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Renseignements généraux

Les libertés locales dans les premiers temps. — Si loin que DOQs puissions plonger dos regards , nous apercevons en Italie et dans les Gaules des libertés que j'appellerais volontiers diffuses : elles sont dispersées avec la population sur le sol qui la noorrit. Les villes et très souvent les bourgades s'administrent elles-mêmes : elles ont leur sénat et leurs msigistrats : beaucoup de divisions territoriales ou cantons (pagus) ont leurs petites assemblées populaires et leurs chefs (des magistri, un prœ^ fectus)'.

Le conseil et le magistrat des villes comptent un plus grand nombre de membres que ceux des villages *, et ces derniers se trouvent dans une situation inférieure (assez mal caractérisée

^Lex MamUia ou Julia agraria, 53, 55. Lex Rubria, 21. Lex Julia municipalis, ligne 128 et suiv. (Brans et MommseD, FonUi, 5« édit., pp. 94, 95, 97, 98, 108). Festos, Terbo[vict], {ihid., p. 375). WilmaDs, Exempta imcrip. latin., u9* 703, 704, ^03, 2021,2023, 2072, 2225, 2337. Herzog, Gallia Narb,, AppendHepigraphica, p. 20, n*78; p. 96, n» 448; p. 103, n« 489. Hevue épigraphique du Midi de la France, 1. 1», P-179. Lebègae, Epigraphie de Narbonne, p. 170, q« 148. Desjardins dans Bulletin é^epkique de la Gaule, t. !«% pp. 264-271. Mommsen, Cotput, t. VII, n» 346. Moomsen, Intcript. Belvet,, n« 87. Mommsen, Inscript, regni Neap.^ n*» 3559, 6011, ^. A. de Longpérier, Notice eur une inscript, inédite trouvée à Sens dans Revue i^pkUol, t. II, 1846-1847, pp. 356, 357. CamiUe JuUian dans Bulletin épigraphique, 1^, p. 179. Code de Just, VIII, xtii, 7. Lire sur cette question Voigt, Drei epi- 9rtpA. ConstU. Constantin's des grossen, Leipzig, 1860, pp. 13, 33, 53, 54 eipassim; %pfel. Etude sur le régime municipal gallo-romain, pp. 58, 100. En sens contraire, ^07, Le droit municipal, U* partie, 1876, pp. 201-214 : Topinionque je soutiens iô est r^etée par d*exceUents esprits ; les textes forcent ma conviction.

' Mommsen, Observations sur les inscriptions de Troesmis dans Revue arcKéol., nouv. >we, t. XIII, 1866, p. 188.

pour nous) *. Cette infériorité va s'aggravant de jour en jour et peu à peu la plupart des petits centres s'effacent devant les grands ; les villes restent presque seules en possession des libertés locales' : elles dominent sur le plat pays et y perçoivent les impôts. Il semble que cette loi de Fattraction suivant laquelle les corps physiques s'attirent les uns les autres en raison directe des masses se retrouve ici dans l'ordre social et politique ; mais son nom change : nous l'avons appelée la loi de centralisation progressive : l'absorption politique des vici, des conciliabula, des fora est une des premières et des plus anciennes applications de cette loi générale d'unification et de centralisation.

Nous ne faisons qu*entrevoir l'histoire des villages et des cantons : ce que je viens d'en dire suffira : les villes (j*appelle ainsi les centres importants) peuvent seules être l'objet d'une étude un peu complète.

Municipe et colonie. — Les villes sous la République sont municipes ou colonies. Cette distinction, effacée d'ailleurs dès le II* siècle, est très facile à saisir : le municipe se gouverne par ses propres lois et coutumes : il n'émane de Rome ni réellement, ni fictivement. C'est une ville dont l'origine et l'organisation remontent aux temps de l'indépendance : la colonie, au contraire, est issue de Rome ou du pays latin, soit que Rome ait réellement envoyé des colons qui*ont fondé une ville ou se sont superposés à une ville déjà existante {colonia deducta)^ soit que Rome ait, par une fiction politique, supposé cette fondatioQ et accordé à une ville ancienne le titre de colonie. Dans la colonie vient se réfléchir le peuple romain : elle en est, pour ainsi dire, la réduction ou, pour me servir d'une image très heureuse, em-

1 Dans la Ltx Julia tnunicipalk, le forwan et le cMLciUabubm ne sont pas mentloie oés à roccasion da ccanis (ligne 144 et suiv. dans Bruns et Mommseo, Fonies, 5* édit., p. 100).

