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LES GERMAINS. 1S

Anthemius, Olybrins; mort en 472); le goth Aspar (sous les empereurs Valentinien III, Marcien, Léon; mort en 471). On sait enfln qu'un germain d'origine, Magnence (349-353), un franc, Sylvanus (3S5), revêtirent un moment le pourpre impériale.

Tibère (14-37) et Alexandre Sévère (222-238) établirent sur la frontière des Germains auxiliaires , chargés de défendre contre les autres Barbares l'intégrité de l'empire r ces soldats reçurent des terres qu'ils purent transmettre à leurs héritiers, avec la charge de veiller au salut de l'empire. Ces premiers exemples trouvèrent des imitateurs*. Au iv* et au v* siècle, nous rencontrons de toutes parts des colonies militaires, composées de Barbares : ces soldats agriculteurs sont appelés Laeti (nous disons en français Lètes) ou gentiles : il est bien probable que gentiles est la traduction latine du mot Lseti*.

« Les Barbares, dit Zosime, ont élu domicile dans l'empire, « dont la population indigène est tellement réduite, que Ton re- « connaît à peine les lieux où s'élevaient jadis de puissantes « cités'. » « Ces Barbares peuvent dire, comme les premiers « chrétiens, qu'ils ne sont que d'hier, et que déjà ils remplis- « sent non seulement les cadres des légions, les colonies des « vétérans, mais les cités, les écoles, le sénat, le palais*. ï>

Entre les Germains qui le combattent et les Germains qui le servent l'empire étouffe. Son mal se complique de phénomènes

^ Soétooe, Tibère, 9. Cf. Lehuërou, HUi. de» ingt, mérov., p. 44 et Buiv.; Bran- Der, ibid., p. 36 et suiv.; Duruy, Hitt, dei Bomaint, t. VI, p. 513.

* Seeck, Notitia dignit., pp. 216-219. Cf. Lehuërou, ibid., p. 45; Perréciot, De l'état eivU dei personnes et de la condition des terres, t. U^y 1845, p. 321 et suiv.; t. II, p. 1 et Buiv.; Giraad, Ettai sur Vhistoire du droit françait au moyen âge, t. !«', p. 184 et suiv.; Léotard, Essai sur la condition des Barbares établis dans l'empire rotMin au tve siècle, Paris, 1873; Roget de Bellogucl, Ethnogénie gauloise, Intr., !'• partie, 2« édit., Paris, 1812, pp. 408, 409; Schrôder, Lehrbuch der deutschen Rechtsgeschichte, pp. 39, 40 ; Brunner, Deutsche liechtsgeschichte, pp. 35, 36 ; mon Droit privé, pp. 263, 264. On remarquera que je m'absliens de rapprocher LstiAa moderne Levte ; je ne fais pas d'étymologie : il ne semble pas possible que Lasti corresponde à Tallemand moderne Leute; mais il suffit de lire la Notitia dignitatunt poar sentir que Lseli a été rendu dans ce document par genliles.

3 Zosime, IV, 59, édit. Bekker, pp. 245, 246. Cf. Duruy, Hist. des Romains, t. VIT, pp. 200, 201, 439.

^ Ozanam, Etudes germaniques, I, 1847, p. 328.

internes, dont nous devons nous rendre compte, pour arriver à comprendre complètement le grand fait de rétablissement des Germains dans le monde romain occidental et en particulier dans les Gaules. J'ai signalé les affinités de mœurs qui existaient entre les Germains et les Gaulois : pendant la domination romaine, les couches profondes de la population des Gaules, celtique d'origine ou même ibère, n'étaient point arrivées à la pleine civilisation romaine et se sentaient plus attirées vers les Germains barbares que vers les Romains. En outre, la Germanie pouvait servir de levier contre Rome : c'est ce sentiment qui, en l'an 106 avant Jésus-Christ, poussa les habitants de Toulouse à faire cause commune avec les Cimbres contre les Romains*; qui, sous Auguste, après le désastre de Varus, faillit entraîner les Gaulois dans une expédition contre l'Italie combinée avec les Germains'; qui, en l'an 69-71 de notre ère, inspira l'alliance du batave Civilis et du lingon Sabinus'.

