Préliminaires historiques, — La Gaule ethnographique
Lorsque Rome, tombée entre les mains des Gaulois, dat payer sa rançon, le chef barbare, Brennus*, jeta aux Romains terrassés ce cri terrible : « Malheur aux vaincus'! » A ce « v© victis, » proféré dans tous les temps par tous les victorieux , Thistoire apporte une implacable et invariable réponse : « Malheur aux vainqueurs! » Les annales de la grande nation gauloise nous offrent un frappant exemple de cette constante vicissitude , de cette lente et certaine justice.
Les Celtes ou Gaulois ont eu pendant des siècles la victoire pour compagne inséparable : ils ont fondé, vers le v* siècle avant
< Rien n^aotorise rinnovalion des modernes qui font de Brennut un nom eomman a^fiint rot. Brennut est le même mot que Tirlandais Brian, nom d*un diea irlandus et aossi nom d*homme. Un Bordelais a porté le nom de Brennot conservé par ane inscription. Cf. d'Ârbois de Jabainville, Le cycle mythologique irlandais et la mythologie celtique, Paris, 1884, pp. 147-149; JuUian, Intcript. rom, de Bordeaux, t. !•', 0* 216; Loth, De l'importance des études de linguistique celtique, au point de vue Hst., dans Annales de Bretagne, 188Ô, pp. 83, 84.
« rilc-Lire , V, 48.
Jésus-Christ, un empire qui « s'étendait de la Thrace à l'Océan « Atlantique, comprenait la plus grande partie de l'Espagne, une ce grande partie de la Gaule au nord des Cévennes et du bassin « du Rhône, une portion considérable, sinon la totalité de la (( Germanie, le bassin du Danube, sauf sa portion, la plus orien- « taie et presque toute l'Italie du Nord*. »
Ce grand empire, vraisemblablement unitaire et monarchique*, fut dissous vers Tan 300 avant Jésus-Christ et se fractionna en un certain nombre d'états indépendants; mais l'affaissement générale des forces gauloises ne se fît pas sentir immédiatement; c'est au cours du m"* siècle que les Gaulois poussèrent leurs incursions jusqu'à Delphes (278) et s'établirent en Asie-Mineure.
Décadence de la puissance gauloise. — Suivons maintenant la série des revers et les infidélités de la fortune, non moins constantes que ses faveurs : la Gaule Cisalpine, attaquée en l'an 283 avant notre ère, fut entièrement soumise par les Romains, en l'an 191 ; en Espagne, l'hégémonie passa des Gaulois aux Carthaginois dans le cours du iii' siècle, puis aux Romains, lors de la seconde guerre Punique de 218 à 206; la Gaule Transalpine fut attaquée par les Romains, au ii* siècle avant Jésus-Christ; elle devint, en l'an 51, entièrement romaine par le triomphe de César. Les pays celtiques situés sur la rive droite du Danube furent conquis par Auguste. Dans le siècle suivant, la domination romaine s'étendit sur la majeure partie de la Grande-Bretagne'.
f Voyez d^Arboîs de Jubainville dans Hexiue hist.y t. XXX, janvier-février 1886, pp. 3-7, 34.
* Tite-Live, V, 34 : « Cellarum quse pars Galiiœ tertia est, pênes Biluriges summa « imperii fuit : ii regem Celtico dabant. Ambîgatus is fuit. » Ce texte est d'origine grecque. Les mots Celta et Cellicum doivent être entendus dans le sens du grec KeXToç et KfiXTucii. La Celtique des Grecs s*étend de l'Océan à la mer Noire. Les Celtes sont le peuple qui habite cette région. Les mots qusB Galli» pars tertia est sont une glose romaine empruntée aux Commentaires de César. Cette addition au texte primitif donne lieu à un contre-sens (d'Arbois de Jubainville).
> Sur cette question du grand empire gaulois j*adopte les vues nouvelles (à mes yeux, fortement motivées) de M. d'Arbois de Jubainville. Je suis également M. d*Arbois de Jubainville et la majorité des spécialistes en assimilant les Celtes et les Gaulois; mais on les a distingués, et quelques savants, parmi lesquels M. Al. Bertrand et M. GlassoQ, les distinguent encore.