LES PAROISSES
Au IX* siècle, l'archidiacre était souvent commis par Tévôque pour faire la visite des paroisses de la campagne ; plus d'un archidiacre , avaricieux et avide , exerçait à cette occasion sur les curés de cruelles rapines. Les conciles s'efforcèrent de réprimer ces abus. L'illustre archevêque de Reims, Hincmar, a écrit, à l'intention de ses deux archidiacres, une instruction fort curieuse où déjà il recommande à ces dignitaires ecclésiastiques de ne pas se faire accompagner d'un nombre excessif d'hommes ou de chevaux ^ Le conseil d'Hincmar eût été utilement renouvelé quelques siècles plus tard, au moment du grand éclat et de la toute-puissance des archidiacres. Un archidiacre , dont le pape Innocent III eut l'occasion de s'occuper, faisait ses visites avec 97 chevaux, 21 chiens, 3 oiseaux de proie; la bulle du pape Innocent, ajoute judicieusement M. Hauréau, « ne dénombre pas les cavaliers, leurs valets, les « valets des chevaux, des chiens, et des oiseaux*. »
Les paroisses. — C'est dans les villes que le christianisme groupa les premiers fidèles : et même il n'y eut originairement, suivant Thomassin , qu'une seule église dans chaque ville. Les grandes capitales, Rome, Alexandrie, eurent, les premières, plusieurs paroisses, ou mieux, plusieurs lieux de réunion; mais, au début, on ne disait pas la messe dans les églises secondaires. Le sacrifice n'était célébré que dans l'église par excellence de la ville, en présence de la communauté chrétienne tout entière.
Les curés des paroisses de la ville formaient le conseil de l'évêque et le clergé de la cathédrale; c'est ce qu'on nommait le presbytermm. Le presbyterium, qui correspond évidemment à l'ancien sanhédrin juif et le continue au sein du christianisme, s'est conservé dans l'église de Rome où les prêtres et les diacres cardinaux des tituli, c'est-à-dire des églises paroissiales de Rome, composent encore aujourd'hui le sacré collège, le conseil du pape'. On a souvent comparé les curés aux soixantedix disciples de Jésus ou aux soixante-dix vieillards qui furent
1 Sirmond, Conc. antiq, GalHx, t. IH, pp. 641-643. s Haoréaa dans Journal des stnantt, nov. 1885, p. 678.
> Thomassin , qoe je sais ici, soutient qa*il n*y avait primitivement qa*une église. Il faot joindre un fait important que Quicherat a établi pour Paris, mais qui est peut-
remplis de TEsprit du ciel pour soulager Moïse dans le gouvernement du peuple *.
Les églises de la campagne n'apparaissent qu'au m* siècle*. Elles se multiplient au v* siècle et dans les siècles suivants ^ Le mode de création n'est pas uniforme, tant s'en faut. De là dans la situation des curés de très grandes variétés. Tantôt les évêques fondent directement des paroisses et y nomment des curés*; tantôt les grands propriétaires érigent un oratoire ou une église sur leur domaine, et, avec Taveu et l'assentiment de révoque* (telle est du moins la règle canonique), y établis-
être vrai de beaucoup d'autres villes : « la cathédrale fut un corps composé de « plusieurs membres; » en d'autres termes , « le sië{?e épiscopal de Paris fut établi <c non pas dans une église unique, mais dans plusieurs églises k la fois. » Cf. Tboroassin, Ancienne et nouvelle discipline de l'Eglise, édit. André, t. I^', p. 453; Bibliothèque de l'Ecole des chartes, 6» série, t. {«c, pp. 550, 551. Ainsi, Téglise unique des premiers temps se serait divisée, multipliée matériellement, mais serait, aa début, restée une moralement.
Rome, Alexandrie, eurent, les premières, plusieurs paroisses, a remarqué Tbomassin. Voyez, pour Rome, qui « se résolut d'assez bonne heure à scinder l'unité da « presbyterium, » : Duchesne, Notes sur la topographie de Rome au moyen âge, IMII, p. 19 et suiv. (Extrait des Mél. d'arch. et d'hist., t. VU); Ducbesne, Le liber ponti^ calis, 2« fascicule, Paris, 1885, pp. 157 avec la note 3, 246, 247. Sur cette question en général, lire aussi : Hatch , The organization of the early Christian churches, pp. 5^ 81, 195-213; P. de Smedt dans Revue des quest. hist., l«'oct. 1888, pp. 338, 372. Le P. de Smedt établit fort bien qu-à Rome même, au début, on ne célébrait pas le sacrifice eucharistique dans les réunions des titres presbytéraux.
^ Contre la notion juridique de succession propre aux soixanle-douze, voyez Nardi, Des curés, trad. abrégée par Sionnet, Paris, 1845, p. 200 et suiv.
* Thomassin, Ancienne et nouvelle discipline de l'Eglise, édit. André, l. I«', p. 452, 473; Hinschius, Kirchenrecht , t. II, p. 262. Il a bien pu exister des églises de campagne avant le ui« siècle. J'entends seulement relever la date d'un texte où elles apparaissent.
3 Cf. D. Bouquet, t. H, 1739, p. 87; Pardessus, Diphmata, chartm, t. I«, p. 287; D.Vaissete, Hist, gêner, de Languedoc, nouy. édit., t. II, Preuves, n^ 208, col. 419,420.
^ Cf. Fustel de Goulanges, La monarchie franque, p. 517.
5 Concile d'Orléans de 541, art. 7 (Labbe et Cossart, Sacros. conc, t. V, col. 382). Capitula ecclesiastica de 810-813, art. 2 (Boretius, Cap,, I, p. 178). Capitulare ecclesiaslicum de 810-819, art. 9 {Ibid., p. 277). Il est possible que le texte véritable du canon 1 du concile d'Orléans de 511 mentionne déjà le patron sous le nom de senior : en effet, un manuscrit dont les variantes sont relevées sur l'exemplaire de l'édilion Labbe et Cossart, appartenant à la bibliothèque de l'Ecole des chartes, porte vers la fin de ce canon : actus seniore au lieu de : actus timoré; le sens paraît fort acceptable avec seniore (Labbe et Cossart, Sacros, conc, t. IV, col. 1404). Labat n'a pas connu cette variante.