‹ Droit publicChapitre 34 sur 131 · MULTIPLICATION DES FONCTIONNAIRES · texte numérisé non relu

MULTIPLICATION DES FONCTIONNAIRES

vice-préfets ou vicaires; au dernier degré, les gouverneurs et quelques comtes^ J'omets ici les nombreux agents financiers.

L'empereur, on le voit , est très éloigné de ses sujets et ceuxci ont beaucoup de protecteurs civils et militaires à nourrir; mais je parle bien facilement de l'empereur : il se dérobe à nos yeux : il se cache derrière une épaisse muraille administrative, très comparable à nos modernes ministères : Tadministration centrale a ses Bureaux dans la capitale de Tempire : les affaires fiDancières relèvent du cornes sacrarum largitionum ou du co^ mes rerum privatarum, qui sont deux véritables ministres des finaoces : chacun de ces ministres a sous ses ordres, pour les Gaules, deux intendants généraux appelés rationales^. Les manufactures d'armes et des services très variés relèvent du wwigister officiorum, eic.^ etc.

Ces Bureaux couvrent Tempereûr, comme nos ministères couvrent aujourd'hui le roi ou le président et, s'il s'était formé alors une école de théoriciens du droit politique , ils auraient eu d'excellentes raisons pour déclarer l'empereur irresponsable , tout juste les raisons qui, au fond, ont inspiré les modernes (sans qu'ils s'en doutassent). Non content de toutes ces garanties et de toutes ces défenses extérieures, l'empereur Constantin en imagina une dernière qui est restée* à la vérité, un peu en l'air: ce prince créa, sous le nom de patrices, des figurants solennels, supérieurs aux préfets du prétoire eux-mêmes. C*étaient, pour ainsi parler, des ombres d'empereur; mieux que cela, des pères d'empereur {parens, patriciusque noster^).

1 Ed plaçant ici les comtes de civilaUi , je n'entends pas me prononcer sar leur âtoation hiérarchique , ni décider que ce sont des comtes ci?ils. Les documents ne permettent pas de trancher ces questions : U est possible que , dans les villes où nous les rencontrons, qui sont alors à la frontière de Tempire , ces comtes aient été des comtes militaires avec quelques attributions au civU. J'emprunte ces observations à M. Lécrivain, p. 101. Cf. Âbel, Lz% iniX, corn, de la Motelle, Commune de Metz, p. 15.

^NotUia dignUatum, édit. Bôcking, t. II, Occid., pp. 47% 53*, 54*, 489*, 490*. a Otto Seeck, Notitia dignitaium, pp. 148, 154, 144, 147, 31-33; Code de Justmien,

1, ZXXl, XXXII, XXXIII.

3 Zosime, II, 40 (édit. Bekker, 1837, p. 106). Cf. Code de Théodote, VI, vi, Deconnlibus, prsBfedU, magUtrit militum et pairiciit; Code de Just., XII, m, De conni- <»6iii el non spargendU, etc.; constitutions impériales de 418 et de 445 dans D. Bouquet, t. I", pp. 767, 769.

Le patrice fut surtout un personnage décoratif* ; il n'est pas impossible qu'il ait possédé, au moins dans les bas temps, certaines attributions dans la sphère des choses religieuses : c'est ce que paraissent indiquer une formule de date incertaine (mais bien postérieure à la période qui nous occupe) et plusieurs lettres du pape Grégoire le Grand*. Ce titre indélébile' de patrice était très envié : il fut accordé à des gouverneurs de province qui se trouvaient ainsi particulièrement honorés, et il y eut fort souvent dans le même temps plusieurs patrices.

Cette organisation théâtrale du bas-empire excitera peut-être l'admiration de l'honnête homme qui, en administration, aime les perspectives et les beaux points de vue. Pour nous, nous ferons de cette belle ordonnance le cas qu'elle mérite; c'est ainsi, nous le savons, que les empires vieillissent et c'est par là qu'ils meurent.

Je n'ai pu tracer ce rapide exposé de l'histoire administrative romaine , sans faire allusion à la division de l'empire en deux tronçons : c'est là un fait bien remarquable : le grand empire romain , merveilleux édifice de l'esprit de conquête et de l'esprit politique, fut coupé en morceaux distincts, mais habilement soudés, par ses empereurs les plus avisés : ce bloc artificiel tendait donc, de lui-même, à se subdiviser et à se rompre sous l'action de puissances secrètes et supérieures ; la configuration géographique et les conditions économiques de l'Europe rendent peut-être impossible, dans notre Occident, une très longue et très durable unité.

