‹ Droit publicChapitre 126 sur 131 · LE MONDE NOUVEAU · texte numérisé non relu

LE MONDE NOUVEAU

de la loi. Après celle crise législative à laquelle nous devoDS la riche série des capiiulaires, crise qui accuse peut-être par ellemême un élat d'impuissance cachée, la faculté de légiférer semble presque* entièrement paralysée. Plus d'un verra dans cet arrêt de la fonction législative le signe le plus certain de la confusion et du malheur des temps. Mais ce silence du législateur et de la loi n'est-il psis favorable à la formatioa et au développement d'une société nouvelle? Il faut qu'elle sorte, cette société, non pas des délibérations d'une assemblée ou des décrets d'un roi , mais des besoins et des souffrances communes, de l'expérience et de la sagesse de tous. La théorie de l'anarchisme a sa part de vérité : l'anarchie spontanée est vraiment la matrice des constitutions. C'est par le libre jeu des forces, par la balance des convoitises et des intérêts avec les idées de droit et d'équité en suspens dans les âmes que s'élaborent, dans la douleur, de puissantes et durables organisations. Cette anarchie du x^ siècle, personne ne l'a voulue, personne ne l'a préparée systématiquement : elle est, par excellence, un produit naturel; elle pourra fructifier, n'étant point le fait d'une révolte brutcde et grossière. Personne n'a voulu détruire ce qui lentement est mort et la société moderne ne songe pas un moment à s'insurger contre l'antiquité, à la maudire, à la renier : tout au contraire, l'antiquité est pour elle une mère vénérée. La jeune société naquit avec le sens du respect pour le passé; c'est dans un esprit conservateur et éminemment traditionnel qu'elle procéda, sans le savoir et sans le vouloir, à la fondation d'institutions nouvelles. Elle vit le jour dans des conditions favorables : elle n'eut guère de théoriciens à son berceau. A une société naissante il ne faut pas de théorie; ni de grammaire à une

au point de vue religieux : il est certain notamment que la notion d'un dieu génie, d'un dieu esprit, de dieux génies, n'est pas étrangère au paganisme dégénéré. Mais il m'a paru légitime d'opposer Tune à l'autre ces tendances différentes, car cette opposition joue un rdle important dans l'histoire des deux sociétés.

1 Je ne m'exprime pas en termes absolus et c'est avec intention que je dis presque : il faut songer aux lois ou capitulaires qui ont pu exister et que nous avons perdus. Rfcher dit de Hugues Capet : « More regio décréta fecit legesque condidit felici suc- « cessu omoia ordinans atqud diàtribucas » (Richer, IV, xii, édit. Guadet , t. II, p. 158).

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langue en rormation; ni d*art poétique à uae poésie qui s'ouvre à la lumière. Toutes ces barrières factices, notre x* siècle ne les connut pas. Il fut soumis à des lois meilleures, plus fortes et plus souples : aux lois de la nécessité présente, cette souveraine jamais détrônée; aux lois de la tradition, ce support qui plie et ne rompt pas. Ainsi s'édifia ce régime que nous appelons aujourd'hui le régime féodal. Mais cette création ue fut pas isolée. D'autres résultats moins remarqués s'élaborèrent à la même époque et je ne puis les passer entièrement sous silence. L'avenir économique. — Ces hommes simples eurent la rare fortune de préparer inconsciemment le remède le mieux approprié à une situation très douloureuse dont j'ai parlé ailleurs. Chacun sait que, du viii* au xi* siècle, Tesclavage s'adoucit, mais, en même temps, s'étendit. C'est là le mal auquel je fais allusion. Le nombre des esclaves ou, si l'on veut, des serfs augmenta. De tous côtés, les hommes libres succombaient sous la main puissante de petits tyrans : d'ingénus ils devenaient serfs ou étaient soumis à une sujétion voisine du servage, à un vasselage inférieur ^ Le difficile problème de la distribution des richesses se pose ici, au point de vue historique. On peut, en effet, se demander si Taugmentation de la fortune publique, due notamment aux immenses travaux de défrichement et de mise en culture exécutés du v* au xi* siècle " et peut-être aussi aux grandes entreprises commerciales des églises, entreprises

1 Voyez moD Droit frite, pp. 266, 267.

s Cette assertion , qui pourra surprendre le lecteur, est fondée sur les considéralions suivantes : !<> rétablissement des Barbares, Burgondes, Wisigoths, etc., auxquels, de toutes parts, Tempire livra des terres en grande partie abandonnées, dut amener une plus grande production agricole et un développement progressif de la richesse publique. Ce fait a frappé, en Armorique, les imaginations, car les légendes nous représentent la plupart des saints Bretons arrivant dans des pays entièrement déserts : c'est le souvenir un peu confus du passé qui, au u^ et au x« siècle, engendra cette exagération ; 2» à Tépoque où je me place, à la fin du x« siècle, les invasions des Normands et des Sarrasins qui avaient fait tant de mal ont pris fin : on grand pays neustrien est habité et cultivé par ces mêmes Normands ; les Basques et les Espagnols, chassés de la péninsule par Tinvasion sarrasins, se sont installés dans le Midi de la Gaule : une grande partie de ces émigrés sont des cultivateurs et des pasteurs (Voyez Cauvet, Etude hist, tur l'élabl. dêt E$pagnolt dam la SeptiaMnie aux viti* et /x« tiicles, dans Bulletin de la conmitiion archéologique de Narbonne, t. !•', pp. 357-521); eofio, de tous côtés, dans le Houssillon et la Cerdagne, se fon-

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