soldats surent en rangs pressés, et avec des cœurs unis, descendre dans l'arène, les catholiques n’ont certes pas combattu en vain. Des exemples remarquables attestent leurs succès. Sans demanuer, — lorsqu'ils se sentaient incapables de l’obtenir, — la suppression de toute ingérence abusive de l'Etat, ils réclaimèrert dans des luttes mémorables, et conquirent finalement plus d’une fois la liberté de faire donner à leurs enfants une éducation conforme à leurs justes vœux, à leurs croyances et à leurs convictivns religieuses.
L'histoire de ces luttes forme un des plus beaux chapitres des annales catholiques au dix-neuvièmie siècle.
C'est en France que se livrèrent les premières batailles. Le monopole d'Etat, établi par Napoléon, étendait ses chaînes en mêine temps sur l'instruction primaire, l'instruction secondaire et l'instruction supérieure ; l’enseignement à tous les degrés était soumis à l'Université. Pour rendre aux familles et à la France la liberté d'enseigner, il fallait donc secouer un triple joug, accomplir une triple conquête. Nous ne dirons pas que l’œuvre d'émancipation opérée après de vives et longues protestations fut complète; mais trois lois principales, dont l’une édictée en 1833, la seconde en 1850, la troisième en 1875, firent brèche tour à tour au monopole, et affranchirent, en partie du moins, des entraves de la servitude l’enseignement primaire d’abord, puis l'enseignement secondaire, puis enfin l'enseignement supérieur.
C'est grâce à l'esprit large et généreux de M. Guizot que la loi de 1833 fut votée. Cette loi « établissait nettement la distinction de l'enseignement officiel et de l'enseignement libre. Chaque commune de France devait avoir une école primaire et son instituteur; dans chaque département devait être créée une
école normale pour former des maîtres. Les communes pouvaient confier leurs écoles à des maîtres religieux; les Frères, en effet, en dirigèrent un grand nombre. Les écoles normales, où se recrutaient les maîtres laïques, pouvaient elles-mêmes être dirigées par des religieux; les Frères des Ecoles chrétisanes en dirigèrent en effet plusieurs. Mais, à côté de l’enseignement public. les particuliers pouvaient librement tenir école, pourvu qu'ils fussent approuvés par les recteurs d'Académie et pourvus du brevet de capacité. Ce brevet de capacité, obtenu devant un jury d'Etat, était la principale restriction à la liberté; car pour subir les examens, il était nécessaire de se conformer aux programmes et de s'initier aux méthodes que l'Etat déterminait !,»
Il est sûr que la loi Guizot gardait une forte empreinte de l'Etat enseignant; mais elle assurait aux catholiques de précieux avantages, et ceux-ci s'en prévalurent pour mulciplier par toute la France les établissements libres, et à base religieuse, d'instruction primaire *.
Cependant, l’enseignement classique, celui qui forme les esprits d'élite et les classses dirigeantes de la nation, restait enchaîné à l'Université. Et c'est du sein des lycées et des collèges de l'Etat que sortaient chaque année tant de voltairiens en herbe et d'apprentis libres penseurs; ce sont ces sources suspectes, altérées, grossies de tous les afflux du mensonge élégant et de l'erreur spécieuse, qui versaient périodiquement sur la France, avec le doute insolent et railleur, la fange de la corruption et le poison de l'impiété.
Les catholiques français, forts de: promesses de liberté conte-
1. Guibert, //istoire de S. Jean-Baptiste de ta Salle, pp. 651-52. — Voir dans Greard, La législation de l'instr. primaire en l'rance depuis 1780 jusqu'à n Jours, t. |, le texte méme de la loi,
2. Sous le gouvernement du frère Philippe CIS3S-1874), 720 nouveaux ét: blissements des Freres des Écoles chrétiennees, — pour la plupart écoles por: laires, — furent ouverts en France et 270 à l'étranger (Guibert, our. ci: p. 652).
