‹ Droit publicChapitre 52 sur 131 · L£3 GERMAINS. 1S · texte numérisé non relu

L£3 GERMAINS. 1S

tèle, le clan; le chef récompensait ses compagnons en leur donnant des armes, des chevaux*. Tacite mentionne ailleurs expressément les dons en bétail ^

Les Germains étaient pour les Gaulois des voisins redoutables : un climat plus doux, un pays plus riche les attirait vers la Gaule : parfois aussi une invasion victorieuse de quelque peuple barbare les y poussait malgré eux. Ainsi , semblables à ces nappes d'eau qui, entraînées par leur propre poids, se creusent lentement à travers les terres , tantôt en tournant les obstacles, tantôt en les engloutissant, un lit jusqu'à l'Océan, ces peuples, soit tumultueusement et comme des eaux bondissantes, soit silencieusement et par de lentes infiltrations, se frayaient vers rOccident , vers les terres que baignent l'Atlantique et la Méditerranée, une large route.

L'invasion germanique commence, vers le m* siècle avant Jésus-Christ, par l'envahissement de la Germanie du Nord-Ouest et du Centre. Ces grands pays sont enlevés aux Celtes qui refluent entre le Rhin et la Seine (Belgique) ou vont s'établir en Asie' (Galalie). Le mouvement se continue, à la fin du ii"* siècle avant Jésus-Christ, par l'expédition des Cimbres et des Teutons : il entraîne , à la fin du v° siècle de notre ère , le renversement de l'empire d'Occident; mais il ne s'achève pas alors; il aboutit à rétablissement déOnitif des Francs dans les Gaules et i celui des Lombards dans l'Italie : les incursions des Normands au ix*" siècle, la cession d'un territoire consentie en leur faveur en 9ii par Charles le Simple, enfin la fondation, au xi"" siècle^ de royaumes normands en Angleterre et en Sicile en forment les derniers épisodes; ce mouvement s'étend donc sur un espace de treize à quatorze siècles.

Jiome et les Barbares. — Avant la chute de l'empire romain ,

* Tacite, Germ., 14.

* « Mos est civitatibuB ultro ac virilim conferre principibus vel armenlorum , vel a fragnin, quod pro honore acceptum, etiam Decesaitatiboa sabvenit » (Tacite, Germ,, 15). Cf. sir Henry Sumner Maine, Dissertalions on early law and cutlom, London, 18S3, ^p. 346. ^7.

' Ces deax conjeoluves sonl de M. d'Ârbois de Jubainville. On sait avec quelle science et quelle critique le même auteur a mis en relief le fait de la dûmination primitive des Gaulois dans le pays^appelé plus tard Germanie.

rinvasion se présente sous une double face : il y a rinvasiou des Germains ennemis ou invasion militaire : il y a l'invasion des Germains amis ou invasion paciQque.

Il me suffira de rappeler quelques grands événements et quelques dates pour résumer en peu de mots l'histoire militaire des invasions.

A la fin du ii' siècle avant Jésus-Christ, les Cimbres et les Teutons franchissent le Rhin et promènent la désolation au centre de la Gaule; Marins extermine les Teutons à Aix en 102; les Cimbres à Verceil en 103. En 58 avant Jésus -Christ, les Suèves et leur chef Ariovisle, qui s'étaient établis en Gaule chez les Séquanes et avaient mis les Eduens en déroute, sont vaincus par César et rejetés en Germanie*.

Le péril présent était écarté; mais, dès lors, les Germains ne cessèrent plus d'inquiéter, de troubler de loin la paix romaine. Ce cri terrible, les Germams, fit, un moment, trembler Auguste : il prit peur et crut l'Italie menacée*.

A la fin du i" siècle. Tacite, anxieux, résumait en ces termes saisissants les luttes de Rome contre les Germains et contre la Germanie :

Depuis l'invasion des Cimbres « il s'est écoulé environ 210 « ans : que de temps passé à vaincre la Germanie! et, pendant « cette longue période, que de pertes mutuelles! Ni les Sam- « nites, ni les Carthaginois, ni les Espagnes, ni les Gaules, ni « les Parthes eux-mêmes ne nous donnèrent plus souvent de sé- « rieux avertissements. C'est que la liberté des Germains est « plus redoutable que la monarchie d'Arsace!... Les Germains « ont enlevé au peuple romain cinq armées consulaires : ils ont « enlevé à l'empereur Auguste Varus avec trois légions... Ils « ont forcé les camps de nos légions et entrepris jusque sur les « Gaules. Ils en ont été repoussés et, dans ces derniers temps, « on a triomphé d'eux plutôt qu'on ne les a vaincus (triumphati « magis quam victi sunt'). »

^ César, I, 40*54. La bataille semble avoir ea lieu à peu de distance da Rhin entre SchweighauseD et Reiningen [Hisl. de César, t. II, pp. 89, 90). 2 Dion Cassius, LVI, 23 apud Cougny, Extraits des auteurs grecs, t. IV, p. 387. 8 Tacite, Germ., 37. J'emprunte la traduction de Burnouf.

