LA MONNAIE
Le roi frappe sa monnaie. Le roi donne à sa monnaie la valeur qu'il veut; et, quand il le veut, il change cette valeur.
De la frappe le roi tire des revenus réguliers* ; mais il ne s'en contente pas. Tous les passages de la monnaie faible à la monnaie forte ou de la monnaie forte à la monnaie faible sont combinés pour assurer au fisc de gros bénéfices^, qui tournent à la ruine des particuliers, c'est-à-dire à la ruine du public. C'est ce que le peuple sentit vivement, avant que les théoriciens eussent traduit ses souffrances en formules savantes*. Il s'efforça donc d'enrayer ces mutations incessantes de la monnaie, et, sur plusieurs points du territoire, dès le xii* siècle, il obtint du monarque ou du seigneur une renonciation formelle au droit de muer la monnaie, sauf le plus souvent à consentir quelque charge compensatoire*. Cette charge compensatoire était à Paris
I Le revenu que je vise ici s'appelle, au moyen âge, droit de seigneuriage (M. de Vienne, Des malentendus habituels au sujet des anciens procédés monétaires, pp. 33- 35, 57, 58).
3 On a le chiffre exact dett bénéfices que Philippe le Bel tira de la monnaie en 1296 (Havet, Comptes du Trésor du Louvre, art. 71 à 75, dans Bibl. de l'Ecole des chartes, t. XLV, p. 244). On sait quelle devait être, en 1372, la répartition des bénéfices provenant de la fabrication de la monnaie (F. de Saulcy, Recueil de docuvtents relatifs à Phist, des monnaies, t. !«', pp. 516, 517).
3 Dès le xiii« siècle, Guillaume Durant TAncien s'exprime ainsi : « Princeps pro temporali .lucro, in gravamen populi monetam mutans, in penitentiali foro ad satisfaciendum tenetur, presertim si primam juraverat tenere monetam. » L'auteur passe ensuite aux nouveaux péages qu'il assimile aux mutations de monnaie et i^joute : (f Ab hoc tamen de jure excipitur imperator » (Guili. Durant, Instruct,, dans Bertholé et Valmary, Instruct. et const. de Guillaume Durand, p. 35).
II faut citer ensuite Buridan et Nicole Oresme, au xiv« siècle. Cf. Jourdain, Excursions hist, et phiL à travers le moyen âge, pp. 431, 432; Bloch, Jean Buridan, dans Ecole des chartes. Positions des thèses, Pi'omotion de 1890, p. 42. Dès le commencement du xv» siècle, le fait économique résumé plus tard en cette formule célèbre dite loi de Gresham « la mauvaise monnaie chasse la bonne » (money of iess value drives out money of more value) est parfaitement relevé et constaté : la bonne monnaie, est-il dit en 1412, est expulsée, car les changes et les Lombards cueillent tout le bon or et font paiement de nouvelle monnaie (Brants, Les théories économiques aux xm« et xtv* siècles, p. 189).
4 Voyez, en l'an 1111, une promesse de l'empereur Henri V (Inama-Stemegg, Deutsche Wirtschaftsgeschichte, t. IV, p. 416); en 1120, une promesse de Louis VI aux habitants de Compiègne (Luchaire, Louis VI, n» 296); en 1137, une promesse du roi aux habitants d'Etampes et à ceux d'Orléans {Ord., t. XI, p. 188); en 1207, une promesse du comte de Toulouse aux habitants de cette ville (Devic et Vaissete, Hist. de Languedoc, t. VIII, col. 540, n» 135) ; en 1283, un engagement de Robert