Du mot Gallia dans la langue des Romains
Gaule Transalpine et Gaule Cisalpine, — Le langage des Romains n'était pas, je l'ai dit, en harmonie avec ces données ethnographiques. Us appelaient volontiers Gaule Transalpine, tout le pays compris entre le Rhin, l'Océan, les Pyrénées, la mer Méditerranée et les Alpes; la Gaule escaladait les Alpes et absorbait le nord de l'Italie où elle prenait le nom de Gaule Cisalpine.
Les expressions Gallia Cisalpina, Gallia Transalpina, ne
* César, De bello gallico , 1,1.
3 H. d'Arbois de Jubain ville, Leijorigines gauloites, lempire celtique au iv« tiède avant noire ère, d^ns Revue hist., t. XXX, janvier-février 1886, p. 40.
3 H. d'Arbois de Jubain ville, ibid., p. 37. Joignez le même auteur, Les premiers habitants de V Europe, 1877, p. 287. J'ajoute qu'à mon sens le point occupé par les Phocéens devait Tôtre déjà par les Carthaginois ; voyez ci-après , p. 19, note i.
G ALLIA togata; bracata, 5
sont pas les seules qu'aient employées les Romains : Taspect extérieur de ces peuples leur avait inspiré des dénominations qui ne paraissent pas être passées dans la langue officielle, mais qui doivent être mentionnées : je veux parler des expressions Gallia Togata; G allia Bracata; Gallia Comata,
Gallia Togata. — Entièrement soumise aux Romains dès le commencement du ii* siècle avant Jésus-Christ, la Gaule Cisalpine se romanisa très vite : les citoyens Romains (qui seuls avaient le droit de porter la toge) envahirent ce pays, et, suivant toute probabilité, les Gaulois eux-mêmes endossèrent souvent la toge, vêtement très envié, avant d'avoir reçu le droit de la porter, avant d'être devenus citoyens romains; la vanité du vêtement, sentiment vulgaire et fort grossier, est, par cela même, commune à tous les temps et à tous les pays. — Ainsi, sans avoir encore le droit d*être togée, la Gaule Cisalpine s'appela de bonne heure Gallia Togata K
Gallia Bracata. — Tous les habitants de la Transalpine portaient des braies ou culottes : la Transalpine tout entière eût donc pu être appelée Gallia Bracata; mais les Romains ne désignèrent ainsi qu'une partie méridionale de la Transalpine', en d'autres termes, la partie de la Gaule devenue, à la fin du ii*
* Voyez TexpressioD Gallia Togata dans Hirtius Pansa, Commentairei de Cétar, VIII, 52; Dion Cassius, XLVI, 55, XL VIII, 12; Pomponins Mêla, II, 4. Joignez ici M. Michel, Du droit de cité romaine , p. 8. — On peut aussi se demander si le droit latin conféré au commencement du i*f siècle avant J.-C. à la Gaule Transpadane (cf. Klippfel, Etude tur le régime municipal gallo-romain, p. 2t), ne donnait pas un quasi-droit à la toge; les Latins, en effet, étaient aussi togés (Tite-Live, VI, 25).
* « Pars nostro mari apposita (fuit aliquando Bracata, nunc Narbonensis) est ma- " gis cnlta et magis consita, ideoque etiam lœtior » (Pomponius Mêla, II, 5). Cf. Pline, HitL liai., III, V (iv), 1 ; Juvénal, Sat., VIII, vers 234.
Fabre d*Eglantine, dans son rapport à la Convention sur le calendrier révolutionnaire, s'exprime ainsi, à propos des jours tam-culottidet : « Dès la plus haute anti- « quité, les Gaulois, nos aïeux, s'étaient fait honneur de cette dénomination. L'his- <c toire nous apprend qn*une partie de la Gaule, dite ensuite Lyonnaise, était appelée « la Gaule Culottée, Gallia Bracata. Par conséquent , le reste des Gaules, jusqu'aux « bords du Rhin , était la Gaule non Culottée. Nos pères étaient donc des sans-cuc lottes » (Voy. WTelschinger, Les almanacht de la Révolution, Paris, 1884, pp. 47, 48, 203, 204). Dans le même esprit, Anacbnrsis Clootz s'écriait un jour : « Gallophile a de tout temps, mon cœur est sans fard, et mon âme est sans-culotte! » (Ibid,, p.