LES GBRMÂINS. 157

Au milieu du m° siècle, les barrières du Rhin sont emportées : des Alamans et des Francs pénètrent au cœur de la Gaule et s y livrent à d'affreux pillages; des Alamans, des Juthunges arrivent jusqu'au voisinage de Ravenne; des Francs dévastent plusieurs régions de l'Espagne (une partie de ces Francs passa en Afrique où Thistoire les perd de vue*).

Au commencement du v* siècle, en Tan 406, une horde forniidable de Suèves, d'Alains, de Vandales, passe le Rhin, après avoir écrasé un corps de Francs* qui luttaient pour le compte des Romains : ce flot destructeur traverse la Gaule , déborde au delà des Pyrénées et inonde l'Espagne. Un peu plus tard, d'autres Barbares plus civilisés, les Wisigoths et aussi les Bargundes, qui semblent avoir pris à cette première invasion une part assez mal connue, surent par les armes et surtout par la ruse, dépecer l'empire encore vivant et s'y établir assez solidement : nous retrouverons bientôt ces deux grands peuples.

En Tan 451, des asiatiques, les Huns, qui n'étaient point de race germanique, mais qui depuis longtemps poussaient devant eux les Germains, envahissent les Gaules sous les ordres de leur redoutable chef, Attila, \e fléau de Dieu : un général romain, Aétius, à la tête des Romains et des Germains coalisés. Francs, Burgundions, Wisigoths, Gépides, leur inflige une effroyable défaite dans les champs catalauniques (la déroute commença à Mauriacus, probablement Moirey, près de Troyes') et les contraint à rentrer en Germanie.

Enfin, c'est en l'an 476 qu'un chef barbare, Odoacre, déposa le dernier empereur, Romulus Augustule : avec ce Romulus Augustule, l'empire romain d'Occident s'éteignit, plutôt étouffé et remplacé par les Barbares que vaincu par eux.

< Cf. Paul Âllard dans Revw des quest. hUt., t. XLI, pp. 43-45.

â Orose, VIT, xl (édit. Zangemeisler, t. I®', p. 550;. D'après d'autres témoignages (cf. Jahn, Die Geschichle der Burgund., t. !«', p. 276), des Francs auraient fait partie des envahisseurs. l\ n*y a pas contradiction : il pouvait y avoir des Francs des deux côtés.

s Cf. d'Arbois de Jubainville dans Bibliolhèque de l'Ecole det chartes, 5« série, t. !«', pp. 370-373.

J'arrive à l'invasion pacifique ; je pourrais dire à rinfiltration germanique :

Quelques Germains se mêlèrent de très bonne heure aux armées romaines : César, pendant ses campagnes de Gaule, avait à sa solde une troupe d'élite de six cents Germains qui décidèrent parfois la victoire et qui furent peut-être pour lui d'indispensables auxiliaires*. Octave eut, comme César, des auxiliaires Germains*.

On sait que l'Italie cessa, dans la seconde moitié du i" siècle, de prendre part au recrutement des légions; à partir de ce moment, les provinciaux et les étrangers constituèrent la partie la plus résistante de l'armée romaine. « Quam inops Italia, » s'écriaient déjà Julius Florus et Julius Sacrovir pour encourager les Gaulois à la révolte , « quam imbellis urbana plèbes , nihil « validum in exercitibus, nisi quod extemum'. »

Les empereurs, à l'exemple de César et d'Auguste, confièrent à des Germains la garde de leur personne sacrée : ils eurent des gardes du corps germains*.

Bien des indices nous permettent de penser qu'au iv* siècle une bonne partie de l'armée romaine se compose de Germains ; car les provinces, dès qu'elles le peuvent, rachètent à prix d'or l'impôt du sang'^. Pendant le dernier siècle de la puissance romaine, les plus hautes positions, les plus grands commandements sont donnés à des Germains. Qu'il suffise de citer le franc Mérobaude (sous les empereurs Gratien et Valentinien II ; mis à mort par Maxime); le franc Arbogast (sous les empereurs Gratien, Valentinien II et Eugène; mort en 394); le vandale Stilichon (sous l'empereur Honorius; mort en 408); le suève Ricimer (sous les empereurs Avilus, Majorien, Libius Sévère,

» César, De beUo gallico, VII, 13.

2 Dion, HisL rom,, XLVl, 37 (Cougny, Extraits, t. IV, pp. 352, 333).

» Tacite, Annales, III, 40.

^ Cf. BranDer, Deutsche Recktsgeschichte , t. I•^ p. 37; mon Droit privé, p. 536. Les Germains au service des empereurs sont désignés sous le nom de coUegium Gar^ iMnorum; voyez Zell, Handbuch, t. !<>', pp. 310, 311 ; t. II, n» 1042; Corpus inscript, latin., t. VI, pars ii, 8802, 8805 et suiv.; JuUian, De protecl. et domesticis Augustorum, p. 3 et suiv.

6 Brunner, ibid., p. 39. GelTroy, Rome et les Barbares, p. 358, note 2.

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