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nues dans la charte de 1830, se mirent en campagne. ME Parisis dans l’épicopat, Louis Veuillot dans la presse, Montalembert au parlement, furent les chefs dévoués et intrépides de ce mouvement libérateur. C’est pendant cette période de luttes vigoureuses et retentissantes que le comte de Montalembeït par sa parole élevée, ardente, généreuse, et le rédacteur de l'Univers par ses écrits d’une logique si claire et d’une verve si puissante, en secouant l'indifférence publique et en mettant à nu la plaie vive dunt souffrait leur pays, portèrent au monopole les plus mortelles atteintes.
Rien de plus beau ni de plus noblement chrétien que ces paroles par lesquelles, appréciant un rapport de Thiers sur la question de l’enseignement, —rapport basé sur la thèse de l'Etat éducateur, mais dans lequel, comme compensation de la liberté réfusée aux catholiques, on proposait d'offrir des bourses aux petits séminaires, —L. Veuillot stigmatisait ce hrnteux marché : «Que M. Thiers, disait-il, garde ses deniers: nos Evêques ne vendront pas le droit de l'Eglise, qui est aussi celui du père de famille et du citoyen. Ils demandent de la liberté, ils ne demandent pas de l'argent, l'argent profite mal en ces sortes d’affaires. Les Apôtres à qui Jésus ne légua que l'opprobre et la croix surent conquérir le monde; celui qui avait traité avec la synagogue se pendit, et mieux aurait valu pour lui qu'il ne fût pas nés
Montalembert, dont on sait la vaillante et chevaleresque atti. tude en faveur des Jésuites, point de mire de la gent universitaire, n'était pas moins ardent * La cause du droit et de la liberté
1. Louis Peuillot par Eug. Veuillot, t. [, p. 510 (se éd.) . Certains admirateurs de l'illustre orateur français oublient trop cette buse, — sans contredit la plus belle et la plus giorieuse, — de sa vie, où, che- Varer sans peur de la liberté et de l'Eglise, il jugeait avec mépris les adulars du pouvoir, les amis d'une fausse prudence, ceux qu'il appelait luime des “concessionneurs” (Louis l'euillot par Eug. Veuillot, t IL, P. 3
marchait vers la victoire. Cette victoire, avonons-le, ne devait être ni complète ni exempte d'amertume.
C'est en 1850 que la loi, depuis longtemps réclamée par les catholiques, fut votée.
Cette loi, en ce qui concerne l'enseignement primaire, était comme une extension de celle de 1833, qu’elle améliorait sur divers points, surtout en sanctionnant le système des « équiva. lences », d'après lequel la prêtrise et les lettres d'obédience pour les religieux pouvaient tenir lieu de certificat d'aptitude !.
Quant à l’enseignement secondaire, qui en formait l'objet principal, la loi n'était, en réalité, qu'une transaction: trañsac. tion combattue par l'Univers, assez mal vue de Mr Pie et de M: Parisis, mais à laquelle Montalembert, dominé depuis queique temps par l'abbé Dupauloup, donnait, non sans quelque inquiétude, son adhésion. Elle présentait tout à la fois d’incontes. tables avantages et de très graves inconvénients. D'un côté. elle permettait aux catholiques et anx congrégations religierses, quelles qu'elles fussent, d'otvrir hors de la sphère universitaire des établissemen‘s d'instruction secondaire; de l’autre, en pri. vant ces nouveaux établissements du libre choix des program:res et des méthodes qu'ils devaient recevoir des mains de l'Etat elle conservait à l’Université la haute direction de i'enseignement. C'était, s:lon l'expression de l’évêque de Langres, mettre «au-dessus de l’Egiise enseignante l'Etat enseignant # » Toute fois une place, — non là plus importante, — était faite au ciergé dans le coiseil supérieur de l’Instruction publique.
Finalement acceptée de tous les catholiques selon le conseil de Rome, la législation de 1850 denna naissance à un grari nombre de collèges libres. « Moins d'un an après la promulgation de la loi, écrit le P. Lecantet #, 257 établissements libres avaient été crées... Les Congrégations s'empressèrent auesi 6