Il ne faut pas s'exagérer la force des souvenirs et des traditions d'indépendance qui purent survivre dans la Gaule romanisée; mais il ne faut pas non plus les nier entièrement, nous les indiquerons et nous en rapprocherons certaines alliances germaniques qui sont significatives.

En l'an 234, Alexandre Sévère apparaissait en Gaule : il venait défendre ce pays contre les attaques des Germains. Je ne suis pas sûr que la population gauloise fût alors réunie dans un sentiment unanime de haine et d'hostilité contre les Germains, car une druidesse s'approcha de l'empereur et, l'apostrophant, lui dit en langue gauloise : «Va, ne compte point sur la vic- « toire et ne te fie pas à tes soldats*. » Cette femme voulait-elle

* « "Oti ToXoaaav irpoitpov jxgv ^vcnrov^ov cudxv tgT; Pei>{xaici;, crraaiaaaaav ^i -jrpèç n ràc TÛv Kt{x6p<i>v éXm^aç, û; xat tcù; ^poupcù; ^td^vai » (Dion, 270, al. 90 dans Bekker, t. I^r, p. 86; dans Gros et Boissée, t. II, pp. 96, 98. Cf. Cougny, Extraits, t. IV, p. 221).

> Dion Cassius, LVI, 23 (édit. Gros et Boiasée, t. Il, p. 62, 64; Cougny, Extraits, t. IV, p. 387). Auguste enveloppa dans la même suspicion les Gaulois et les Germains qui Tentouraient. Ajoutez qu'au temps de la guerre des Gaules , Ambiorix eut À sa solde des mercenaires germains (Dion, XL, 31 apud Cougny, Extraits, t. IV, p. 313).

3 Tacite, Hist., IV, 13-18, 25, 26, 32, 54-62, 67, 69.

^Lampride, Alexandre Sévère, 60 : « Mulier druias eunti exclamavit gallico ser-

donner à Tempereur un avertissement utile : ne voulait-elle pas plutôt l'effrayer par une prophétie sinistre? En ce cas, cet incident nous laisserait entrevoir les sentiments d'une partie de la population gauloise qui compterait sur la défaite de l'empereur et qui rappellerait de ses vœux.

Un peu plus tard , pendant cette période confuse et horriblement troublée qu'on appelle la période des trente tyrans, la Gaule eut, comme chacun le sait, ses empereurs et son sénat gallo-romain : ce serait une grande erreur assurément de considérer cet empire romain des Gaules comme un empire gaulois et d'apercevoir purement et simplement à cette date des Gaulois qui, pendant quelques années, se retrouvent eux-mêmes et sont rendus à la liberté; rien de plus faux qu'une pareille conception : elle est loin de ma pensée.

« L'empire fondé par Posthume et destiné à durer quatorze « ans (258?-273), eut, au contraire, pour lien l'amour de la ci- « vilisation romaine. » C'est la nécessité de défendre l'Occident contre la barbarie germaine qui porta les soldats et le peuple à transformer en Auguste, en empereur, Posthume, « président « des Gaules et chef de la frontière du Rhin. » On vit alors se former une véritable confédération occidentale avec ce vaillant empereur pour chef : cette confédération réunit la Bretagne et l'Espagne sous l'hégémonie des Gaules.

Mais, dans cette Gaule devenue un moment le siège d'un empire romain occidental,^ « l'élément celtique s'était marié à l'élé- « ment romain , sans se laisser absorber tout entier * » : aussi cette période nous offre-t-elle quelques symptômes, quelques indices qui sentent bien l'esprit gaulois, les mœurs gauloises. Le personnage qui émerge avec éclat en ces temps obscurs est Ja fameuse Aurélia Victorina, cette Augusta des Gaules, cette Zénobie de l'Occident, qui était, à elle seule, une grande force

« Done: vadas nec victoriam speres; Dec te militi tuo credas » (Hitt. Augusta, pars tertia, Lagd. BaUv., 1632, p. 388. Hitt. Aug., t. II, Paris, PaDckoucke, p. 220).

