LE PALLIUM
est devenu peu à peu le signe extérieur et distinctif du costume de tout métropolitain. Le pallium est concédé par le pape. Ce fut originairement la marque spéciale d'une délégation des pouvoirs du pape. En Gaule , les évoques d'Arles le portèrent seuls pendant longtemps; il fut accordé plus tard à tous les archevêques. C'est à titre tout à fait exceptionnel qu'à l'époque mérovingienne, Syagrius, évêque d'Autun*, obtint \q pallium. Ses successeurs ont été maintenus dans le même privilège. C'est aussi à titre exceptionnel que, sous Charlemagne, un évêque d'Orléans; sous le roi Eudes, un évêque de Langres, reçurent \q pallium*.
Cette bande de laine a été souvent envisagée comme le diminutif et le symbole de l'agneau que le bon pasteur doit porter sur ses épaules; c'est là, du moins, ce que le pape, aux termes de formules que je ne crois pas très anciennes , laisse entendre aux évêques, en leur envoyant le pallium. Les conseils si pieux et si chrétiens qu'il leur donne' auraient pu, ce semble, s'ils avaient porté tous leurs fruits, rendre certains prélats un peu moins curieux de cet ornement et plus soucieux des vertus qu'il symbolise.
Pour clore ce paragraphe qui touche à l'histoire ecclésiastique et à l'histoire du costume, je dois ajouter que le pallium est plus ancien et plus commun dans l'Eglise grecque que dans l'Eglise latine, et que cet ornement a joué, en Orient, un grand rôle dans la hiérarchie civile : les empereurs de Byzance donnaient à leurs vassaux l'investiture par le pallium^.
L'histoire des primaties et celle du pallium ont déjà suggéré
« Grégoire le Grand, Ep., IX, 213 (Jaffé-Wattenbach, 1743); IX, 22 (Jaffé- W., 1751).
> Alcuin, Lettre 166, dans Wattenbach et Duemmler, Monumenta Alcuiniana, pp. 606, 607. Jaffé-Wattenbach, no 3508 (année 896); no 3527 (année 900).
3 Liber diurtiut, n<» 45-48 (édit. Rozière, pp. 75-89 ; édit. Sickel, pp. 3240). M. Sickel estime que le manuscrit du Vatican date de fan 800 environ. Rapprochez les témoignages grecs cités par Thomassin, Ancienne et nouvelle discipline de V Eglise, édit. André, t. II, pp. 84, 85.
^ Cf. Thomassin, Ancienne et nouvelle discipline de l'Eglise, édit. André, t. II, p. 84 et suiv.; Rambaud, V empire grec au x^ siècle, p. 438. Le pape Vigile donna le pallium à Anzanius, évêque d] Arles, sur la demande de cet évêque, avec le consentement du roi Childebert et avec Tagrément de Tempereur Justinien. On a soutenu que la nécessité da consentement de Tempereor était une marque de la dépendance
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au lecteur une observaliou recommaudable par sa banalité même : Tindestructible vanité s'est insinuée dans le domaine religieux que nous étudions et y a joué un rôle que le psychologue étudierait avec intérêt. Nous devons ajouter que la vanité, suivant sa marche accoutumée, a pris pour auxiliaire le mensonge. Reims, qui n'avait pas ses titres de noblesse, lésa forgés et s'est attribué audacieusement un pseudo-vicariat*. Magdebourg, jalouse de Mayence, a agi de même et s'est élaboré une primatie d'un grand effet décoratif*. Tout titre, toute noblesse, engendre un faux titre, une fausse noblesse.
