V.III
art nouveau apparaît. Dans le même temps les populations, se groupant en corporations, s'organisant en communes, s'ébranlent vers la liberté.
L'activité merveilleuse qui accompagna en Europe l'effondrement du pouvoir central n'alla point, d'ailleurs, sans souffrance. Une société qui monte sent peut-être plu* vivement son mal qu'une société en décadence. La souffrance n'est-elle pas le meilleur stimulant du progrès? Celte souffrance utile, les violences des grands ou leurs procédés fiscaux la procurèrent souvent à nos pères : ce qui étouffe les faibles aiguillonne les forts.
Le développement fécond dont nous abordons l'hisloire se manifeste à la fin du xi* siècle et auxii* par deux grandes transformations qui intéressent, l'une surtout les campagnes, l'autre surtout les villes.
De tous côtés dans les campagnes les serfs furent affranchis. Cette liberté (qui n'avait rien d'absolu) leur fut vendue au prix d'un cens annuel, cédée contre une taille abonnée et diverses charges, etc.; les conditions de ces affranchissements sont extrêmement variables*. Mais la liberté ne s'étendit pas tout d'un coup sur la surface entière du territoire : la libération s'effectua fragmentairement, au gré des circonstances, au gré des besoins et des aspirations locales. Elle n'était pas parachevée en 1789*.
1 Voyez de Dombreuses chartes d'affraocbisBement, dans Fioot, Etudet sur la mainmorte dam le baUUage d^ Amont aus xnt*^ xiv et xv* tUclei (du//, de la Société d'agric. de la Haute-Saônêf 3« série, qo* xi et xii, Vesoul, 1881, pp. 269-435). Les affraDcbissements en masse sont fort rares avant la seconde moitié du zi« siècle. Voici cependant quelques exemples plus anciens : en 967, Tabbaye de Saint-Arnoul de Metz octroie une charte de liberté au bourg de USiorville-sur-S^ilIe et, quelques années plus tard, en 984, elle en accorde une autre au domaine de Broc (Giry et RéviUe, Emancipation des villes; les communes , la bourgeoisie, dans Lavisse et Rambaud, Hist.gén,, t. Tl, p. 426).
> J'entends en France. En Angleterre, les derniers serfs paraissent avoir été iovités à se racheter sous la reine Elisabeth, en 1574. Toutefois on peut conjectorer qu*it y avait encore quelques faibles traces de servage sous Jacques I^^^ (Daines Barrington, Observations on the more ancientstatutes^ London, 1775, pp. 308, 309, note m)- On se tromperait étrangement si on concluait de cet affranchissement précoce que les paysans et les ouvriers avaient en Angleterre une position meilleure qu'en France. Cf. Paul AUard, Esclaves, serfs et mainmortables, Bruxelles et Paris, 1894, pp. 202-207; Joh. Steenstrup, Den danske Bonde og Friheden, Copenhague, 1888, pp. 143-145. Il faut ajouter qu'en Ecosse, les ouvriers employés aux mines de charboa