LE DROIT LATIN
larges; l'homme pénétrait le Romain : le jus civile ou jus quiritium tendait à perdre son aspect étroit et local : il s'élargissait visiblement et aspirait à Tuniversalité. La concession générale du droit de cité romaine vint donner satisfaction à ces besoins nouveaux : à partir de ce moment, les jurisconsultes n'eurent guère d'intérêt pratique à distinguer dans le vaste océan juridique les institutions romaines proprement dites ou institutions de droit civil [patria potestas^ testament romain, etc.) et les institutions juridiques communes, dites àxxjus gentium^. Toutes les notions juridiques entrèrent en fusion (ce qui toutefois n'empêcha pas la persistance ou même la formation de quelques coutumes locales *).
La célèbre constitution de Caracalla eut encore un autre effet : ce second résultat fut celui que l'administration romaine et les contemporains eurent directement en vue; car les grands résultats historiques ne sont guère appréciés que par la postérité. Je fais allusion ici à un effet purement fiscal de l'édit : Caracalla, en accordant le droit de cité à Yorbis romanus, augmentait ses revenus; il assujettissait l'empire tout entier aux impôts dits avant lui vigesima hereditaiium et vigesima libertatis*^ impôts qu'il porta du vingtième au dixième, et dont nous aurons plus loin occasion de parler.
Tous ces citoyens romains sont, d'ailleurs, bien loin d'être égaux entre eux : les uns — car je n'entends mentionner ici qu'une seule et très large division — sont honestiores, les autres humiliores; ou , si l'on veut, les uns sont riches et puissants , les autres sont pauvres et faibles; l'opinion publique d'où procède la loi, établit entre ces deux catégories d'individus des différences profondes qui sont marquées d'une manière odieuse
1 a. HtUt, de Jutlimen, I, u, 1-11 ; Accarias, PrécU,L !•', 1882, pp. 16, 17, 164, 165 et passim, Sor la râleur morale de Tacte de Caracalla lire Jean Réville, La reHpm à Rome tout let Sévèret, Paris, 1886, p. 10, note i.
s Cf. Esmein, analyse de Bruas et Sachaa, Syritch-rômitchet Rechttbuch, p. 6 et SUT. ^Extrait da Journal det tavanit, 1880).
s DioD CaMios, LXXVII, 9 (édit Gros et Boiasée, t. X, 1870, pp. 344, 345). Cf. ki Bacbofen, ÂutgewihUe Lehren, p. 333; Madvig, L'Etat romatii, trad. Morel, t. !•', p. 36; LécriTaiD dans Mélanget d'archéologie et d'hitt,, 6« année, p. 110 avec la note 5; Boaché-Leclercq, Manuel det intlit, romainet, pp. 243, 244.
dans la législation criminelle ^ Et ainsi Tinégalité qui existait autrefois entre le citoyen et le pérégrin reparaît , maintenant qu'il n'y a plus de pérégrins, entre Yhonestior et Yhumilior. N'oublions pas enfin qu'au-dessous de cette société où ne règne en aucune façon l'égalité, s'agite la masse confuse et abjecte des esclaves.
3. L'assimilation (suite). — Le culte des empereurs. — La suppression du druidisme.
Comme ces vieux arbres qui , à la veille de mourir, se couvrent de fleurs , ainsi le paganisme romain s'épanouit sous les empereurs et, de tous côtés, l'antique Olympe s*enrichit de dieux nouveaux : l'un de ces dieux était singulièrement compromettant pour la morale civique, pour la dignité politique; cette divinité alarmante n'était autre que l'empereur lui-même.
« Les empereurs divinisés eurent leurs temples, leurs statues « et leurs fêtes. On peut dire que le culte des empereurs fut M en quelque sorte la religion officielle de l'empire romain : » ce culte commun, se superposant aux cérémonies des cultes locaux , créa un lien religieux entre les diverses populations de l'empire*, car celles-ci adorèrent facilement, en la personne de l'empereur, la redoutable puissance de Rome qui, après avoir conquis l'univers , le maintenait en paix '.
La culte des empereurs eut en Gaule une importance exceptionnelle : c'est par lui qu'une capitale religieuse et politique toute nouvelle (Lyon) se substitua à l'ancien centre druidique (le pays des Carnutes)* : cette évolution religieuse mérite donc de fixer un moment notre attention :
1 Cf. Daruy, Mémoire sur la formation historique des deux classes de citoyens romains désignés dans les Pandectes sous les noms d'honesHores et d^humitiores dans Mémoires de l'Académie des inscrip., i. XXIX, pp. 253 et saîT. et dans Hist, des Romains, t. VI, pp. 629-646.
s A. Rénlle, La religion à Rome sous les Sévères, pp. 30, 35.
' « Paci Auguste, o disaient les Romains.)Voyez Revue épigr. du Midi de la France, t. I«r, p. 235. Cf. Boissier, La religion romaine d'Auguste aux Antonins, t. !•', 1874, pp. 173, 174.
* César, VI, 13.