Chorévêques. — Entre les évêques des cités dont je viens de parler et les simples prêtres, les chorévêques ou évêques de la campagne ont joué un rôle intermédiaire assez mal défini et assez obscur. Un capitulaire du vin' siècle les appelle : « epis- « copi vagantes qui parrochias (diocèses) non habent. » Je suis tenté de rattacher l'origine des chorévêques et à Tévangélisation des premiers temps' qui dut puiser une partie de ses forces dans cet apostolat errant et libre, et aux besoins qui se manifestèrent forcément dans de vastes diocèses que l'évoque ne pouvait surveiller personnellement. Il fallut à ce dernier des assistants ayant les mêmes pouvoirs que lui ou une partie de ces pouvoirs : tels furent les chorévêques. Dès le iv" siècle*,
du royaume et des rois de France à l'égard des empereurs de Constanlinople. Il faudrait alors rapprocher ce petit fait de ce qui a été dit ci-dessus , pp. 191, 192. Voyez la discussion très une de Thomassin y pp. 89, 90.
1 Pseudo-lettre du pape saint Hormisdas à saint Rémi (Migne, t. 63, col. 367, 524. Jaffé-Waltenbach, no 866).
s Acte de Tan 968 attribué à Jean XIII, dans Forschungen zur deuUchen Geschichte, t. XVII, p. 235 (Jaffé-Wattenbach , no 3730).
* Thomassin enseigne que les chorévêques n*ont paru en Orient qu'au iv siècle (en Occident au y«); mais Archinard et Hinschius montrent bien que, si^on le nom, au moins la chose , est antérieure au iv« siècle. Voyez Thomassin , Ane, et nouvelle discipline de l'Eglise, édit. André, t. !«', pp. 342, 343; Archinard, Les origines de VEglise romaine, t. I«r, p. 303 ; Hinschius, Dos Kirchenrechl der Kalhol. und Protesianien in Deutschland, II, t. II, 1878, p. 161 et suiv. Les prophètes errants dont s'occupe la Ai^a^ii, et qui accomplissent les mêmes cérémonies liturgiques que les évêques (AiS^axKÎ, XI, XIII, 1-3, XV, 1), me paraissent être ceux qu'on a appelés plus tard les chorévêques.
* Cf. concile d'Ancyre de 314, can. 12; concile (i'Antioche de 341, can. 8, 10; concile de Sardique de 343-344, can. 6; concile de Laodicée (343-381?), can. 57; Hefele, Bist. des conc, trad. Delarc, t. I»', pji. 206, 507, 508, 566; t. II, p. 163.
LES CHORÉVÈQUES. 349
les conciles se préoccupent de réglementer et de régulariser l'institution des chorévêques, qui constituait un écueil permanent pour la hiérarchie ecclésiastique; cette préoccupation apparaît chez nous, au vni* siècle, souvent répétée et très accusée*. Enfin au ix* siècle, les prêtres et les évoques francs déclarent, pour ainsi dire, la guerre aux chorévêques. Un faussaire éminent, le célèbre auteur des Fausses décrétales, s'engagea dans la mêlée avec un plein succès; il falsifia un texte authentique, forgea de toutes pièces des textes faux : contre les chorévêques toute arme était bonne*. Ainsi battue en brèche, l'institution des chorévêques s'éteignit graduellement. Dans l'Allemagne orientale, on trouve encore des chorévêques au X* siècle; ils sont mentionnés en Angleterre au XI*; ils subsistaient, en Irlande, au xii* et au xm* siècle*.
Deux considérations historiques expliquent et justifient la suppression des chorévêques : 1" les paroisses de campagne se créèrent, se multiplièrent et, en même temps, les curés furent peu à peu investis de certains droits, chargés de certaines fonctions qui, précédemment, n'étaient exercées que par l'évêque* ;
1 Capit. de 742, art. 4; capit. de 755, art. 13; cap. de 789, art. 9 (Borelius, Cap,, I, pp. 25, 35, 36, 54). H Faut bien se garder de citer sans précaution ud concile de Séville, art. 7, qui ne parle pas des chorévêques dans son texte authentique; c'est au ix« siècle qu'on a interpolé ce canon 7, en y introduisant les chorévêques, afin de les assimiler aux prêtres (Maassen, Pseudo-Isidor Siudien. Paul Fournier, La question des Fausses décrétales, dans Nouvelle revue hist., 1887, pp. 72, 74). Je vais faire dans le texte allusion à ce concile et attribuer à l'auteur des Fausses décrétales la falsification de ïlïispana qui a précédé les Fausses décrétales; ce n*est là qu'une hypothèse. 11 se peut qu'il y ait eu deux travailleurs successifs.
