‹ Droit publicChapitre 3 sur 131 · IJ INTRODUCTION · texte numérisé non relu

IJ INTRODUCTION

mument que ce soit de son existence, elle est placée entre deux forces opposées qui tendent Tune, la force conservatrice, à la maintenir dans son état actuel , l'autre, la force novatrice, à la pousser dans de nouvelles directions*. Les transformations constitutionnelles sont déjà anciennes, le jour où elles sont consommées ; et Ton a pu dire , avec vérité , que « les formes et les lois « de chaque société sont les produits consolidés des émotions et « des idées de ceux qui ont vécu dans le passé *. » Par suite, une transformation politique commence, dès qu'elle est réalisée, à ne plus répondre pleinement et d'une manière adéquate à tous les besoins présents, et la force novatrice garde toujours sa raison d'être.

Cette constante évolution est, je le répète, soumise à des lois, et rintérêt supérieur d'une histoire du droit public, c'est-à-dire d'une histoire des institutions politiques , c'est précisément la recherche de ces lois; une longue et patiente étude nous permettra peut-être d'en entrevoir quelques-unes.

Ces deux grands faits qui sont comme les deux pôles de l'histoire : assentiment de la nation, évolution régulière, veulent être rapprochés l'un de l'autre et comparés un moment. J'estime qu^ les lois auxquelles est soumis le développement des institution s politiques sont, en grande partie, indépendantes de la volonté de l'homme et supérieures à cette volonté : il s'agit donc, quand je parle de l'assentiment de la nation, d'un assentiment confuis et fort peu éclairé. U homme propose et Dieu dispose, a dit de —

pouvoir de choisir n'est au fond qu'une faculté de l'esprit; ce n'est pas une possibi-" lité matérielle ; l'homme peut jouir pleinement de son libre arbitre et être yiolent-^ par une force extérieure, dans presque toutes ses actions, lesquelles seront co0 — sommées contrairement à sa volition intérieure; voilà pour le fait ou l'acte individu^^*dans son rapport avec le libre arbitre de l'individu. Passons aux faits collectifs ^ aux faits sociaux, sur lesquels, je le remarque en passant, la plupart des homoa^^ ne cherchent même pas à exercer une action; ces faits sont, dans la mesure o »-* ils dérivent de l'être humain, le produit de volitions individuelles très diverses ^ ces faits collectifs , les seuls que j'étudie , ne sont donc nullement avec la volont-^^ de l'individu dans le même rapport que l'acte individuel avec la volition indivi^ ' duelle.

* Ceci est dit du langage par M. Darmsteter; je lui emprunte presque textuelle ' ment cette pensée, en rappliquant aux institutions (Darmsleter, La vie des moU ^ Paris, 1887, p. 6).

* Herbert Spencer, Principes de sociologie, t. HT, Irad. Gazelles, p. 442.

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puis longtemps la sagesse populaire, source toujours vive de toute philosophie ; cette vieille formule contient toute la jeune science, elle résume heureusement les résultats de nos investigations laborieuses. Nous commençons à entrevoir les lignes suivant lesquelles se meut le monde politique et social; nous apercevons l'orbite tracée àThomme, cet animal intelligent, raisonnable et libre : en un mot, nous retrouvons, comme il arrive si souvent, avec nos télescopes, ce que le bon peuple avait vu avec ses yeux; et, quand nous parlons des lois qui président à l'histoire de l'humanité, nous disons en un langage scientifique, ce que le peuple avait dit avant nous avec plus d'éclat et de couleur, sous une forme plus large et plus compréhensive : V homme propose et Dieu dispose; l* homme s* agite, mais Dieu le mène^l L'oiseau en cage s'agite, lui aussi; il est libre de tous ses mouvements... entre les parois de sa prison. Toutefois, à la différence de l'oiseau prisonnier, l'homme ne s'agite guère en vue de contrarier le mouvement qui l'emporte; tout au contraire, son activité est ordinairement le principal agent des lois qui président à ses destinées. Il est soumis, au moins dans une large mesure, à une évolution régulière; mais c'est lui-même qui évolue et c'est lui qui se meut. D'ailleurs, il ne voit pas le but lointain auquel il tend, et chacun de ses pas ressemble à ceux d'un homme qui se croit égaré mais qui, sans le savoir, suit la grande route.

En insistant de la sorte, je veux faire sentir que l'histoire du droit public est une science; elle n'est une science, en eflfet, qu'en tant qu'elle constate des lois; un ouvrage consacré à ce sujet n'est lui-même un essai scientifique qu'en tant qu'il aspire à constater des lois. Autrement entendue, l'histoire du droit public serait tout simplement un répertoire, un inventaire de débris politiques et sociaux. — Je ne suis pas de ceux qui seraient tentés de méconnaître l'utilité et le prix d'un pareil répertoire.

Bien que cette introduction ne comporte pas de grands développements, je voudrais sortir un moment des généralités, expliquer ma pensée par un exemple de quelque importance et la faire ainsi mieux entendre.

1 Cette seconde formule se trouve dans Fénelon , Sermon pour la fête de l'Epiphanie.

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