b LIVRE I. PERIODE GAULOISE.
siècle avant J.-C. province romaine, et dont Narbonne était la ville principale : on dit aussi, mais assez tardivement, Gallia Narbonensis^ , Gaule Narbonnaise,
Gallia Comata, — Une particularité très apparente distinguait tout le reste de la Gaule, c'est-à-dire la région comprise entre le Rhin, l'Océan, les Pyrénées et la Narbonnaise : on y portait les cheveux longs; les Romains appelèrent ce vaste territoire Gallia Comata; Gaule Chevelue^.
La Gaule Chevelue comprenait trois grandes régions : TAquitaine, habitée par des peuples de race ibérienne, la Celtique et la Belgique', habitées Tune et l'autre par des peuples de race gauloise. Les habitants de la Belgique (entre la Seine et le Rhin) étaient moins civilisés que ceux de la Celtique; leurs mœurs se rapprochaient davantage des mœurs germaniques.
48, note 1). — Cette image ne saurait se justifler par Tbistoire du costume des Gaulois transalpins; elle n'a qu'une valeur purement... littéraire.
Sur le pantalon gaulois braca, que M. d'Arbois de Jubainville croit emprunté aux ScytheSf voyez d'Arbois, Let premiers habitantt de l'Europe, pp. 165^ 166; d'Arbois de Jubainville, dans Académie des inscriptions et belles-lettres. Comptes-rendus, séance du 20 janvier 1888; Saglio, communication à V Académie des inscript., le 2 mars 1888, et observations de plusieurs membres.
^ La Narbonnaise ne semble avoir pris ce nom qu'en Tan 22 avant Jésus-Cbrist (Camille Jullian, Caius Serenus proconsul Galli» Transalpinse, dans Mélanges ^archéologie et d'histoire, 5* année, fasc. 5, pp. 343, 346, avec la note 3).
3 « Et nunc tonse Ligur, quondam per colla décora crinibus efTusis toti prœlate c( Comatifi » (Lucain, Pharsale, I, vers 437, 438). Voy. encore l'expression Gallia Comata, dans Dion Cassius, XLVl, 55; dans Pline, Hist, nat., IV, xxxi (xvii), 1; XI, XLVii, 1 ; XVlll, XX, 1 ; XXXIIl, xvi, 1 ; XXXVI, vu, 1 ; Pomponius Mêla, III, 2. Joignez Demonstratio provinciarum, 20, 21, dans Mai, Classici auctores, t. III, p. 414.
3 Voy. César, I, 1 ; Strabou, IV, i, 1 ; ii, 1; Pomponius Mêla, III, 2. Cf. Deejardias, Géographie de la Gaule romaine, t. H, pp. 357 et suiv. Au sujet des Belges, César s'exprime ainsi : « Plerosque Belgas esse ortos ab Germanis Rhenumque antiquitus « traductos propter loci fertilitatem ibi consedisse Gallosque , qui ea loca incolerint, « expulisse solosque esse, qui patrum nostrorum memoria omni Gallia vexata Teutoc( nos Cimbrosque intra fines suos ingredi prohibuerint » (César, II, 4). On conclut ordinairement de ce texte que les Belges étaient la plupart (plerosque) d'origine germanique; mais M. d'Arbois de Jubainville, après avoir constaté que tous les noms belges sont celtiques , est conduit à interpréter autrement ces quelques lignes : il pense que César a voulu dire non pas que les Belges fussent d'origine germanique, mais qu'ils venaient de la Germanie : or, les Gaulois ayant dominé en Germanie, il est tout naturel que des Gaulois soient venus de la Germanie habiter le territoire de la Belgique (Voy. Berne hist., t. XXX, 1886, p. 39).
CONCIUUM GALLI^.