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LES PRIMATS

lions de Tarchevéque de Reims, Gt prendre rang au nouveau primat. Il règne quelque incertitude sur le résultat final. Après Anségise dont l'adversaire le plus redoutable avait été l'illustre Hincmar de Reims ^, on trouve, à la fin du x* siècle, deux autres archevêques de Sens, légats et vicaires apostoliques. Sens, d'ailleurs, n'a point manqué de revendiquer, depuis Anségise, une primatie perpétuelle et attachée au siège lui-même.

Bourges a été le siège d'une primatie dite primatie d'Aquitaine qui s'étendait sur les sièges de Bordeaux, Auch, Narbonne. L'origine de la suprématie de Bourges est incertaine : on suppose qu'elle s'est constituée pendant la seconde moitié du ix*^ siècle*.

Grégoire VII accorda au siège de Lyon la suprématie sur les métropoles de Sens, Tours et Rouen*. Le privilège du pape paraît confirmer un ancien état de choses bien plutôt que créer une situation nouvelle; on possède, en eOet, des textes bien antérieurs à Grégoire VII, qui semblent considérer Lyon comme la capitale de toutes les églises de France. Un concile tenu en 894 appelle l'archevêque de Lyon, primat de toutes les Gaules. Un concile de Mâcon de Tan S85 donne même le titre de patriarche à l'archevêque de Lyon *.

Si je laisse de côté saint Boniface et sa mission, je crois constater que ces vicariats et primaties occidentales répondent à

1 Ânnalei de Saint-Berlin, édit. Dehaisnes, pp, 244, 245, 248. JafTé-WaUenbach ^ n« 3032 (2260). Cf. Dummler, Getchichte det oslfrànkischen Reickt, t. !•', 1862, p. 837.

s Cf. Hist. générale de Languedoc, nouv. édit.» t. Il, 1876, p. 323 et suiy., note 88.

» Liv. VI, ep. 34, 35 (Jaffé, Monumenta Gregoriana, pp. 370-374).

^ Cf. Thomassin, édit. André, t. !•', pp. 162-192; Hinschius, Kirchenrecht , 1. 1*'» p. 597 et suiv. Pour la primatie de Metz, ajoutez un texte fort intéressant de 851 (Jaffé-Wattenbach , n« 2607). Au xii« siècle, Pierre le vénérable, abbé de Cluny, donne de nouveau à l'archevêque de Lyon ce titre de patriarche.

Aq z* siècle, l'archevêque de Trêves a reçu le titre de vicaire da Siège Apostolique en Germanie et en Qaule. Faut-il voir dans ce titre une intention de dominatioD sur la France ou bien prendre le mot GalUa en un sens restreint et spécial qu'il paraît avoir reçu quelquefois an x« siècle {Gallia aurait désigné les évêcbés de Mayence, Trêves et Cologne)? L'archevêque de Trêves avait déjà le titre de primat an ix« siècle ; les titres analogues de Mayence se rattachent à saint Boniface. Voyez Giesebrecht, Geschichte der deuischen Kai$erzeit, t. I«r, 4« édit., 1873, p. 880; Gallia chrisHana, t. XIII, col. 399; Hinschius, Das Kirchenrechl, t. I», pp. 607-610; Wauters, Table chronologique, t. le»*, p. 383; Jaffé-Wattenbach, n« 3784.

346 LIVRE m. PÉRIODE FRANQUE.

une pensée politique ou rappellent un souvenir historique. Au v" siècle, la préfecture des Gaules a pour capitale Arles; le vicariat des Gaules est déféré à l'évêque d'Arles. En 844, Lothaire est empereur : il a besoin de donner à un empire sans cohésion un centre, un point d'appui; la primatie des Gaules et de Germanie est essayée à Metz; elle sera, d'ailleurs, aussi faible que l'empire de Lothaire. En 876, Charles le Chauve est couronné empereur à Rome; mais la Germanie lui échappe; il essaye de ressaisir l'unité de l'empire, en constituant à Sens un primat des Gaules et de Germanie.

La primatie de Bourges ne s'explique-t-elle pas , de son côté , par le désir de rattacher à la France l'Aquitaine trop indépendante?

Le vicariat d'Arles avait disparu, lorsqu'on le ressuscita en 878. A ce moment, le puissant comte de Vienne, Boson, allié très intime du pape, et, si je comprends bien les textes, son filleul, se préparait à prendre le titre de roi qu'une assemblée ecclésiastique lui décerna en 879 *. Le vicariat de 878 est un des travaux d'approche de cette politique ambitieuse.

Enfin il me sera peut-être permis de rapprocher la primatie de Lyon du rôle joué autrefois par cette grande cité, véritable capitale politique et religieuse de la Gaule Romaine.

L'imbroglio de toutes ces primaties, imbroglio qu'augmentent sensiblement encore et les érections postérieures et les prétentions frauduleuses dont nous dirons tout à l'heure un mot, n'a pas besoin d'être longuement marqué.

Un ornement de laine appelé pallium^ (le pallium est une bande de laine blanche ornée de plusieurs croix de laine noire)

1 Cf. Jaffé-Wattenbach, 0°» 3146, 3148, 3149, 3205, 3208, 3146, 3251; D. Bouquet, t. IX, pp. 304, 305; Dûmmler, Geschichie des osifrànkischen Reiches, t. III, 1888, p. 123 et suiv.; Fauché-Pruoelle, Essai sur les anciennes inslitulions des Âlpes-CotiienneS' Briançonnaises , t. II, p. 333, note. L^expressioa /ils adoptif désigne souvent le filleul : « per lavacrum regenerationis filium adoptavit in Chrislo » {Hist. générale de Languedoc, t. Il, nouv. édit., p. 273, note 2). Je conjecture que Boson s*était entendu avec le pape pour arriver à Tempire. Il ne réalisa qu'une partie de son plan.

« Cf. saint Boniface, Ep. 48, 49, apud Jafifé, Bibi, III, pp. 132, 135; Smith et Cheetham, A dicl. of Christian antiquities, liv. 11, p. 1546, vo Pallium; Forcellini, Lexicon, édit. De-Vit, t. IV, 1868, p. 475, v« Pallium; note très imporUnle à la suite de Constantin Porphyrogénète, t. II, Bonn, p. 181 et suiv.

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