* Fausse décrétale du pape s. Léon (Hinschius, Ps. Isid., p. 628. Jaffé-Wattenbach, no 551). Fausse décrétale du pape Jean III (Hinschius, Ps. Isid,, p. 715. Jaffé- Wattenbach, no 1042). Texte important et authentique d'Etienne V (887-888) [PatroL Migne, t. 129, p. 797. Jaffé-Wattenbach, n» 3443j. Joignez Weiszsàcker, Der Kampf çegen den CfiorepUcopat des frSnk. Reichs im 9. Jahrhundert. — Il existe une petite dissertation intéressante de Hraban Maur intitulée De chorepiscopis (publiée à la «uite de Marca, De concordia, Paris, 1704, col. 1359-1368).
3 Hinschius, Kirchenrecht, t. II, p. 169 avec la note 2.
^ Â la transition purement historique que j'indique ici se joignent de délicats problèmes débattus par les théologiens. Voyez Nardi, Des curés, ch. xvi, trad. abrégée par Sionnet, Paris, 1845, p. 242 et suiv. Sur le rôle secondaire des simples prêtres dans les premiers temps et sur les fonctions qui étaient réservées à l'évêque voyez P. de Smedt dans Revue des quest. hist., 1» oct. 1888, pp. 329-384.
2** les archidiacres dont nous allons parler entrèrent en scène comme vicaires de Tévêque. Dès lors, le chorévêqae, jadis auxiliaire indispensable de Tévêque, est devenu inutile. Telle est la raison d'être intime et profonde de la disparition des chorévêques.
Archidiacres. — L'archidiacre que nous retrouverons, au moyen âge, puissant en richesse et en influence, était primitivement le chef des diacres et, en cette qualité, il assistait l'évêque. Peu à peu , Tassistance devint une délégation ; la délégation un office. L'archidiacre fut le vicaire de l'évêque, le ministre général de son autorité; il fut, suivant une heureuse image que me fournissent les textes eux-mêmes, l'œil et la main de l'évêque. Gardien de la discipline ecclésiastique, il dut veiller à toutes les affaires de l'Eglise. Chargé d'une mission qui lui donnait autorité sur les prêtres, il fut admis lui-même au sacerdoce*.
Dans les dernières années du viii* siècle ou au commencement du IX*, une grande nouveauté s'introduisit. L'évêque délégua souvent son autorité non plus à un seul archidiacre, mais à plusieurs archidiacres. Il n'y eut, d'ailleurs, rien de fixe ni de régulier dans ce changement et même divers diocèses ne furent jamais soumis à cette innovation et ne furent point divisés en plusieurs archidiaconés.
« Quand l'archidiaconé fut distinct du diocèse, le pouvoir de « l'archidiacre se trouva plus facile à distinguer de celui de « l'évêque ; dès lors, il se forma peu à peu comme un nouveau « degré dans la hiérarchie, et l'archidiacre commença à rappro- « cher sa juridiction des juridictions ordinaires*. » De plus en plus puissant, de plus en plus indépendant, l'archidiacre fut inamovible et son mandat irrévocable. Sa juridiction devint juridiction ordinaire (xi* siècle').
1 Cf. ThomassiD, Ancienne cl nouvelle discipline de l'Eglise, édit. André, t. I^r, pp. 432-442; 461-466; Heswyck (G. -F. de), Dissertaliones canonicse de origine, juritdictione et officio archidiaconorum perillustris ecclesix cathedralis Leodiensit; Gréa, Essai historique sur les archidiacres dans Bibl. de l'Ecole des chartes, 3« série, t. II, pp. 60, 61 et passim. J'emprunte textuellement quelques phrases à Texcellente monographie de M. Gréa.
a Gréa, ibid., p. 63.
3 Gréa, ibid., p. 215.