Ce morcellement de la puissance romaine ne se fit pas en un jour : dans les premiers temps, s'il y eut souvent plusieurs em-

1 u Nihil jurisdiclionis habens » (Cassiodore, Vaf., VI, 2).

i Voyez du Cange, Glossarium au mot Patriciug; MabilloD, De re diplomalica, tupplementum, Naples, 1789, p. 39; Rhein. Muséum fur Jurisprudenz , t. V, 123-126; Pertz, Leges, t. IV, p. 661, 662 (od pense que cette formule est de la fin du x» siècle); 8aintGrégoireleGrand,V,31; VI, 57; IX, 119; XI, ik eipassim; Liber diumu$, 55, édit. Rozière, p. 97. Je ne donne, pour Tépoque romaine, ces attributions du patrice que comme une conjecture : le texte de Cassiodore ne m'est pas favorable et la formule publiée en dernier lieu dans le recueil de Pertz, concerne probablement Texarque de qui dépendait Téglise de Rome.

' Voyez du Cange , Glossarium, t. V, 1734 , p. 267; Cass., Var., VI, 2.

BIBLIOGRAPHIE DE l' ADMINISTRATION ROMAINE. 77

pereurs , il n'y eut qu'un empire : « Tautorité de tous étant re- « connue dans la province, c'était une puissance unique exercée « par plusieurs*; » mais quelques partages effectifs suivirent ces partages administratifs et l'unité de l'empire fut bientôt compromise : il se scinda lentement sous le coup de nécessités supérieures , plus fortes que la volonté des hommes.

Bibliographie. — De la Barre, Mémoires sur les divisions que les empereurs romains ont faites des Gaules en plusieurs provinces dans Mémoires de V Académie royale des inscriptions, 1733, t. VIII, pp. 403-429. — Boreel de Mauregnault, Lissertatio,,, de officio prœsidis provindx, Lugd. Bat., 1739; réimprimé dans OEIrichs, Thésaurus dissertationum juridicarum.,,, Bremae et Lipsiœ, 1769, vol. II, t. I", pp. 83-160. — Naudet, Des changements opérés dans toutes les parties de l* administration de V empire romain sous les régnes de Dioctétien , de Constantin et de leurs successeurs jusqu'à Julien, t. !«', 1817, pp. 60-85; 255-338 eipassim. — Amédée Thierry, Mémoire sur l'organisation de l'administration provinciale dans l'empire romain et particulièrement en Gaule dans Séances et travaux de l'Académie des sciences morales, t. XVI, pp. 85-120. — Fontein, Disputatio de provinciis romanis, Traj. ad Rhen., 1843. — Bergfeld, Die Organisation der rômischen Provinzen, Neustrelitz, 1846, in-4®. — Poinsignon, Sur le nombre et l'origine des provinces romaines créées après Auguste jusqu'à Dioctétien, Paris, 1846. — L. Renier sur Spon, Recherche de la ville de Lyon,

1858, pp. 269-313. — Otto Eichhorst, Quœstionum epigraphicarum deprocuratoribus imperatorum romanorum spécimen, Regiomont., 1861, 30 pp. — Otto Eichhorst, Die procuratores jure gladii der rômischen Kaiser zeil und (fie Verânderungen in der Verwaltung der frùher procuratorischen Provinzen dans lahrhuch fur Philologie, 1865, t. XCI, pp. 197-207. — Th. Mommsen , Mémoire sur les provinces romaines et sur les listes qui nous en sont parvenues depuis la division faite par Dioctétien jusqu'au commencement (tu v^ siècle , traduit par Em. Picot dans Revue archéologique, nouvelle série, t. XIIÏ, 1866, pp. 377 et suiv.; t. XIV, 1866, pp. 369 et suiv.; t. XV, 1867, pp. 1 et suiv. — Marquardt et Mommsen, Handbuch der rôm, AUerihùm., t. Il, Rôm, Staatsrecht, t. II, 2« édit., 1877, pp. 229-260, 833, 1058- 1066 ; t. IV, Rôm, Staatsverwaltung , 1. 1«', 2« édit., 1881, pp. 261-282 ; 497- 557. — Herzog, Galliœ Narbonensis provincix romanae historia, Leipzig, 1869. — Serrigny, Fragment d'étude du droit administratif sous l'empire romain du iv* au f/« siècle. Des préfets du prétoire; de la centralisation romaine dans Revue critique de législation et de jurisprudence, t. XVI, 1860, pp. 13-26. — Serrigny, Droit public et administratif romain , Paris,

1 Montesquieu , Consid. sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence, ch. xvii.

1862, 2 vol. — Kuhn, Ueber das Verzeichniss der rômischen Provinzen aufgesetzt um 297 dans Jahrbuch fur Philologie, t. CXV, 1877, pp. 697-719. — Klein , Die VerwaUungsbeanUen der Provinzen des r'ôm, Reichs bis auf Diocletian, I, 1, Sicilien und Sardinien, Bonn, 1878. — Marx, Essai sur les pouvoirs du gouverneur de province sous la République rùmaine et jusqu'à Dioclétien, Paris, 1880 (thèse). — Desjardins, Géographie de la Gaule romaine, t. III, 1885, et t. IV. — E. Glasson, Histoire du droit et des institutions de la France, t. I®', pp. 236 et suiv., 266 et suiv., 500 et suiv. — Joignez JuUian, Longnon, Allmer et de Terrebasse, Valen tin-Smith, travaux cités ci-dessus, pp. 61, 64.

Page 1