Il De serait pas rigoureusement impossible de voir dans cette druidesse une femme dévouée qui veot sauver Tempereur do complot qui le menace , en lui donnant Téveil.

^ Paul AUard , L'empire et l'Eglise pendant le règne de GaUien dans Revue des qvesL kisl., t. XLI, pp. 69-71.

militaire et que les soldats, conduits par elle à la victoire, appelaient la mère des armées, mater castrorum : nous pourrions rappeler la mère des empereurs, car elle les faisait; c'est par elle que régnèrent, après Victorinus, Marins (267) et les deux Tétricus (268-273). L'histoire romaine ne connaît rien d'analogue à cette glorieuse Victorina, tandis que nous retrouvons en Bretagne et en Galles, pays celtiques, des femmes qui commandent et dirigent des armées*. On peut se demander si les nations gauloises ne crurent pas retrouver en Victorina une de ces femmes divines « auxquelles leurs pères avaient obéi jadis, « qui lisaient dans l'avenir et savaient enchaîner les tempêtes*. »

La numismatique vient confirmer ces vues : n'est-il pas curieux d'observer que la répétition fréquente du Mercure gaulois sur les monnaies impériales se produisit précisément à l'époque où l'on vit surgir cet empire gallo-romain, « au moment où l'on (( allait réunir la plus grande partie des populations celtiques « sous une même autorité dans la préfecture des Gaules' ? » Je parle du Mercure gaulois : c'est qu'en effet la Gaule gardait quelque mémoire du passé : ses dieux ne s'étaient pas complètement identifiés avec les divinités du Panthéon officiel; « sur plus « d'un point du territoire, les vieilles religions celtiques subsiste taient, et, dans l'ombre des sanctuaires, d'étranges figures « mêlaient leurs formes monstrueuses aux lignes élégantes des « dieux enfantés par l'art de la Grèce et de Rome *. »

L'empire fondé par Posthume eut, je l'ai dit, pour lien le besoin de défendre la civilisation romaine contre les Germains : ce n'est pas à dire que le courant contraire , que les intérêts contraires qui entraînaient souvent vers les Germains une partie de la population gallo-romaine, ne se révèlent aussi à nous, à peu près en ce même temps. En effet, non seulement on vit Posthume, le glorieux vainqueur des Germains, combattre l'Auguste

1 Cf. Loth, L'émigration bretonne en Ârmorique, pp. 125, 126.

2 Àm. Thierry, HitL de la Gaule sous Vadministration romaine, 1842, t. II, pp. 373* 386. Cf. PompoDiuB Mêla, III, 6 (édit. Panckoucke, 1843, p. 170).

3 Monceaux dans Revue kist., t. XXXV, p. 243. Cf. de Witte , Rechorchêt iur les empereurs qui ont régné dans les Gaules au nfi siècle, 1868, in-4<>.

i Paul Allard dans Revue des quesl. hisl., t. XLI, p. 71.

^nréolus avec des auxiliaires fraDCS*, mais, quelques années plus lard , un empereur éphémère, proclamé à Lyon , Proculus, xié dans la province des Alpes-Maritimes , put se dire d'origine ïranque et se faire fort de Tappui des Francs. (Il fut d'ailleurs trahi par les Barbares dont la conduite paraît ici très louche à l'historien FI. Vopiscus)'.

Au iv* siècle, un germain d'origine, Magnence, fut proclamé empereur, à Autun : toutes les forces militaires de Magnence se composaient de Gaulois et de Germains, ces derniers attirés par leur communauté d'origine avec l'usurpateur*.

