LES MOINES
A la vérité, un certain nombre de prêtres restèrent partout groupés autour de Tévêque, ou, du moins, dans son prochain voisinage, et lui servirent de conseil; ce fut le chapitre, descendant dégénéré de Tancien presbyterium. Mais le chapitre du moyen âge mène une vie à part de la vie du diocèse : ses intérêts moraux et matériels sont distincts de ceux du diocèse; il forme une petite église dans la grande ^
Moines. — Ce n'est pas le clergé séculier qui s'inspira d'une manière durable de l'exemple donné par les apôtres, par les disciples et plus généralement encore par les premiers chrétiens '. Ce n^est pas lui qui se plia à la vie commune et qui renonça à la propriété privée. Ce sont les ordres divers de moines qui réalisèrent le conseil du Sauveur'. Chacune de ces grandes familles cénobitiques eut sa jeunesse, son âge mûr et sa vieillesse; c'est dire que chacune de ces familles s'écarta peu à peu de la pensée première; mais la notion de la pauvreté et du renoncement resta néanmoins vivace parmi les chrétiens. Les fondateurs succédèrent aux fondateurs; les réformes au relâchement; et la pensée profonde et élevée du Maître ne cessa point de recruter, au moins, quelques disciples fidèles. Lorsque les couvents dont nous allons résumer Thistoire dans le monde occidental , furent arrivés au moyen âge â ce degré étonnant de puissance et de richesse qui établissait entre le vœu de pauvreté du moine et l'abondance luxueuse dans laquelle il vivait un scandaleux contraste , on vit apparaître les grands fondateurs d'ordres mendiants* : ceux-là voulurent que
^ Cf. Paul Fournier dans BulUlin critique du l«r dov. 1886; je lui emprunte quelques expressions. Sur les chapitres voyez Hinscbius, Kirchenrecht, t. II, pp. 49-160.
' « Xflù TWtvTEç ^è oî TfKTTEUffflivTE; i^dav iiTi TO auTO xai ei^ov awavTa Kotva » \^Aci. Apoit., II, 44, cf. 45, 46). Ce communisme des premiers chrétiens était volontaire, non pas obligatoire. Voyez ici Toilemer, Les origines de la charité catholique , Paris , 4863, pp. 460-462; Wendt, Knt, Handbuch ûber die Apostelgeschichte, 7« édit., Gôttingen, 1888, pp. 92-97.
' « OÛTû); o5v -rô; li 6{xâ»v 8ç gôk àiroraaoïTAi «àûriv toî; ixuTou &wap)^oooiv où ^uva- « Taî (Acu tîvai p.«(hiTr,ç » (saint Luc, XIV, 33). Joignez saint Luc, XVIII, 22, 29, 30; saint Marc, X, 21, 29, 30; saint Matthieu, XIX, 21. Cf. Hergenrôther, Dos Armuthsgelûhde hei den orientalitchen Mônchen dans Archiv fur Katholitches Kirchenrecht , iMve Folge, t. XXXI, pp. 20-28.
^ Franciscains, Dominicains, Carmes, Augustins ou Ermites de saint Augustin (bien différents des Chanoines réguliers de saint Augustin).
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non seulement les moines, mais aussi les monastères fussent pauvres. C'était le renoncement parfait. On n'a pas assez remarqué que ce communisme a des points d'attache profonds et mystérieux avec la nature humaine elle-même; nous le voyons, en effet, surgir, comme un produit spontané et naturel, dans des milieux différents, sous l'influence d'un puissant sentiment religieux. En Judée, les Esséniens avaient organisé la communauté universelle*. Au vi* siècle, un réformateur religieux, Mazdak, établit le communisme en Perse'. L'Islam, à ses origines, en fut imbu^ Mais je ne finirais point.
Je ne m'occuperai ici ni de l'origine du monachisme*, ni de la propagation de l'ordre monastique en Grèce, en Italie, en Afrique; je m'en tiendrai à l'histoire des moines en France et-^ je serai sobre de détails.
Les premiers monastères des Gaules furent probablement: celui de Ligugé près Poitiers et celui de Marmouliers prè^ Tours , fondés par saint Martin dans la seconde moitié du iv '^ siècle. Il faut citer ensuite Lérins (410); Saint- Victor de Mar — seille (418); Saint-Maurice d'Agaune, Anisola ou Saint-Calais . En 590, un irlandais, saint Colomban, fonda le monastère de Luxeuil. Chaque couvent se faisait alors à lui-même sa règle, « en s'autorisant des écrits ou de l'exemple des pères d'O- « rient*. » Il n'y avait pas de discipline commune; cependant, le législateur des moines, celui qui, après sa mort, devait régulariser et uniformiser la vie monacale en Occident, saint
^ Voyez, sur les Esséniens : Leutbecher, hit Essàer, Amsterdam, 1857 ; Harnischmâcher, De Estenorum apud Judseos societate, Bonn, 1866; Langen dans Bonn. TheoL Litt. Blàlt., 1870, p. 147; Ohle dans Jahr bûcher fur protest. Théologie, t. XIV, Uv. 3.
s Cf. Dareste, L'ancien droit des Perset, Paris, 1886, p. 15 (Extrait du Journal des savants),
8 Cf. Meyer, Les associations musulmanes dans Annales de l'Ecole libre des sciences politiques, 15 avril 1886, p. 295; Preux dans Revue critique d'hist. et de littérature du 11 juillet 1887, p. 21. Il serait aisé de relever dans Tlnde, notamment en ce qui concerne le cénobitisme du clergé bouddhique , des traits analogues.
^ Cf. de Montalembert, Les moines d'Occident, t. I*^, 1863, pp. 41-134; Weingarten , Der Ursprung des Mônchtums im nachconstantinischen Zeitalter dans Zeilschrift fiir Kirchengeschichte, t. !«', 1876-1877, p. 1 et suiv.; p. 545 et suiv.; Gass, Zur Frage vom Ursprung des Mônchtums, ibid,, t. II, p. 254 et suiv.
8 De Montalembert, 1. 1", p. 286.