^ « Que enim sunt» non moda urbes^ sed etiam mnnidpia atque Yid, ubi non

« quoi curiales fnerint, tôt tyranni sint? Qais ergo ut dizi» locas est obt non a

« priDcipalibua civitatam TÎduanim et pupillorum riscera devorentor? » (Salvien, De gubern Dei, V, 4). — « Vid et caslella et pagi ii sunt, qui nulla dignitate dritatia « ornanlur, sed vulgari hominum couTeatu incoluotur, et propter parritatett sui ma- « joribos dTÎUlibus attribuuDtur » (Isidore, Etfwwl, XV, 2). Cf. DigetU, L, i, 30 (Ulpien) ; Code de JutUnien, V, xxvii, Denaturalibui liberii et wuLkibMi eorum» 3.

COLONIES ROUUNES; — LA.T1NÏÏS. tt9

ployée avant moi, elle est un provin de ce cep vigoureux qui s'appelle Rome *.

La colonie est romaine, lorsqu'elle se compose de citoyens romains; elle est latine, lorsqu'elle se compose de Latins, en d'autres termes, de déminai toyens. Nous n'insistons pas sur cette distinction déjà connue du lecteur ^

Dans la Gaule Narbonnaise, les colonies fictives composée» d'indigènes élevés au rang de citoyens romains, étaient inscrites dans la tribu Voltinia'.

Les principales colonies de citoyens romains en Gaule sont : Narbonne, Béziers, Arles, Fréjus, Valence, Orange, Digne, Cologne, peut-être Besançon*.

Les principales colonies latines sont : Toulouse, Aix-en-Provence, Apt, Antibes, Carpentras, Vaison, Die, Nîmes, fondée par Auguste, probablement avec des Grecs d'Egypte qui avaient servi dans l'armée ouâur la flotte d'Antoine ^

1 Aiila*Qelle, lV«ct aUic., lib. XVI, c. zm. Sieala» Fl^ccm, Dé eoniU, agrorvm^ c. 1, dans Lachmaon et Rudorff, Gromatici vetêres, t. I*', pp. 134, 135. Considéré dans ses origines , le municipe ne serait pas un groape de citoyens romains : aoz temps qui nous occapent, lés habitants du municipe sont ordinairement citoyens ro- ■ains : « munieipes ergo sunt cUn romani ex munieipiis, sno jure et legibus sois 1 Qlenies » (Aulu^Gella, ibid.). Cf. Liber Augusti CmsarU elNeronit dans Blume, Lachr maon et RudorfT, Die Schriflen der rômitchen Feldmesser, t. !•', 1848, pp. 209-266; Girand, Let bronzes d'Otuna, Rémarques nouvelles, 1875, pp. 77-94; A. Castao, Les ùfUoUs provinciautsdu monde romain dans Mém. de la SociéU d'émulation du Doubs, 5# série, t. X^ 1885, pp. 215-222; Desjardins, Géographie de la Gaule romaine, t. II, p. 9; Madvig, De jure ei condicione coloniarum populi romani quxstio kistorica dans Opuscula aeademica, Hayni», 1887, pp. 169-247.

* Pour cette distinction , voyez ci-dessas pp. 34-48.

> Cf. Henog, Gallia Narb,, p. 165; Allmer dans BuUetin de la Société.,, d'archéol... de la Dr&me, t. III, 1868, p. 231;,t. VIII, 1874, p. 361; Rlippfel, Etude sur le ré- $ku mwncipal galUHromain, p; 29.