C'est encore en Gaule * qu'après Magnence le franc Sylvanus usurpa l'empire et régna quelques jours.

 la fin du même siècle, en 399, un empereur nous apprend que les principales et les defensores des cités dépassent les instructions officielles pour la remise aux Barbares de terres qui prendront le nom de terres léHques et sont plus généreux qu'il ne faudrait. Ces dons excessifs sont révoqués. Ainsi les empereurs apercevaient clairement un danger dans ces alliances, dans ces rapprochements amicaux' entre Provinciaux et Barbares ; ils s'efTrayèrent notamment des mariages qui , à un moment

> Trebellias PoUio daDS D. Bouquet, t. I«r, p. 538 d. Cf. Paul AUard dans /tiVM du giMsI. hUt,, t. XLI, p. 76.

^ Flavius Vopiscos , Proculut apud ^EHut Spartianut (et alli) , édit. Boxhorn Zaerius, 1632, pp. 717-719 {HitlorUB Augutl» script., pars terlia).

' A la vérité, Tempereur Julien écrit que les Gaulois ne suivaient Magnence que eoQtraints et forcés. Voici les textes :

' X*^?^ 'i^C ffXoÛT^ xal tuav^piav, xai à^tX^oT; roi; 9oT; arpa-rtcÂra^ xoraXc^ai tcok- ■ Xw; mL^ayicrtm , W).o< ^i tw TUpawto Pia xai cô ')fvw|JUT(i irAv^mtut ouvKrrpftT&ûovro* " V(oXou6ouv ^i aÙTÛ xank tô Çui^tvc; Çûu.uax,oi irpo6u{ioTaTGi «^pay^ot xal SaÇovt; » (ialieo, premier panég. de Constance dans Julien, édit. Hertlein, Lipsi», Teubner, 1875, t 1", p. 43).

■ Tc^Tikiv ^T) rtn iOvûv t^xvaornoa; eux cXattov i7Xf«ftc; tîî; oixoôtv aOrci» Çuvticojuwic " 0TpaTtâ{, piâXXov ^t TÔ [LV* «i>; oîxilov itmTO koXu xoù aÙ7o> Ç6{MpuXov, to ^î Tipiitpov » (Second panég., ibid., p. 71). Cf. Duruy, Hitt. det Romains, t. VII, pp. 224, 225,

^ Plus exactement à Cologne. Cf. Talbot, Œuvres de Julien, p. 84; Lehuërou, Bist, des instit. vUrov., pp. 159-162; GeCfroy, Rome et les Barbares, p. 365; Duruy, Oid., p. 238.

> Code de Théodose, XIII, xi, De censit,, 10. Conf. Code de Théodose, VII, i, De re tûlitari, 1.

164 LIVRB II. PERIODE QÂLLO-ROMAINE.

donné, se contractaient probablement en grand nombre entre Barbares et Provinciaux, et ils interdirent ces unions sous peine de mort*. L'énormité de la peine révèle la grandeur du péril.

Un peu plus tard, lors des dernières et définitives invasions, nous retrouverons des traces bien frappantes de ces courants de sympathie entre Gallo-Romains et Germains.

Au reste, ce ne sont pas seulement les Gallo-Romains qui jettent, à Toccasion, un regard ami et comme un appel à ces Barbares, ceinture vivante et mouvante de l'empire. Dès le milieu du m"* siècle, en 249, ou peut-être en 260, un évêque chrétien, qui semble n'avoir rien de commun avec la Gaule, Commodien, auteur de poésies religieuses destinées au peuple, montre une véritable sympathie pour les Barbares qui envahissent Tempire', tandis qu'il a de sourdes colères contre Rome, cette puissance odieuse qui persécute les chrétiens, les saints : il trouve un vers vengeur pour annoncer, deux siècles à l'avance, la chute de Torgueilleuse dominatrice :

« Luget in sternum quœ se jactabat seternam ^. »

« Ces sentiments violents, écrit M. Boissier, ne devaient pas « être ceux des personnes éclairées et des classes riches, qui « ne pouvaient guère imaginer qu'on pût vivre en dehors delà « civilisation romaine; on ne les comprend que chez les gens du « peuple étrangers à tous les raffinements de cette civilisation « el qui prenaient plus aisément leur parli de la voir dispa- « raître*. »

* Code de Thiodose, III, xiv, De nupUit gentilium, i. Il est curieux de retrouTer cette loi dans le code promulgué par les Wisigotbs vainqueurs pour leurs sujets romaÎDs; c'est un fait de survivance bien curieux : un peu plus tard, la loi barbare des Wisigolbs permit ces mariages avec Tautorisation du comte. Cf. Lex rom» Vitig., édit. Haenel, pp. 92, 93; Lex Witig., III, i, 2; de Savigny, HisL du droit romain ou moyen âge, trad. Guenoux, t. II, 1830, p. 62.

