LES CONCILES
A l'époque qui nous occupe, et surtout à Tépoque antérieure, au y^ siècle, des textes aulheotiques attestent Texistence de ce principe : les conciles provinciaux ou nationaux ne statuent que sous Tautorité du pape. Il me paraît impossible de ne pas apercevoir cette idée fondamentale* avec laquelle, d'ailleurs, les faits ne s'harmonisent pas toujours. J'ajoute que Pseudo<Isidore s'est emparé de ce principe, et lui a fait les honneurs d'un faux bien caractérisé '.
Non pas que ce sentiment de respect et d'obéissance soit immuable et que l'idée contraire n'ait été exprimée dans des circonstances solennelles. Qu'on lise, par exemple, le discours d'Arnoul d'Orléans au concile de Saint- Basle, en 991. En ces derniers temps, s'écrie Arnoul, le siège pontifical a été occupé par des hommes si mauvais et si ignorants qu'il n'était pas possible d'exiger que les prêtres du monde entier obéissent à des Dûonslres de cette nature. De pareils papes étaient l'Antéchrist, des statues sans vie et des idoles placées dans le temple. Si la voix de Rome n'ordonnait que des choses justes, la paix et l'unité se rétabliraient; mais si elle ordonnait des choses injustes, on ne devrait pas oublier ce passage de l'Apôtre : Si un ange nième venait nous annoncer un autre évangile, qu^il soit ana- ^hime. Gerbert, le futur Silvestre II, s'exprime exactement dans le même sens (à la vérité , il est lui-même en cause , car il s'agit
* Coocile de Sardique de 347, can. 3, 4, 5. Lettres dlnnoceDl I*' aux coociles de
Tolède, de Cartbage et de Milève; lettre dloaoceDt !«' à Victricius, archevêque
de Rouen en Tan 404; lettre de Boniface I*^ aux évêques des Gaules en Tan 419;
Wtlre de Sixte III aux évêques d*Illyrie en 437; concile de Chalcédoine de 451,
^. l^*; lettre de s. Léon de Tan 445 aux évêques de la province de Vienne; lettre
du pape Hilaire de Tan 462 aux évêques des Gaules; lettre de s. Simplicius pape
iTempereur Léon (468-474) à Toccasion du concile de Chalcédoine; lettre du pape
^éJage I«' (535-560); lettres de Léon IV à Hincmar, de Tan 853; acte de Sergius II
de Tan 844, établissant Drogon, légat en Germanie et en Gaule, etc. (Jaffé-Watten-
b&ch, n« 292, 321, 322, 286, 349, 396, 407, 555, 569, 954, 2631, 2632, 2586. Labbe
«t Cossart, Sacros. conc, t. IV, col. 95, 96). Cf. Ennodius, Libellus pro synodo, dans
Opéra, édit. Hartel, 1882, p. 312. A lire pour la période antérieure : Grandmaison,
Des appels en cour de Rome jusqu'au concile de Sardique , dans BibL de l'Ecole des
chartes, 3* série, t. IV, p. 105 et suiv.
* Pseudo-décrétale de Pelage II , dans Hinschius , p. 720 (Jaffé-Wattenbach , d» 1051).
pour lui du bel archevêché de Reims*). Le concile de Tribur f' émellait, en 895, une doctrine toute contraire à celle d'Arnoul d'Orléans et de Gerbert , la doctrine de Tobéissance ; mais il la formulait avec une bien douloureuse mélancolie. «In memoriam « beati Pétri apostoli honoremus Sanctam Romanam et Aposto- « licam Sedem, ut, quœ nobis sacerdotalis mater est dignitatis, « esse debeat ecclesiasticœ magistra rationis. Quare servanda tt est cum mansuetudine humilitas, et licet vix ferendum ab illa « Sancta Sede imponatur jugum, tamen feramus et pia devo- « tione toleremus ^ »