LES BRETONS
dans laquelle on a pu quelquefois comprendre la seconde et la troisième Lyonnaise*, la Sénonaise, la première et la seconde Aquitaine.
Deux faits se produisirent dans TArmorique : un soulèvement général dans le tractus Armoricanus ; une invasion qui, sans être tout à fait spéciale à la Péninsule', l'affecta plus particulièrement, rinvasion bretonne.
Le soulèvement : Ce sont probablement quelques Bretons en bonnes relations avec les Armoricains qui , avant la période de l'invasion proprement dite, apprirent aux continentaux qu'une révolution avait changé la face de la Bretagne insulaire : dans l'île, racontèrent-ils, le peuple vient de se soulever et il a chassé les magistrats romains. Que Brent , à cette nouvelle , les Armoricains? En l'an 408, à l'exemple des Bretons insulaires, ils prirent , eux aussi , les armes et chassèrent les magistrats romains qui ne pouvaient pas les défendre (des Barbares) et ne savaient que les pressurer*. Depuis lors, l'Armorique, c'est-àdire une bonne partie de la Gaule centrale et occidentale passa par des alternatives de soumission et d'indépendance qui ont été, aussi nettement que possible, datées par M. Loth*.
L'invasion : Depuis le milieu du v' siècle, des réfugiés bretons chassés de l'île par le flot de l'invasion anglo-saxonne affluèrent dans la Péninsule. Cette invasion bretonne offre, avec les invasions wisigolhique et burgonde , certaines analogies très remarquables ; mais elle est aussi , sous certains aspects , singulièrement originale.
L'analogie la plus frappante ne semble pas avoir été signalée. Ermoldus Nigellus nous apprend que les terres furent mises en
^ La Péo'msule armoricaine (Bretagne actuelle) était comprise dans la troisième LTOonaise, métropole Toars. Cf. Lolh, De vocit armoricx usque ad textumpost Christum nalum sxcukim forma atque signi/icaiwne , Redonibus, 1883.
s « Une fraction des émigrés poussa jusque sur les côtes d'Espagne et s'établit en Galice » (Loth, L'émigration brelonne en Armorigue, p. 176).
A lire : Deloche dans Mimoirei des Savants étrangers, 2« série , Antiquités de la France, t. IV, 2« partie, 1863, p. 330 et suiv.
3 Zosime, VI, 5. Cf. VI, 10. Rapprochez Procope, Do bello goihico, I, 12 (édit. Dindorf, t. II, pp. 63, 64).
^ Loth, L'émigralion bretonne en Armorique, pp. 23, 47, 72, 74.
commun; c'est, du moins, ce qui paraît résulter de ce vewrs latin :
Mox spatiare licet et colère arva simuU.
Toutefois, le même auteur semble indiquer que ces concessions de terre furent faites moyennant un cens (trtbutum, cermsusy. Un peu plus loin, Ermoldus appelle hospites les indigènes qui ont reçu chez eux les Bretons.
On entend bien ces mots et on en saisit toute la valeur, quand on est déjà au courant du partage des terres entre Wisigoths ou Burgondes et Gallo-Romains ; et c'est ce qui m'a déterminé à ne parler du mouvement armoricain et de l'invasion bretonne qu'en troisième lieu.
L'analogie est bien frappante aussi, quant aux sentiments mutuels des Gallo-Romains et des Bretons, pendant la première période de l'invasion , c'est-à-dire aux temps de la domination romaine. On s'accueille en amis, en frères. Que dis-je? Les arrivants d'outre-mer sont des héros religieux, de pieux personnages qui laissent après eux une renommée presque impérissable de vertu* de science, de bonté, de sainteté : Armoricains et Bretons, qui aujourd'hui ne font plus qu'un, les vénèrent encore.
« Les saints émigrants étaient, en général, accompagnés de « troupes nombreuses , et M. de La Borderie a pu poser en prince cipe, qu'avec chaque saint insulaire un flot d'émigrants atteint « les rivages de la Péninsule'. »
Ces troupes me rappellent les temps druidiques : il me semble apercevoir des filé et des druides, suivis de leurs compagnons et de leurs disciples. Les uns et les autres sont convertis d'hier et prêchent maintenant Jésus-Christ et l'Evangile. Les croyances ont changé; mais les vieux groupements celtiques n'ont pas été rompus : et ce sont ces troupes pieuses d'origine celtique mais devenues chrétiennes qui viennent édifier les Armoricains et dé-
* Ermoldus Nigellufl , liv. III, vers 20 (PerU, Script., t. II, p. 490).
* Uq contrat de ce geore paraît visé dans la Loi des Burgondiont, tit. 79 (Pertz, Leges, t. I I, p. 566).
3 Lolh, ibid., p. 166.