CHAPITRE IV
DES ASSEMBLÉES NAnONALES DANS LA GAULE ROMAINE.
Les assemblées nationales chez les peuples primitifs. — J*ai épuisé ce qae j'avais à dire de TadmiDistration romaine, au sens étroit du mot.
L'administration n'est qu'une enveloppe extérieure, une écorce destinée à protéger et à défendre les organes du corps social, employée le plus souvent à les étouffer ou aies oblitérer. J'arrive à ces organes.
Les uns sont antérieurs à la formation d'une société proprement dite et survivent à la décadence et â la ruine de toute société déterminée; les autres sont contemporains de la naissance des sociétés et durent souvent autant que les sociétés elles-mêmes, sauf à subir bien des transformations, sauf à soufûir bien des oppressions, bien des dépressions, de telle sorte que, dans les derniers temps, ils ne «ont qu'une vaine apparence, un fantôme sans vie.
Je range au nombre des organes contemporains de la nais- 8&Qce des premières sociétés les assemblées nationales et les groupements et associations diverses d'où sont sorties les communes*.
L'assemblée du peuple fut, à l'origine, l'un des grands pouvoirs, probablement le plus grand pouvoir de l'état naissant, pouvoir législatif, judiciaire, et, dans une certaine mesure, exécutif*. En regard de ce pouvoir souverain, on trouve, en géliéral, un roi à vie avec des droits, en apparence absolus, analogues à ceux d'un père de famille. César a décrit brièvement
^ Cmomom n'est pas, en oe sens, one expression latine. Les Romains ont dit ■mtcipimn, colonia; à Tépoqoe impériale, civUat, Voyez le chapitre suivant.
* Sar les assemblées nationales primitives, voyez notamment Post, BausUûne fir As« allgmeine ReckUuntsenschafi, t. II, Oldenburg, 1881, pp. 130-135.
106 ;ilVRE II. PÉRIODE GALLO-ROMAINE.
la situation relative de ces deux pouvoirs de l'Etat : « Sua... esse « ejusmodiimperia, fait-il dire à Ambiorix, ut non minus haberet <(in se juris multitudo, quam ipse in multitudinem *. » Ce que nous apprenons ici d'un roi gaulois peut être appliqué non seulement aux autres rois gaulois, mais, en général, à tous les rois des peuples jeunes; de nos jours encore, chez quelques-unes des nations « inférieures » que les peuples « chrétiens » prétendent civiliser en les dévorant, la plupart des chefs sont armés de cette puissance primitive qui est tout à la fois et très grande et très précaire : de la combinaison de ces deux éléments, roi très puissant, nation très puissante, naîtra avec le temps, chez quelques peuples privilégiés, sous Teffort fécond de très longues luttes et de très longues souffrances, ce qu'on a nommé le gouvernement parlementaire, heureux équilibre de forces qui, pour un moment, s'entrecroisent sans se détruire.
La domination du vainqueur une fois établie et toute la Gaule devenue province romaine, il n'y a plus de rois gaulois; il n'y a qu'un empereur et un sénat; ce sénat lui-même cessera bientôt de jouer un rôle politique appréciable et d'exercer, par conséquent, dans l'empire, je ne sais quel utile contre-poids dont on devine plutôt qu'on ne saisit sur le fait l'influence et Faction cachée. Mais si les rois gaulois disparurent, les assemblées nationales ne furent pas supprimées : elles se continuèrent, métamorphosées, transformées; nous les retrouvons d'ailleurs, à peu près dans toute l'étendue de l'empire romain ; car l'assemblée du peuple est le signe même de la vie nationale; c'est la vie nationale en action, et les Romains avaient rencontré partout cette institution primitive. Partout, ce semble, ils la respectèrent en quelque manière : ils lui laissèrent un certain rôle*, dont il ne convient ni d'affaiblir, ni d'exagérer l'importance.
1 César, De bello gallico, V, 27.
' Voyez pour le Koivov de Crète, Baudi di Vesme, Vicende délia propriété in llaUa, 1835, p. 178; pour le Koivov thessalien, Lenel, PalingeAetia juris civiUt, p. 90 (Callistrate) ; Hertzberg, Hitioire de la Grèce sout la domination romaine» trad. par Scheurer, 1. 1«', p. 474 ; pour les anciens usages en Espagne, César, De bello civili, II, 19 ; pour la Lusilaoie, Valère Maxime, lib. IX, c. vi, 2; pour les Galates, Robiou, ^ûtoiredes Gaulois d'Orient, pp. 280-282. Joignez Madvig, L'Etat romain, trad. Morel , t. III, pp. 144-146; Guiraud, Les assemblées prov., p. 39 et suiv.