3 Commodien, Carmen apohg., vers 810-820. Je remarque notamment ces deux Ten :

« Hl tamen gentlles pascunt chrlstianos ubique, » « Quos magls ut fratres requlrunt gaudio plent »

> Ibid., vers 923 (édit. Bern. Dombart, publiée par TAcadémie de Vienne, 1887, p. 175).

G. Boissier, Commodien dans Mélanges Henier, p. 46. On a quelquefois invoqué

LES BÀGÀUDB8. 165

Non seulement ils en prenaient lear parti , mais ils y travaillaient , au besoin , le fer à la main , car ils ne se contentaient pas toujours de ces aspirations chrétiennes et poétiques vers un avenir réparateur : le besoin d'échapper à l'oppression, à des impôts accablants, se traduisait alors par une véritable déclaration de guerre à la société. Telle fut en Gaule , à la Sn du iir siècle, l'attitude des Bagaudes^ dont je dois ici dire quelques mots.

Pendant les incursions des Âlamans et des Francs, pendant les guerres et les désordres qui signalèrent la douloureuse période dite des trente tyrans, les souffrances des classes inférieures s'étaient singulièrement accrues dans les Gaules. En outre, un fait considérable qui appartient à Tordre économique vint probablement déterminer une crise aiguë, je veux parler de la dépréciation des monnaies. La monnaie d'or, qui avait pris déjà une très grande importance sous Néron et Vespasien , circula en masse, pendant les deux premiers siècles de l'ère chrétienne, mais devint rare au ni* siècle. Qaant à la monnaie d'argent, elle fut progressivement altérée depuis Néron : à la Gn du H* siècle , ce n'était plus qu'un vrai billon dans lequel le cuivre entrait au moins pour la moitié. L'altération des monnaies d'argent atteignit, au ni* siècle, ses dernières limites. « Le système

on texte de TertulUen pour prouver la prospérité de l'empire et le bonheur général dans la première moitié du iii« siècle. Voici ce texte : « Certe quidem ipse orbis in t prompta est, cultior de die et iostructior pristino. Omnia jam pervia, omnia nota, t oouiia Degotioaa; solitadines famosas rétro fundi anKenissimi obliteraverunt; sylc W9M anra domaernnt; feras pecora fugarerunt; areniB seruntur, sana panguntur, « palades eliquantur; tantiB urbes jam quant» non cass quondam. Jam nec insulse t horrent, nec scopali terrent; ubiqoe domas, ubique TÎta » (TertuUien, Liber de ÊtdwM, c. XXX daos Migne, Patrol. UL, t. H, p. 100). Ce morceau est sans portée pour la thèse à laquelle on le fait servir, ear Tauteur, comme le prouve le contexte , compare Tétat actuel du monde à Tétat primitif, au temps où Vorbis reçut ses premiers habitants. Ce tableau de la vie répandue sur la terre est toujours saisissant et Tfii, comparé, comme le fait TertuUien, à la désolation d*nn monde inhabité. Au reste, un pea plus loin, dans le même chapitre, TertuUien fait intervenir lues et famm ei beUa el voragines ewitalum.

^ L*auteur de la Declamalio XIII, attribuée à Quintilien , semble déjà les annoncer (Declamalio XIII, Apes pauperU, il). On a attribué cette déclamation à un empereur des Gaules, Posthume flls; ce qui lui doonell'ait pour nous une valeur toute spéciale : tel n'est pas l'avis de Ritter, Die QuintU. Declamationen , Freiburg, 1881, pp. 212, 213, 265-268.

