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LB CULTE DES EMPEREURS

« réclamèrent avec instance , comme le plus grand des bien- « faits, le droit d'adorer le vainqueur; ce droit leur fut accordé, « mais avec des restrictions : Octave ne voulut être adoré qu'en « compagnie de la déesse Rome, et ik défendit expressément à « tous les Romains de prendre part à ce culte. Sous ces ré- « serves, il laissa la province d'Asie lui bâtir un temple à Per- « game et celle de Bithynie à Nicomédie*. » Le culte de l'empereur ne paraît avoir été établi dans Rome que bien timidement et bien modestement du vivant d'Auguste* ; le maître du monde avait sans doute à y ménager, sinon en général , l'opinion des classes éclairées, du moins quelques esprits virils, quelques âmes fîères' : il ne pouvait oublier tout à fait le sort de César. Mais, dans les provinces et même en Italie, Fexemple des Orientaux trouva de nombreux imitateurs : c'est une ville espagnole, Tarragone qui, la première, avec la permission de l'empereur, lui dédia un autel. Après Tarragone, Lyon.

La colonie de Lyon avait été fondée, en l'an 43 avant Jésus- Christ, par Munatius Plancus sur le territoire des Segusiavi, à une faible distance de la frontière des Allobroges * : elle tendait déjà à devenir un point de ralliement pour la puissance romaine dans les Gaules et Auguste s'y était installé un temps assez long (16-13 ans av. J.-C), pour y organiser les provinces transalpines conquises par le glorieux Jules* : un peu plus tard (10 ans av. J.-C. •), Drusus, fils adoptif d'Auguste, voulant pacifier les

* Boissier, l. I", p. 147.

s Je fais allusion an « génie d^Auguste, » ajouté comme troisième dieu lare dans les earrefours (Boissier, ibid., t. l«r, p. 157).

s Les vers d'Horace et de Virgile ne viennent pas à Tappui de celte observation (Virgile, Bucoliques, I, 6, 7; Géorgiques » I, 24-42. Horace , Odes, I, ii, 41 et suiv.; Odês, III, v, 1-5; Epltres, II, i, 15, 16. Joignez Ovide , Pontiques , IV, «,105-113). Mais est-il téméraire d'admettre qu'il restait à Rome quelques républicains plus difficiles que les poètes et d'expliquer ainsi la réserve prudente d'Auguste ?

^ « In Gallia colonias deduxit Lugudunum et Rauricam » (Wilmanns , Exempla inscript, latin., t. 1«', n» 1112. Mommsen, Inscriptiones regni Neapolilani, n» 4089). Il est très probable qa'il existait depuis longtemps à Lyon un établissemeot gaulois (Hirschfeld dans Bulletin épigraphique du Midi de la France , t. l«r, p. 84). Joignez Dion Cassius, XL VI, 50.

s Jung, Die Romanischen Landschaften des rœmischen Beiches, lonsbruck, 188 1 , p. 219.

* Suétone, Claude, 2. Cf. Lenormani, La monnaie dans l'antiquité, t. II, pp. 188, 189; Klein, Fa<licofuu/are<, Lipsiœ, iSSl, p. 11.

Gaules qui fermeataient sous le poids des impôts', convoqua à Lyon les députés des cités ' encore soumises , quoique frémissantes, et les décida à donner à l'empereur un témoignage éclatant de fidélité , en érigeant un autel à Rome et a Auguste : le temple de Rome et d'Auguste fut élevé non pas à Lugudunum même, mais hors de Lugudunum, au coufluent de la Saône et du Rhône •; c'était un point central pour les trois grandes provinces de la Gaule Chevelue, très provincix Galliw : Celtique, Aquitaine et Belgique.

