LENS
s’appliqua surtout dans les latifundia n’intéressant pas ces écrivains au même degré que la propriété moyenne. L’explication de Giraud est véritablement hypothétique, et il ne nous semble pas douteux que si le colonat eût existé de leur temps, les auteurs spéciaux à l’agriculture en auraient fait mention. Columelle connaissait si peu les colons attachés perpétuelle ment au sol,.que c’est seulement par la persuasion et les bons offices qu’il conseille de retenir sur le domaine, dans l'intérêt de la bonne culture, le colonus qui l’intéresse; quant aux passages de littérateurs où Giraud s’attache à signaler l’emploi du mot colonus, antérieurement à Constantin, on demeure convaincu, après les avoir examinés attentivement, que ce terme se rapporte, soit à des fermiers ordinaires, soit à des colons partiaires, devant aux propriétaires une somme fixe ou une certaine part des fruits, mais tous vivant sans aucune contrainte légale sur le sol.
Tel était l’état de la controverse sur le point de savoir à quelle époque remonte l’origine du colonat, lorsqu'une inseription, récemment découverte à Souk-el-Kmis (Tunisie), est venue lui fournir un nouvel aliment Le sens général de cette inscription n’est pas douteux : elle rapporte, avec l'indication des titres qu’ils font valoir, et notamment d’une loi d’Hadrien, une supplique adressée à l’empereur Commode par les coloni d’un domaine impérial (Saltus Burunitanus), en bulte aux vexations d’un procurator Cæsaris, qui aggrave la quotité de leurs redevances (partes agrarias), ainsi qu’à celles d’un conductor du même domaine, qui augmente le nombre de prestations d'hommes ou de chevaux dues au profit de-son exploitation par les habitants du Saltus. Ces prestations sont fixées, par les lettres des procuratores déposées dans les archives de la circonscription domaniale de Carthage, à six corvées par an : deux pour les labours, deux pour le sarclage, deux pour la moisson. L'inscription relate ensuite le rescrit de Commode rendant droit aux plaintes des coloni. En reconnaissance de ce bienfait, et pour mieux assurer leurs privilèges, ceux-ci gravèrent publiquement sur un autel l'inscription que nous possédons aujourd’hui, en partie mutilée.
SNS <:
Ce monument épigraphique a été l’objet d’études contradictoires en France par MM. Ernest Desjardins (Comptes rendus de lPAcad. des sciences mor. el pol. Bull. 1880, p. 83, 84, et Journ. Offic. du 6 avril 1880, p. 4005),et Esmein (Journ. des Savants, nov. 1880, p. 687); — en Allemagne par M. Mommsen (HERMËS, t. XV, p. 385.et 478).
MM. Desjardins et Esmein pensent que la table de Souk-el- Kmis apporte un élément nouveau des plus importants dans le difficile problème des origines du colonat, dont elle attesterait le plein fonctionnement au Il: siècle de notre ère, et une première réforme à l’époque d’Hadrien, en ce que les coloni s’appuient sur une loi de cet empereur pour protester contre Paggravation des charges auxquelles ils sont soumis. Suivant M. Esmein, l'inscription de Souk-el-Kmis confirmerait de la manière la plus éclatante les idées de Giraud qui présumait déjà que l’Edictum perpeluum de Salvius Julianus s'occupait du colonat : la lex Hadriana, dont les colons invoquent les dispositions bienveillantes, ne serait autre chose que l’Edictatum perpetuum rédigé sur l’ordre d’Hadrien. — D’après M. Desjardins, le monument de Tunisie justifierait complètement, contre les théories allemandes, l’origine attribuée par M. Wallon au colonat, que nous analyserons plus lard : le compte rendu succinct des travaux de M. Desjardins ne nous permet pas de reconnaître le lien aperçu par celui-ci entre linscription de Souk-el-Kmis et la théorie de M. Wallon.
Nous adoptons, sans hésiter, l'opinion de M. Mommsen : léminent auteur enseigne que l'inscription de Souk-el-Kmis, très importante au point de vue de ses détails sur Padministration romaine, ne fournit rien de nouveau à l’histoire du colonat et que les coloni auxquels elle a trait ne sont pas des colons au sens propre du mot, mais de petits fermiers des terres du fisc. Ces hommes se qualifient eux-mêmes de fermiers, locataires et pupilles de l'Empereur (ruslici, lui vernulæ el alumni), plusieurs d’entre eux, bien que citoyens romains ont payé de leur vie l’audace de leurs réclamations précédentes. Il n’est nullement besoin de faire intervenir l’idée du