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affirmation, s’est proposé de trancher non une question de propriété, mais une question d'agriculture : Arvo per annos mutant ; cette phrase désigne un mode particulier de culture. En effet, dans le commencement du Z 26, Tacite nous indique la façon dont on cultivait les terres en Italie. Il est donc naturel de penser qu’à la fin de ce même paragraphe il n’a d'autre but que celui d’opposer l’agriculture enfantine des Barbares à l’agriculture perfectionnée des Romains. Agriculteurs primitifs, les Germains ne cultivaient le même champ qu'une année et les mots superest ager indiquent qu'il en restait toujours en friche.
Cette interprétation a le grave tort de négliger la concordance qui parait nécessairement devoir exister entre les témoignages de César et de Tacite. Tacite, qui nous dit en parlant de César qu'il ne saurait trouver un guide plus sûr et un témoin plus véridique (1), devait forcément avoir présentes à l'esprit les assertions de son prédécesseur. S'il l’eût cru dans l'erreur sur un point essentiel auquel il touche lui-même, il n’eût pas manqué de le faire observer. Il est donc probable que son récit doit concorder avec celui de César, ou bien, s’il y a des divergences, il doit avoir pris soin de les noter en termes précis et non équivoques.
En somme, de quelque façon qu’on interprète le texte de T'acite, il en résulte toujours deux faits :
(1) Tacrre. Germanie, XX VIII « Summus aucltorum divus Jullus.»
= Se
1° L'occupation temporaire d'une certaine quantité de terres par les membres d’une communauté ; 2 Des répartitions annuelles auxquelles chacun participe selon sa dignité. « Ainsi entendu, le texte « de Tacite ne semble être en désaccord ni avec « César, ni avec lui-même, ce qui nous évite le « souci de concilier les deux grands historiens (1). » M. Fustel de Coulanges estime que les Germains du I” siècle sont un peuple, ou un système de peuples, familiers avec l’agriculture, connaissant la propriété privée et sortis depuis longtemps de la période pastorale. Pour nous, les Germains de cette époque sont parvenus au dernier degré de la période pastorale et au premier de la vie agricole. Ils se nourrissent, nous l’avons vu (2), de lait et de chair, ce qui indique plutôt un peuple à l’état pastoral qu'agricole. A la vérité, ils sont agriculteurs, mais ils le sont dans une mesure très restreinte. Il est certain qu'ils font du blé, de l'orge, qu’ils cultivent quelques céréales. Mais César (3) nous dit qu’ils n’ont qu’un goût fort médiocre pour l’agriculture. Tacite (4) témoigne qu'ils laissent le travail des champs aux vieillards, aux femmes, aux plus faibles d’entre leurs esclaves.
(1) Pauz Fournier. Le dernier livre de M. Fustel de Coulanges. Revue des Questions historiques, juillet 1886.
(2) César, op. cit., VI, 1, VI, 35. — Tacire, op. cit., 5. (3) CÉSAR, op. cit., VI, 22.
(4) Tacire, op. cit., 15.
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Remarquons, d’ailleurs, que M. Fustel de Coulanges, après avoir combattu l’idée de la propriété collective chez les Germains, avec une verdeur qui fait attendre de lui une conclusion absolue en faveur de la propriété privée (1), finit par admettre cependant « que plusieurs modes de communauté ont pu « exister chez les Germains. » Selon lui, la propriété appartient plutôt à la famille (2) qu'à l'individu. C’est qu'il ne peut infirmer les témoignages de César et de Tacite qui établissent invinciblement que les Germains ne connaissaient pas la propriété foncière privée. Comme le dit fort bien M. Dareste, réduite à ces proportions, la thèse de M. Fustel de Coulanges n’est pas si éloignée de celle des adversaires qu'il combat. La grande différence consiste surtout en ce qu'il ne veut rien voir au-delà du cercle de la famille, tandis que pour les autres, la propriété commune est celle du vicus. En somme, c'est une question de plus ou de moins. Car le vicus n’est autre chose qu’un groupe de plusieurs familles, lesquelles, à un moment donné, se sont séparées du
(1) V. Réponse de M. Viollet à M. Fustel de Coulanges. Revue critique d'histoire et de littérature, 1868, p. 108.
(2) En effet, chez les Germains, le testament était inconuu, les enfants étaient héritiers siens, les filles étaient exclues de la succession. Or, dit M. Fustel de Coulanges, ce sont là les caractéristiques de la propriété de famille. Nous pouvons répondre à M. Fustel de Coulanges qu’il fait une erreur en soutenant que les filles étaient exclues de la succession ; primitivement, elles ne l'étaient pas; en outre, le testament est inconnu, c'est vrai, mais il est impossible d'en déduire que la propriété de famille existait en Germanie.
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groupe primitif, tout en conservant des rapports avec lui.
Concluons, qu'à l'époque de César, les Germains ne connaissaient encore que le régime de la propriété collective de la tribu. Ils n'avaient de goût que pour la chasse et la guerre ; ils n’aimaient pas l’agriculture. Leur principale richesse consistait en pâturages et en bestiaux. Quant au régime vu et décrit par Tacite, il est différent de celui que nous a fait connaitre César ; c’est un régime intermédiaire entre la propriété de la tribu, et celle de la famille ; c'est celui de la communauté de village. Tacite a surpris les Germains « dans leur devenir >» au moment où « la terre était, suivant l’heureuse expres- « sion de M. Le Huérou (1), comme suspendue entre « deux tendances contraires... et où elle avait cessé « d’être commune sans être individuelle. » Les Germains de Tacite sont restés chasseurs et guerriers ; mais ils commencent à avoir des demeures stables et à s’adonner à l’agriculture ; cela s'explique facilement. Les Romains se sont établis sur le Rhin et le Danube; les Germains entrent en contact avec eux ; ils leur empruntent leur civilisation. Nous admettons que les Germains connaissaient dès lors la propriété individuelle. Mais elle ne portait que sur des meubles. Nous admettons encore que la maison et l’enclos qui l'entourent constituent la propriété de la famille qui l’habite. Mais les terres, les pâtu-
(1) Le HuÉrou. Instit. carolinyiennes, p. 52.