Cet événement devait être fécond en résultats : le temple de Rome et d'Auguste fut bientôt le centre religieux et politique des Gaules*, et la ville de Lyon, cité opulente et prospère, devint elle-même très rapidement un foyer d'affaires, une vraie capitale commerciale : chaque année, les députés des 64 nations ou cités gauloises se réunissaient dans ce sanctuaire et y célébraient un sacrifice solennel, en l'honneur de l'empereurdieu et de la déesse Rome. L'assemblée s'occupait ensuite de certaines affaires communes et élisait, en son sein, un président ou grand-prêtre • : nous aurons lieu de revenir sur cet embryon

1 « Civitates Germaoiœ cis Rhenum et trans Rhenum posit® oppogoantar a Dniso, « et tumuUus, qui ob ceosum ezorlus in GalUa erat, componitur. Ara Cssari ad con- « flueDtem Araris et Rhodani dedicata, sacerdote creato G. Julio Vercoodariduboo « iEduo » (Tite-Live, Periochx, exlibro 139, al. 137,édit. Madvig, t. IV, p. ii, 1866, p. 76). Je dois remarquer quUl n'est pas dit expressément que le « tumultus » des Gaules ait été apaisé par Drusus ; mais cela est évident. Dion dit un peu autrement que Drusus « prévint le soulèvement des peuples soumis » (Dion Cassius, LIV, 32, édit. Gros et Boissée, t. VII, pp. 536, 537).

s Slrabon parle de 60 dvUaUs (liv. IV, c. 3, édit.Muller et Dûbner, t. l«r, p. 159). Ailleurs il est fait mention des 64 cités de la Gaule. Cf. Tacite, Annales, liv. III, cb. 44; Servius, ad jEneid,, I, 286 (édit. Thilo et Hagen, 1. 1*', 1878, p. 105).

' L'emplacement du temple d'Auguste correspond à remplacement actuel de Téglise Saint-Pierre (dans la ville moderne de Lyon, aux Terreaux et non an bourg d'Ainay). Cf. A. Bernard, Le temple d'Augueteet la nationalité gauUnte , Ljon, 1863, in-4« ; A. Bernard, Lettre à M, Hauréau, 1864, p. 2 ; A. Bernard, Une famille tégutiave aux troit première eièclee de notre ère, Lyon, 1868, p. 14; De^ardins, Géographie de la GauU rom., t. II, p. 23; Fustel de Coulanges, Hist. dee inttit. polit, de l'ancienne France, lr« partie. 2« édit., p. 97, note 2; L. Renier, 5tir l'emplacement de l'autel de Rome et d'Aug, à Lyon dans Comptes rendus de l'Acad. des inscript, et beUes-lettres, !'« série, t. III, pp. 102-104.

^ Lire : Otto Hirscbfeld, Lyon à l'époque romaine, trad. d'AUmer dans Revue épigr. du Midi de la France, 1879, pp. 81-94.

5 Jung, ibid., pp. 222, 223.

FLA.MINES. SBVIRS AUGUSTAUX. 49

de représeatatioQ nationale : mais il importe de constater ici que le culte d'Auguste et l'assemblée annuelle de Lyon prirent la place de l'assemblée générale des druides, qui se tenait jadis au pays Chartrain ; on continua à se réunir solennellemeot; mais, au lieu d'une réunion gauloise, sous la protection des dieux indigènes, on eut une réunion toute romaine dont Tobjet principal était de rendre hommage au dieu romain par excellence , au génie de la puissance romaine.

Un peu après Lyon , vers la fin du règne d'Auguste , les habilanls de Narbonne s'engagèrent, de leur côté, par un vœu solennel, à honorer perpétuellement la divinité de César-Auguste, père de la patrie*. La Narbonnaise' eut, comme Lyon, son grand-prêtre ou flamine d'Auguste. Ce flamine ou sacerdos jprovinciœ, qu^on retrouve dans tout l'empire, était ordinairement nommé pour un an : l'année expirée, il restait sans fonctions et prenait le titre de sacerdotalis^ .

Au-dessous du flamine de la province et des flamines municipaux qu'on rencontre sur beaucoup de points, nous voyons figurer dans un très grand nombre de villes et notamment à Narbonne , un collège de six prêtres d'Auguste ou prêtres de l'empereur-dieu , fonctionnant pendant une année : ce sont les sévirs augustaux. Leur année de service écoulée, ces personnages obtenaient souvent de conserver à vie les droits et privilèges du sévirat et entraient dans la corporation des Augustaux : cet usage se généralisa bientôt et l'ordre des Augustaux compta dans son sein tous les anciens sévirs.

