LES BÉNÉFICES ECCLESIASTIQUES
révélé par un capitulaire de 855. Aux termes de ce capitulaire, les prêtres et les clercs de la paroisse élisent le curé; le peuple donne son assentiment : « Deinde populi... sequatur assensus. » A défaut de cette élection (qui n'est probablement qu'une présentation), révoque choisira lui-même le curé*.
L'archiprêtre ou doyen dont je ne retrace pas les origines, est le premier des curés d'une circonscription appelée doyenné. Il ne faut pas que les mots ici nous donnent le change et nous trompent sur les choses. L'archiprêtre est inférieur à l'archidiacre; il est soumis à son autorité*.
Personne ne pouvait entrer dans la clérîcature sans la permission du roi ou de son représentant ^ Charlemagoe renouvela cette défense en 805 *. Les exemptions d'impôt dont jouissaient les clercs inspiraient au fisc ces mesures de prudence. Elles tombèrent en désuétude dans la seconde moitié du ix'' siècle et furent expressément levées pour les fidèles par Charles le Chauve, en 877*, pourvu toutefois que ces ^rfefe^ restassent disponibles pour le service militaire.
Conciles. — L'exposé de la hiérarchie ecclésiastique ne suffit pas à donner une idée du gouvernement de l'Eglise : les réunions conciliaires ont joué un rôle trop important, pour que je puisse ici les peisser sous silence.
Le premier concile, type et modèle de tous les autres, fut tenu à Jérusalem par les apôtres, entre les années 50 et 52 après Jésus-Christ. Vers le milieu du n* siècle, des synodes semblent s'être réunis en Asie-Mineure, à l'occasion de l'affaire
^ Capit. de Tempereur Louis II, art. 4, dans Pertz, Legei^ t. I«i', p. 431.
> Cf. coDcile de Tours de 567, cao. 7 (Hefele, trad. Delarc, t. III, p. 564); Lamberii imp. capit., art. 12, dans Patrol. lot., t. 138, col. 814; Hiocmar, Capit. archidiaconihut presbyteris data, art. 13, dans Hiocmar, édit. Mi^e, t. I«r, coi. 802, 803; Décrétales de Grégoire IX, I, xziv, De officio archypresbyteri; Doraod de Mailiane, Dict. de droit canonique, t. I«S pp. 200, 201 ; Hinschius, Kirchenrecht, t. II, p. 269-272.
3 Marculf, I, 19 (de Rozière, t. II, p. 690, Zeumer, p. 55).
^ Cap. de 805, art. 15, dans Boretius, I, p. 125.
» Capit. de Kiersy, art. 10, dans Perti, Leges, t. I«', p. 539. Cf. Lœning, Kirehenrecht, t. II, p. 158 et suiv.; Brunner, dans Fe$tgabe fur Rudolf von Gneist, pp. 30, 31; mon Droit privé, pp. 231, 232, 235. Déjà Valentinien avait défendu aux plébéiens riches de recevoir les ordres {Code de Théodose, XVI, ii, De episcopii, 6i 17).
des Montaaistes. Dans la seconde moitié du même siècle, sous le pape Victor I", plusieurs synodes s'occupèrent de la célébration de la Pâque*. Ces assemblées prirent dès lors une importance de plus en plus grande et statuèrent sur les graves controverses qui surgissaient au sein de l'Eglise. Le pouvoir civil, mêlé la plupart du temps à ces difficultés, appela souvent luimême les évêques à ces synodes solennels. Le concile d*Arles de 314% le concile œcuménique de Nicée de 325 et les sept conciles œcuméniques suivants, furent convoqués par les empereurs'. Les rois Francs entrèrent tout naturellement dans cette voie. C'est sur Tordre de Clovis que les évêques se réunirent à Orléans, en 511; dans les actes d'un bon nombre de conciles du vi* et du vu* siècle, « les évêques ne manquent « pas de déclarer qu'ils se sont réunis avec l'autorisation du « roi, sur son ordre, sur sa convocation expresse*. » Sigebert II fut, à cet égard, remarquablement net et ferme : il interdit formellement la réunion d'un concile dont le projet ne lui avait pas été communiqué '^. Dans les siècles suivants, les conciles deviennent un véritable rouage gouvernemental, une sorte de parlement, tantôt modeste et timide, tantôt puissant et exigeant. C'est l'élite de la nation, délib/érant sur les intérêts religieux qui lui sont confiés et souvent sur les affaires civiles elles-mêmes, défendant ses droits, implorant ou requérant, au besoin, l'assistance du bras séculier. Les deux pouvoirs se rapprochent, se combinent et s'emmêlent. En 744, les évêques,
1 Hefele, Hisl, des conciles, trad. Delarc, t. !«', pp. 17, 77, 78. Je lui emprunte quelques expressions. Cf. P. deSmedt, dans Revue des quest. hist., !«' oct. 1888, p. 380.
s Cf. Hefele, Hisl. desconc, trad. Delarc,t. I«r, pp. 176, 177; Hatch, The organization of the early Christian churches, pp. 172, 173.
3 Harris Cowper, Analecia Nicœna, London , 1857, gr. in-8<>. Voyez ma recension de V Histoire des conciles de Mgr. Hefele , dans Retue hist., i^ année , t. !•', pp. 391, 592, et Hefele, trad. Delarc, l. I«r, pp. 7-15 ; cet auteur marque bien, et sans exagération, le rôle du pape.
^ Fustel de Coulanges, La monarchie franque, pp. 363-565. Cf. Marca, De concorilia, liv. VI, ch. xviii, xix; Sibour, Instil. diocésaines, t. II, pp. 225, 226; Waitz, Deutsche Verfassungsgeschichle , t. II, Kiel, 1870, pp. 518, 519 et suiv.; Weyl, Die frànkische Staatskirchenrecht zur ZeU der Merovinger, p. 16 et suiv. {Untersuchungen von Gierke , liv. 27, 1888).
^ Cf. Perroud, Des origines du premier duché d'Aquitaine, p. 100.