‹ Droit romain de l'inaliénabilité primitive des terres à Rome et du droit de chasse et de sa cessionChapitre 16 sur 56 · LACS · texte numérisé non relu

LACS

race le genre de vie de quelques tribus arriérées (1), comme celles des Sarmates qui, à l'époque de Tacite, étaient encore nomadés (2). Cet auteur nous signale, au contraire, un grand nombre de peuplades qui étaient à la même place depuis plusieurs générations, telles que les Cattes, les Chérusques, les Semnons (3), etc.

Deux écrivains latins, César et Tacite, ont observé et décrit avec soin les habitudes des Germains.

César nous dit, en nous parlant des Suèves (4), la plus noble et la plus belliqueuse des tribus germaniques, en même temps qu’elle était la plus forte, qu'ils occupent jusqu'à 100 cantons. Chacun d'eux fournit, chaque année, 1,000 hommes pour porter les armes ; les autres travaillent la terre afin de pourvoir à la nourriture commune. L'année suivante, on intervertit les rôles. Il ajoute cette double remarque très importante : 1° Personne ne possède aucun champ en propre{Privati ac separati agri apud eos nihil est) et il ne leur est pas permis de rester plus d’un an dans le même lieu pour s’y établir ; 2° Ils vivent en grande partie de lait, de la chair de leurs troupeaux et des produits de la chasse, à laquelle ils se livrent avec passion.

Plus loin, l'historien de la guerre des Gaules,

(1) Zoœprr. Deutsche Rechtsyeschichte, t. III, p. 137, note 1. (2) Tacire. De moribus Germanorum, ch. 46.

(3) TAGITE, Op. cit., ch. 31, 35, 36, 37, 41, 42.

(4) GÉsar. Commentaires. Guerre des Gaules, liv. IV, ch. I.

Éd

parlant cette fois des Germains en général (1), s’'exprime dans des termes à peu près identiques. Ils méprisent l’agriculture fagriculturæ non student). Leur nourriture, pour la plus grande partie, consiste en lait et en viande. Nul d’entre eux ne possède une certaine quantité de terre, avec des limites marquant une propriété privée /neque quisquam agri modum certum aut fines proprios habet). Chaque année, les Pontifes et les premiers du peuple assignent dans l’endroit choisi par eux et dans la mesure qui leur convient, une certaine étendue de terres aux familles et aux groupes de parents fgenfibus cognationibusque hominum qui una coierunt). L'année finie, ils les forcent d'aller s'établir ailleurs (atque anno post alio transire cogqunt,.

César est évidemment frappé par cette organisation si différente de celle qui existait chez les Romains. Mais, ceux-ci, peu habitués aux conceptions historiques, considéraient ce fait primitif, qui s’explique tout naturellement, comme un fait artificiel spécial au peuple décrit, et ils cherchaient à l’expliquer par des considérations philosophiques complètement étrangères aux Germains. Ces mœurs, à l'en croire, se justifient de plusieurs manières. On a voulu éviter que les Germains perdissent par une longue habitude de l’agriculture leurs goûts guerriers; que chaque particulier cherchât à étendre les limites de son bien et que les plus puissants s’effor-

(M)IGESAR Op. cit. Liv. VI, 22:

ES, LOL

çassent d’expulser les faibles; qu'on bâtit avec trop de soin pour se préserver du froid ou de la chaleur. On a voulu prévenir la cupidité d’où naissent les fractions et les dissensions. On a voulu enfin, par le sentiment de l'égalité, maintenir la paix parmi le peuple. Ce sont là des raisons philosophiques d'une trop haute portée pour que les Germains, peuple tout à fait primitif, aient pu en avoir la conception. Ces idées, que César leur prête gratuitement, ce sont les siennes et celles de ses contemporains, qui ne se souvenaient plus que leurs ancêtres avaient été régis par les mêmes institutions. Toute différente est la méthode historique moderne, et elle n'hésite pas à signaler chez les Germains du dernier siècle avant Jésus-Christ, des institutions identiques à celles qui avaient existé ailleurs huit ou dix siècles auparavant.

D’après ce qui précède, nous ne pouvons donc admettre l'opinion de M. Fustel de Coulanges (1), qui nous représente les Germains comme un peuple aimant l’agriculture et se fixant au sol.

Tacite, postérieur de cent cinquante ans à César, vient d’ailleurs confirmer le témoignage de ce dernier. En effet, nous lisons dans le chapitre 26 de la Germanie : & que, dans chaque canton, tous les « hommes valides sont appelés tour à tour à la cul-

(1) Fusrez De COULANGES. Recherches sur quelques problèmes d’hisloire, p. ?87.—M. Fustel de Coulanges invoque à l’appui de sa théorie divers passages de Tacite. Germanie,ch. 15. « Agrorum cura », ch. 93. « Humor ex hordes et frumento », ch. 25. « Frumenti modum domi-

nus infungit », ch. 26 « Seges », ch. 45. « Frumenti celerosque fructus. »

Page 1