LA LANGUE CELTIQUE
Vaincus par les Romains au sud, les Celtes rencontrèrent au nord d'autres ennemis heureux, les Germains, qui leur enlevèrent peu à peu toutes leurs possessions au nord du Danube, sur la rive gauche de ce fleuve et dans la partie orientale du bassin du Rhin. Dès l'an 58 avant notre ère, lors de la guerre des Gaules, les Germains dominent dans toute la région comprise entre la mer du Nord , le Rhin et le Danube : un seul point , dans ce vaste territoire, appartient encore à des Gaulois indépendants. A la Bn du i" siècle de notre ère, il n'y a plus de Celles indépendants que dans le nord de la Grande-Bretagne qt en Irlande. Ceux-ci succombent dans le cours du moyen âge sous TefTort de l'invasion anglo-normande.
Les langues celtiques, — La langue celtique s'est éteinte presque partout : il n'en reste que des débris : aujourd'hui, l'ensemble des populations qui parlent en Europe les langues néoceltiques peut être évalué à trois millions d'âmes : ces derniers celtes celtisants sont acculés à l'ouest de notre Europe; ils occupent deux tronçons de la Grande-Bretagne : l'un, sur la côte occidentale en face de l'Irlande; l'autre, à l'extrémité N.-O.; l'ouest et le sud de l'Irlande et quelques îles secondaires : en France, le département du Finistère, moins les villes; environ la moitié des départements des Côtes-du-Nord et du Morbihan; un îlot de quelques maisons dans la Loire-Inférieure. Ces débris de langue celtique, conservés en France, ne procèdent pas directement de la langue parlée sur notre territoire au temps de César; car les Romains substituèrent la langue latine à la langue de la race celtique dans tous les pays conquis sur elle , sauf en Grande-Bretagne : le breton, parlé de nos jours dans les déparlements que je viens d'indiquer, fut apporté en France par une émigration de la Grande-Bretagne à une époque contemporaine de la chute de l'empire romain *.
Notre Gaule, — Le lecteur se demande sans doute, après avoir lu ce qui précède, ce que devient notre Gaule, cette Gaule qui lui est si familière, comprise entre le Rhin, l'Océan,
^ Résumé d'après d'Arbois de Jubaioville, Les Cellet et let langues celtiques, pp. ii-15. Je lai emprunte le fond des idées et quelques expressions.
les Pyrénées, la mer Méditerranée et les Alpes : eh bien! elle disparaît; cette notion, en effet, est moderne dans Tbistoire de l'Europe, et on peut dire que, scientiflquement, elle est fausse. Notre Gaule n'est pas autre chose, à l'origine, qu'une conception géographique romaine*, conception qui ne répond pas aux données ethnographiques : cette conception est devenue une réalité après la conquête romaine; la Gaule à laquelle notre esprit est habitué n'est pas autre chose que la Gaule administrative romaine dont nous aurons à nous occuper dans le chapitre suivant. Quant à la Gaule ethnographique, quant à la Gaule habitée par les Gaulois, elle comprend une immense étendue de territoires que nous avons énumérés, mais elle ne s'étend pas à toute la Gaule administrative des Romains; en efTet, la région située au sud de la Garonne était occupée par une population ibère, étrangère à la race celtique, population qui, dans presque tout le vaste territoire compris entre la Garonne et les Pyrénées, conserva jusqu'à la conquête romaine sa langue et son autonomie. Quant au territoire de Marseille et à ses dépendances, ils étaient grecs' : des colons grecs s'étaient installés vers l'an 600 avant notre ère en territoire ligure et y avaient bâti Marseille ^