« monétaire romain , depuis l'époque de Gallien (253-268) jus- « qu'au milieu du règne de Dioclétien (284-305), peut être con- « sidéré comme une banqueroute en permanence. La monnaie « qui servit à consommer cette banqueroute fut Vantoninianm, « que Ton pourrait appeler l'assignat de cette époque. On en « fabriquait des masses considérables pour parer aux embarras « du trésor. » Ces monnaies, qui méritent la qualiGcation de fiduciaires, avaient, comme l'assignat, cours forcé*.

Il est impossible que l'assignat et le cours forcé, bientôt suivis d'une loi du maximum (301), n'aient pas produit, au m* siècle, les mêmes effets qu'au xvni*. Le commerce s'efforça de résister à ces mesures ruineuses et haussa forcément ses prix pour les mettre en rapport avec la valeur réelle des monnaies, mais une foule de petites gens subirent toute la rigueur du cours forcé : leurs salaires ne s'élevèrent pas dans la même proportion que os denrées et, par suite, une misère effroyable s'abattit sur le peuple*. J'estime que cette crise monétaire fut une des causes de la révolte des Bagaudes qui dévastèrent les Gaules en 285- 286'.

Les Bagaudes, écrasés au m* siècle par Maximien Hercule, reparurent au v" siècle dans les Gaules et en Espagne*.

Ainsi, les populations épuisées courent aux résolutions qu'inspire le désespoir et, par masses formidables, se coalisent pour

1 Mommsen, Hitt, de la monnaie romaine, trad. de Blacas et de Witte, t. lU, pp. 29-45, 85, 88, 122, 123, 147. Cf. Mommsen, Obiervat. epigr. dans Ephemerû epigraphica, t. V, 1884, pp. 643, 644; Wez, Métrol. grecque et romaine, Irad. Mooet et Goelzer, Paris, 1886, pp. 107-112.

s Voyez le préambule de Tédit du maximum de Dioclétien dans Waddington, EdU de Dioclétien établittant le maximum dans l'empire romain, pp. 5, 6.

Dioclétien fit frapper le premier des monnaies d'argent pur : il donna le signal du rétablissement des monnaies.

s Aurelius Victor, De Cmtaribus, 39 dans Aurelius Victor, édit. Dubois, p. 282. Cf. de Pétigny, Etudet iur Vépoque mérovingienne, t. I*', p. 199 et suiv. Les révoltés Gaulois qui assiégèrent et prirent Autun en 269 (Eumène (?), Gratiarum actio, 4 dans D. Bouquet, t. I«s p. 718; dans BœhreDs, Panegyrici latini, Lipsias, 1874, pp. 182, 183), sont quelquefois appelés Bagaudes par les historiens modernes qui peuvent bien être dans le vrai.

^ Prosper Tiro dans Migne, Patrôl. lat., t. LI, col. 863, 864. Idace, Chronique, ch. II, §§ 17, 25 dans Patrol. lat., t. Ll, col. 881, 882. Salvien, De gubem. Dei, V, 5, 6.

délraire : elles vont bieolôt saisir le levier terrible qui les aidera à renverser l'échafabdage écrasant d'une administration centralisée et dévorante, à briser Tunité délétère de la puissance romaine : et ce levier sera la Barbarie. C'est elle qui rompra le faisceau des armes romaines, faisceau qui déjà tend de luimême à se disjoindre, ainsi que je Tai montré, sous la poussée des forces naturelles; c'est elle qui rendra à une existence distincte, mais non pas isolée, à une activité féconde, l'Italie, l'Espagne, la Gaule et la Grande-Bretagne; c'est elle enQn qui supprimera l'empire et l'empereur', qui brisera et simplifiera l'administration romaine, multiple et compliquée comme tous les organismes vieillis. Ce grand résultat n'eût pas été atteint, si un seul peuple conquérant puissamment organisé eût, au v* siècle, triomphé des Romains. On eût vu alors une domination se substituer à une domination , un empire à un empire : l'unité n'eût pas été brisée, elle eût été consolidée.

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