LE MAIRE DU PALAIS
de prêter le serment de ne pas inquiéter les grands dans la possession de leurs dignités et de leurs honneurs ^ Flaochat ne fit que passer ; il n'eut pas de successeur immédiat en Burgondie. On sait quelle violente réattion aristocratique, à la tête de laquelle figurait saint Léger, évêque d'Autun, souleva le mairat du fameux Ebroïn en Neustrie et en Burgondie (657- 670; 673-681). Lorsqu'Ebroïn eut succombé dans sa première lutte contre saint Léger (670), Taristocratie exigea de Childéric II , déjà roi d'Austrasie, devenu roi de Neustrie et de Burgondie , la promesse de ne pas rétablir la mairie viagère et de laisser les grands exercer à tour de rôle les fonctions de maire*. Je note cet incident parce qu'il révèle les sentiments secrets et les jalousies de l'aristocratie; bien entendu, le développement de l'institution ne se rattache pas à cette promesse royale qui marque seulement une des phases de la lutte.
Si les grands luttaient soit contre le mairat, soit pour un mairat qui fût vraiment à eux, le maire, à son tour, luttait pour lui et pour sa famille; il tendait sans cesse et à augmenter l'importance de ses fonctions et à faire de sa charge un office héréditaire; c'est ainsi que Waratte, maire de Neustrie après Ebroïn, eut pour successeur Bertaire, son gendre, qui réussit à se faire élire '. Ce Bertaire est celui sous le mairat duquel la Neustrie succomba à la bataille de Tertry (687).
^ Prédégaire, 89, dans D. Bouquet, t. II, p. 447. Cf. Dareste, Hitt. d$ France, t. l«r, p. 291; Waitz, DeuUche Verfattungsgetchichle , II, 2, p. 401.
* « loterea HiLderico regi expetaot uoiversi , ut talia daret décréta per tria qus « obtiDuerat régna, ut uniuscujusqae patrie legem vel consuetudinem observaret, a sicut antiqui judices conservavere, et ne de una provincia rectores in aliam introi- « rent; neque uUus ad instar Hebroini tyrannidem assumeret, et postmodum sicut « ille conlubernales suos despiceret; sed dum mutua sibi succeasione culminis haa bere cognoscerent , nuUus se alii anteferre auderet» {Vita <. Leodeg., 4, apudD. Bouquet, t. II, p. 613). Cf. Perroud, Det originet du premier duché d'Aquitaine, p. 90 (M. Perroud me paraît avoir fort bien compris ce passage difficile. D. Cbamard Tentend tout autrement. Revue det queU. hitt., !«>; janvier 1884, p. 19); Friedrich, Zur Getchichte des Hausmeiert Ebruin, dans SUzungtberichte derphU... und hitt. Clatte der Akademie der VVissenschaften zu Mûnchen, 1887, liv. 1, p. 41 et soiv.
3 Frédégaire, Contin,, 99. Getta regum Francorum, 47, 48 (D. Bouquet, t. II, pp. 452, 570). Cf. Wailz, II, 2, p. 412; Lehuëron, p. 282.
11 peut être utile de citer ici quelques textes relatifs à Télection des maires du palais : « Quo defuncto, Franci in diversa tendentes, vacillabant et Berecharium
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A ce moment, la charge de maire du palais était devenue , en Neustrie comme en Austrasie, une sorte de royauté : les fonctionnaires dépendaient du maire du palais; il accordait les grâces et les honneurs ; le roi plaçait expressément sous la protection spéciale de ce fonctionnaire ceux qu'il prenait sous sa sauvegarde. En Austrasie, on avait vu les maires, Pépin de Landen * et Grimoald* (642-656), présider a la place du prince, le tribunal royal et rendre des jugements. Ce Grimoald , devançant d'un siècle Pépin le Bref, avait essayé, dès l'an 656, de placer la couronne sur la tête de son propre fils. De son côté, en Neustrie, Ebroïn avait déjà mis son nom sur les monnaies. Le maire du palais pouvait donc, en toute vérité, se qualifier prince des Francs; on l'appelait aussi subregulus*. Le roi mérovingien s'efiFaçait complètement derrière ce premier ministre; comme le roi des temps modernes, il régnait, mais ne gouvernait plus.
La famille carolingienne. — Telle était la situation relative du roi et du maire du palais, lorsque, par suite de la bataille de Tertry (et non Testry) , la suprématie fut assurée à l'Aus-
« quemdam statara pusillum sapientia ignobilem , consilio iautilem, majorem domas « palatii oberrantes statuerunt » {Fragmentum auctorit vncerti, année 681, dans D. Bouquet, t. II, p. 693). « Pipioo mortuo, Franci Haginfredum in priocipalam majo- « rem palatii elegerunt » {Fragmentum incerti auctorit, année 115, ibid., p. 693). Voyez les textes réunis par Waitz, DeuUche Verfastungsgeschichte, II, 2, p. 98, note 4 (3« édit.). M. Fustel de Coulanges a présenté sur Télection des maires du palais quelques observations remarquables, mais qui doivent être lues avec précaution.
1 Je garde ces dénominations : Pépin dt Landen, Pépin d'Hérittal; elles sont commodes et claires à cause du long usage; je les préfère à : « der altère Pippin, n « der mittlere Pippin ; » mais je m*empresse d*ajouter qu'elles n*ont aucune valeur historique. Voyez aussi Bonnel, Die Anfànge des karol. Hauses, Berlin, 1866, pp. 52-70.
3 Cf. Vita beau Pippini ducii, dans D. Bouquet, t. Il, p. 603; acte cité par Waitz, dans Deuttche Verfastungsgeschichle , II, 2, 3« édit., p. 399, note 7.
3 Cf. Waitz, ibid., pp. 398-400; Darestc, HUl. de France, t. I»', p. 299.
Voici un incident curieux de l'an 710 qui mérite d'être relaté : l'abbaye de Saint- Denis était en lutte avec le représentant du maire du palais (en même temps comte de Paris); elle obtint de Cbildebert 111 un jugement favorable; mais il est expliqué que le maire du palais a lui-même reconnu le bien-fondé de la demande de l'abbaye : « Syc asenciente ipso viro Grimoaldo, majorem domus nostri, eciaro et alii « pluris nostri fidelis visi fuerunt decrevissi vel judicasse, etc. » (Diplôme de Chiidebert III, dans R. de Lasteyrie, CartuL général de Parie, t. !•», p. 23, t» 16).