CLUNY
feront, au moins, trois fois par an, si des crimes graves ne les éloignent forcément de la Sainte Tablée lis observeront le jeûne des Quatre-Temps *.
L'Etat se ressemble toujours à lui-même. Qu'il préside, comme aux yiu* et ix* siècle, au salut des âmes, comme aux XVII* et xvm", au commerce et à l'industrie, comme au xix*, à riostruction publique, il légifère, il réglemente, non seulement avec la même conviction, mais avec la même abondance, avec le même luxe de détails. Charlemagne et Louis le Débonnaire , occupés des chanoines et des moines, me font songer aux ministres constitutionnels ou aux assemblées législatives de notre vieille Europe, stimulant les maîtres et les écoliers \ De part et d'autre, ce sont les mêmes soins, la même vigilance minutieuse.
Cluny. — De grandes choses se peuvent faire, lorsqu'il n'y a plus d'Etat ou presque plus d'Etat. Au x* siècle, l'Etat étouffait, la vie surabondait; les éléments d'un ordre nouveau tendaient à se dégager^. L'Eglise, plongée dans la simonie, allait se purilier et préparer la lutte que soutint Grégoire VII. Une abbaye de Bénédictins, Cluny, fondée en 909 par Guillaume le Pieux, duc d'Aquitaine, fut le centre et comme la citadelle de ce mouvement de réforme qui se propagea de monastère en monastère, de royaume en royaume. Au x* siècle, saint Odon, au x' et au XI*, saint Odilon, enfin l'illustre saint Hugues de Cluny, dirigèrent cette pacifique croisade et fondèrent une sorte de fédération monastique, qui était sans exemple et sans précédent*. Jusqu'alors les monastères étaient restés dans une complète indépendance les uns à l'égard des autres. Ceux qui embrassèrent la réforme de Cluny acceptèrent, en même temps, la suprématie de Cluny et même il se tint, depuis l'an 1200, des
t Capit. de 826, 827, art. 8, 13 (Boretius, Cap., I, p. 313). Capit. de 828, art. 3 ^PerU, Legei, t. !•', p. 326).
3 Capit. de 813, art. 2 (Boretius, Cap., I, p. 1^2).
3 II serait intéressant de passer ea revue et de comparer la réglementation européenne en matière d'enseignement; Toyez, pour l'Allemagne , Laacke, Die SctUaufsicht... Sammlung der gesetzlichen Deitimmungen, Prenzlaa, 1887.
* Voyez ici une très belle page de Gaston Paris, LapoétU du moyen âge, Paris,
s Cf. Pignot, Hiil. de Vordre de Cluny, t. I», t. Il, p. 11 et suiv.
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chapitres généraux de Tordre de Cluny, en d'autres termes, des réunions plénières de tous les abbés où celui de Cluny avait la préséance. Pour me conformer à Tusage, j'emploie cette expression, ordre de Cluny : cependant, à proprement parler, l'abbaye de Cluny et ses dépendances ne forment point un ordre nouveau; ce sont toujours des Bénédictins, mais des Bénédictins réformés*. C'est ainsi que l'institut monacal suivit, lui aussi, l'évolution normale. Il naquit spontanément, affectant des formes multiples et variées; ensuite il se coordonna sous une loi commune , celle de saint Benoît; puis, du sein de l'ordre gigantesque des Bénédictins émergea un pouvoir non plus abstrait, mais palpable et concret; j'ai nommé Cluny, Cluny qui réunit sous son hégémonie toute une armée de monastères.
Les exemptions. — Dans une autre direction, le monachisme, cette floraison toujours vivace et malgré tout toujours variée (car saint Benoît et Hugues de Cluny eurent des successeurs nombreux qui, à leur tour, renouvelèrent et rajeunirent ces « religions » vieillies), dans une autre direction, dis-je, le monachisme trouva peu à peu un point de ralliement plus haut placé encore, ce fut Rome. Je fais allusion au privilège d'exemption dont il me faut dire un mot. Les habitudes et les intérêts des moines étaient bien distincts des habitudes et des intérêts du clergé. Aussi entrevoit-on, jusque dans les textes anciens qui soumettent les moines et les couvents à l'autorité des évêques, un dualisme latent. En effet, ces décisions, qui sanctionnent l'autorité de l'évêque, seraient inutiles, si la séparation ne tendait déjà à se manifester. Et, de fait, à peine les droits des évêques sont-ils solennellement proclamés par le concile de Chalcédoine (45!) (auquel il faut joindre notamment deux conciles d'Orléans du yf siècle — 511 et 538 — un conciles d'Arles de 554)% que ceux des abbés sont pris en mcdn
» Henrion, Histoire des ordres religieux, t. l•^ pp. 96, 97. Je lui emprunte quelques expressioDs. Joignez Bruel, Les chapitres généraux de l'ordre de Cluni^ depuis le xjue jusqu'au xvme $Ucle, dans Bibliothèque de l'Ecole des chartes, t. XXXIV, pp. 543, 544.
^ Ed 451, le concile de Chalcédoine décréla qu*aucun monastère ne serait désormais construit sans le consentement de Tévéque diocésain et que les moines demeureraient soumis en tout à Taulorité épiscopale. Voyez les canons 4, 8, 23 (de Monta-