‹ Droit publicChapitre 4 sur 131 · IV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

IV INTRODUCTION

Si j'envisage les peuples dont l'histoire m'est connue, il ne me paraît pas impossible de ramener, pour ces peuples, à deux lois très générales les divers phénomènes dont l'ensemble constitue la vie normale d'un corps politique, à savoir : la loi de division progressive du travail et des fonctions; la loi de centralisation progressive.

Loi de division progressive du travail et des fonctions. — L'ordre social procède du simple au composé; il ne cesse de diviser le travail et les fonctions. Nous verrons donc les rouages politiques se multiplier de siècle en siècle, les fonctions se spécialiser : la fameuse « division des pouvoirs, » que les théoriciens ont cru inventer, n'est pas autre chose qu'une des applications de cette grande loi de la division du travail. Je crains qu'il ne faille expliquer parla même idée générale la disparition graduelle du selfgovernment au sens absolu du mot; tout notre système parlementaire moderne se résume dans la nomination fréquente de mandataires politiques; et, semblables à des flls de famille désœuvrés, nous ne faisons plus jamais nos affaires nous-mêmes : c'est ce que j'appelle la disparition complète du véritable selfgovernment qu'on rencontre à chaque pas dans les sociétés moins avancées. A mesure, en effet, que nous descendons l'ordre des temps, la souveraineté du peuple semble se cacher davantage sous les écorces vieillies qui la recouvrent; il peut arriver qu'à un moment donné cette antique souveraineté se réveille et montre la tête , mais elle ne semble plus en état de fonctionner directement.

La royauté, si agissante et si personnelle à l'origine, a subi, de son côté, une transformation bien remarquable. Obligée de conduire un travail énorme et divisé entre mille mains, elle est devenue, sous l'action du temps, la royauté ou la présidence parlementaire; la royauté parlementaire n'est pas une invention de quelques sages, c'est un fruit mûr; ou, pour parler sans image , c'est une institution vieillie.

Fort souvent, l'institution usée et insensiblement minée subsiste parallèlement à l'organe nouveau qui la remplace. Il peut arriver, d'ailleurs, qu'en cet état de vétusté et de survivance, une institution qui, à première vue, semble un débris inutile, rende,

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