^Toyez Hîrschfeld, La dilfûsion du droit latin dans l'empire romain , trad. Thédeoat, pp. 5, 6, 7; Allmer dans Bulletin de la Soc... d'archéologie... de la Drame, t. VIII, 1874, pp; 350 et sniv.; Desjardins, Géogr. de la Gaule romaine , t. III, pp. 420, 425, 426; Castan, VesoiUio, colonie romaine dans Mém. de la Soc. d'émul. du Doubs, 1877, pp. 321-340; Rlippfel, ibid.,pp. 12-14; Herzog, ibid., p. 165; Héron de ViUefosse etThédenat, Inscript, romaines de Fréjus, 1885, pp. 13, 16; inscription trouvée à Ifarbome^ reslttoée par M. Thiera (Rnue critique du 2a jaxnr. 1888, p. 8û).

•Voyez Allmer, i^td., t. VIH, 1874, pp. 357 et suir., p. 361; Desjardins, ibid., t III, pp. 419 et snhr^ 434; Klippfel, ibid., pp. 21-23; Hirsohfeld, ibid., p. 5; Herzog, ibid., p. 50; Ztfmpt,. C o m ment :, epigr. ad antiq. rmMa. perUn,, L I*', p. 412;

Vienne , capitale des Allobroges , obtint de César le droit latin pour prix de sa fidélité au moment de la lutte contre Vercingétorix; plus tard, cette ville fut érigée par Auguste en colonie romaine ^ Lyon, colonie de citoyens romains, avait été fondée par les exilés de Vienne , sous la direction de L. Plancus : tout indique que ces bannis étaient citoyens romains '. Carcassonne, originairement colonie latine, reçut promptement la cité romaine*. La même transformation semble s'être opérée pour plusieurs colonies latines. On sait enfin que , sous Caracalla , tous les Latins devinrent citoyens romains*.

Le système des colonies a été fort peu employé dans la Gaule Chevelue, ainsi qu'il résulte de Ténumération qui vient d'être mise sous les yeux du lecteur.

Du patronat. — Une colonie, un municipe est ordinairement sous la protection d'un ou de plusieurs personnages influents qui sont ses patrons. Le patron reçoit le inunicipe ou la colonie en sa clientèle et en sa foi (in fidem clientelamque suam recepit); un pacte d'hospitalité, hospitium, unit toujours la colonie et son patron. Le patronat est héréditaire'.

Cette institution, qui subsista jusqu'à la fin de l'empire romain, plonge ses racines très avant dans le passé : c'est le débris archaïque d'une période que je pourrais appeler préhistorique et que nous ne pouvons qu'entrevoir : cette période préhistorique du monde romain semble correspondre sociologiquement à la période féodale de notre histoire : le patronat et la clientèle

/{eoue épigr, du Midi de la France, t. !«', p. 99; Hirschfeld, Wiener Studien, 1883, pp. 319-322; Âllmer dans Revue épigr. du Midi de la France, n» 27, 1884, pp. 8, 9, 10; no 28, 1884, p. 29.

1 Cf. Herzog, ibid., pp. 92, 164, 165; AUmer, f6id., t. V, pp. 224 et saiv.; Hirschfeld, ibid., p. 5; Desjardins, ibid., p. 422; Morel, Genève et la colonie de Vienne, 1888, pp. 45 et s.

> Cf. Desjardins , t6i(2.« t. III, pp. 72-78, 441 et suiv.; Herzog, ibid., pp. 168,

3 Desjardins, ibid., p. 420.

'* Voyez ci-dessus, pp. 42, 43.

s Cf. Lexcolonix Genelivx Julix seu Ursoneneis, art. 97 dans Bruns et Mommsen, Fontes juris romani anliq., 5« édit., 1887, p. 128; Lex MalaciL^ 61 {ibid,, pp. 144, 145}; Cornélius Fronto, édit. Mai, t. !«', 1815, pp. 468-170, édit. Cass&n, t. II, pp. 297-299; Gagnât, Court éUmeniaire d'épigrapkie latine , p. 164.

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