‹ Droit public (volume 3)Chapitre 28 sur 107 · LES BATLBS, LES PRÉVÔTS · texte numérisé non relu

LES BATLBS, LES PRÉVÔTS

fois simultanément : je citerai Muret et Saint-Antonin'. A côlé da viguier apparaît le sous-viguier : il y a à Nîmes deux sousviguiers*.

Dès la fin du xi' siècle ou le commencement du xii**, les grands feudataires du Languedoc s'efforçaient, ce semble, de transformer les bayles et les viguiers féodaux en agents amovibles'. Cette transformation se continua et s'acheva au xiii' siècle, sous Tadministration d'Alfonse de Poitiers et sous l'administration royale.

En Dauphiné^ les anciens vicarii ont pris le nom de vehiers. Viguier et vehier sont deux formes dialectales de même origine. A côté des vehiers, le Dauphiné avait des bayles et même des prévôts*.

Prévôts, viguiers, bayles, étaient souvent confondus dans le haut moyen âge sous la dénomination vague de ministeriales*. Minisierialis lui-même est devenu terme technique en Dauphiné et a donné mistral : l'archevêque de Vienne a son mistral ; le comte de Vienne a aussi son mistral *.

Mais je ne puis m'étendre ici sur l'administration des grands fiefs, ni sur celle du Dauphiné. J'ai hâte de revenir à l'administration royale.

Les prévôts sont administrateurs et juges, ou du moins présidents de tribunal. Ils régissent ou plutôt ils exploitent en vérita-

Cf. A. Molioier, ibid,, pp. 287, 294; P. VioUet, Let communet françaiset au moyen âge.dàùs Mém. de V Académie des Inscript, t. XXX VI, 2« partie, p. 483. ' A. MolÎDier, t6td., p. 297.

> A. Molinier, ibid,, pp. 293, 294.

> A. Molioier, ibid,, p. 287.

^ Uittoire de Dauphiné, t. 1»^, Oenève, 1722, pp. 111-116.

* « De ministerialibus qui moderoo tempore baHi?i appellaotur » (Guérard, Carlulaire de Saint- Bertin, p. 366).

* Histoire de Dauphiné, t. !•', pp. 107-111. Ce nom de fonction, mittral^ est de- ▼eno, en Dauphiné,* comme ailleurs prévôt, Qom d'homme, nom de famille. Lou felibre Miitrau, Frédéric Mistral, est d'origine dauphinoise (Frédéric Mistial, Lou iretor dôu (eiihrige ou Dict. provençal- fronçait, t. II, p. 347, !'• col., v^ Mistrau, mittral). Ces mistrauz du Dauphiné sont des receveurs, des comptables (Roman, Tableau hitt. du département des Hautes-Alpes, 1'* partie, p. zzv). Leur charge a très ordinairement été féodalisée : on appelle alors mistralie la coicession en fief du tiers des droits seigneuriaux, ordinaires et casuels, d'une terre, à la charge de faire la recette do tout, de prêter serment et hommage lige (de Miribel, La mistralie de Vairon, dans Bulletin de l'AcadémU delphinale^ 4« série, t. XI, 1897, pp. 81-114; d'après Annales du Midi, t. XIV, p. 100).

bles enlrepreDeurs les domaines du prince S disposent de la force militaire et commandent, dans les lieux forliflés, la tour ou le château du roi. Il me semble que les châtelains sont souvent des fonctionnaires analogues aux prévôts : ils ont pris un autre nom, en raison deTimportancedu château qui leur a été conflé*.

Nos rois affermèrent, je viens de le laisser entendre, la plupart de leurs prévôtés. Les bénéBces que les prévôts faisaient sur ces fermes étaient tout leur salaire. Plusieurs d'entre eux furent expressément autorisés par le roi à disposer de leurs charges en faveur de leurs héritiers. Beaucoup d'autres parvinrent à constituer cette hérédité, en dépit de l'autorité royale*. Tout, en effet, aux x* et xi* siècles, tend à l'hérédité. L'hérédité répond, en ces temps, à un besoin, à un effort universel*.

Les textes du xii* siècle et ceux du xiii* nous révèlent assez souvent la coexistence de plusieurs prévôts royaux dans une même localité*. Cette pluralité a diverses origines : elle s'explique, ici par l'existence d'une société d'entrepreneurs qui se sont entendus pour exploiter la prévôté*, là tout simplement par la juxtaposition de plusieurs officiers. Tantôt l'unité, avec le temps, s'est faite; à Paris, par exemple. Tantôt les circonscriptions se sont dessinées plus nettement, en sorte que l'ancienne dualité a par là encore disparu '.

I Voyez le détail fort intéressant des revenus d*ane prévôté (Amiens), en 1292, dans Bou tarie, La France tout Philippe le Bel^ p. 243.

< Cf. HisL de Dauphiné, t. ]•', p. 116.

9 Cf. Luchaire, Hitt. detinsUt. mon., 2«édit., t. !•'« p. 216 ; Lachaire, Manuel des inttit. franc., pp. 340, 541 ; Rosenzweig, Les prévôts féodés en Bretagne, Vannes,

^ Voyez ce qui a déjà été dit à ce sujet, ci-dessus, t. Il, p. 46.

B Voyez pour Paris : Cadier et Couderc, Cartulaire et censier de Saint-Merry, n^SS, dans Mém. de la Société de l'histoire de Paris et de L Ile-de-France, t. XVIII, p. ICI ; arrêt de 1253 dans L. Delisle, Fragments inédits du registre de Nicolas de Chartres, p. 82; Borrelli de Serres, Recherches...., Notices relatites au x///« siècle, pp. 543-546.

^ L. Delisle, Magni rotuli Norm, fragmentum, Cadomi, 1851, p. 45. Le mol prepositura qui manque ici se trouve à la p. 43 pour un autre office. Boataric, Saint Louis et Alfonse de Poitiers, pp. 252, 253. Boutaric, Actes du Parlement de Paris, U f^, p. 148, no 157.^

'f Je suis tenté d'expliquer ainsi Tezlstence, probablement très ancienne, de cer* tains prévôts forains (il y a un prévôt forain à Laon d'après une ord. de 1331, art. 4, dans Ord., t. II, p. 78, mais il semble qu'anciennement il n'y avait qu'un seul prévôt royal dans cette région).

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