L'augustalité nous apparaît sous des formes identiques dans

1 Orelli, 2489. WilmaoDs, 104. Lebègue, Epigr. de 2iarhonnef 5, 42 {HitL génér. de Languedoc, nouv. édit., t. XV). Cr. Boissier, loc. cil., pp. 147, 148; Fustel de Coalanges, Hitt, det instit. polit, de l'ancienne France, lr« partie, 2« édit., pp. %, 97; AUmer et de Terrebasse, Intcript. de Vienne, t. I*'^, p. 18, à la fin du vol. J*ai employé , dans le texte , Texpressioa La Narbonnaise : il y a là quelques doutes et peut-être faudrait-il dire Narbonne. Voyez Lebègue, ibid., p. 133.

* On connaît, par les inscriptions, les noms de sept ou huit flamines de la Narbonnaise (Ailmeret de Terrebasse , ibid., pp. 259-264).

> Voyex, sur le flamen provincise. Fallu de Lessert, Les assembUet provinciales et le cuUe provincial dans l'Afrique romaine dans Bulletin trimestriel des antiquités africaines, 3« année, 1884, pp. 18-22, 333, 337-340; Desjardias, Géographie de la Gaule romaine, t. III, p. 418.

toute la Gaule et dans la haute Italie : d'où il résulte que cette institution est due à une influence officielle et ne peut être considérée comme le produit spontané de la piété populaire*.

Ces associations sacerdotales étaient accessibles aux plébéiens et aux affranchis : elles contribuèrent à la popularité du culte des empereurs : elles y intéressaient la bourgeoisie, partie intelligente et active de la société et tout un peuple d'affranchis*.

Le culte d'Auguste, diverses mesures qu'on pourrait qualifier persécution', enfin Tintérêt, ce grand mobile des choses humaines, concoururent à détruire la religion druidique : les immenses prérogatives judiciaires et politiques du clergé gaulois étaient incompatibles avec le fonctionnement régulier de l'administration romaine : aussi le gouvernement des empereurs eut-il à, cœur d'abattre l'influence des druides : il y travailla directement et sa tâche fut facilitée par un déplacement d'intérêts, signalé en termes fort remarquables par M. d'Arbois de Jubainville : « Rome, capitale du monde civilisé , avait ouvert

1 Voyez sur les sévirs auguslaux : Klippfel, Etude sur le régime municipal galloromain, pp. 35, 36; Boissier, loco dtalo, pp. 179-181; Egger, Examen critique des historiens anciens de la vie et du règne d'Àugusle, Paris, iS4i, pp. 357-441 ; Zumpt, De Auguslalibus et seviris Augustalibus comment, epigraphic, Berlin, 184G, in-4o; de Boissieu, Inscriptions antiques de Lyon, 185i, pp. 170-178, 212, 214, 468, 469; Marquardt et Mommsen, Handbuch, t. IV, Rom. Slaatsverw., t. I^r, 2^ édit., 1881, pp. 197-205; Schmidt, De severis augustalibus daas Dissert, philol. Halenses, V, 1, Halle, 1878, et surtout Hirschfeld, Etude sur l'institution de t'augustalité, trad. eu français par Allmer dans Bulletin épigraphique de la Gaule , t. I«>f, pp. 282-287. Entre autres inscriptions concernant les sévirs augustaux voyez Revue épigraphique du Midi de la France, t. 1°', p. 358, n<> 397; C. Jullian, Inscripl. de la vallée de l'Huveaune, pp. 45, 46; Lebègue, Epigr. de Narbonne , pp. 160-169.

8 Jean Réville, La religion à Rome sous les Sévères, p. 36; Lebègue, Epigr. de Narbonne, pp. 116-124, 133, 160-169.

3 Récapitulons ici ces diverses mesures : Auguste interdit aux citoyens romains la pratique de la religion dont les druides étaient ministres (Suétone, Claude, 25) ; avant Tan 20 avant J.-C, les sacritices humains sont interdits (Strabon, IV, iv, 5); entre Tan 14 et Tan 37 après J.-C, un sénatusconsulte , rendu sur la proposition de Tibère, supprima légalement les druides (Pline l'ancien , XXX, i , 4, édit. Janus , 1857, t. IV, p. 235^ ; Claude abolit la religion cruelle (diree immanitatis) des druides (Suétone, Claude, 25); après ces décisions, les druides subsistent, mais affaiblis et adoucis : il n'y a plus de sacrifices humains (Mêla, IIl, 2). — Ces textes ont été réunis et parfaitement commentés par M. d'Arbois de Jubainville dans Revue archéologique, n^^^ série, t. XXXVIII, 1879, p. 37j.

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