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Ces exemples montrent trop clairement l’origine de la
monnaie pour qu'il soit nécessaire de les commenter.
Mais un autre problème se pose, dont nous devons au
moins indiquer la donnée avant d'aborder directement le sujet de cette thèse.
Qu'est-ce que la monnaie ? telle est la question que, depuis des centaines d'années, seposent tous les savants qui se sont occupés d'économie politique. Aristote, le plus profond et le plus ancien de ces puissants cerveaux, avait indiqué une solution à ce problème. « La monnaie, dit-il, est une marchandise, destinée à faciliter Féchange entre d’autres marchandises.» Il s’est trouvé que le grand philosophe athénien avait raison, et l'humanité, après bien des errements est revenue depuis moins d’un siècle à sa formule.
Au début du xviu° siècle, Montesquieu dans l’Esprit des lois avait défini la monnaie : « Un signe, qui représente la valeur de toutes les marchandises. »
Qu'y a-t-il de distinct et de contraire entre ces deux solutions ? D'abord, la définition de Montesquieu désigne la monnaie comme représentant la valeur de toutes les marchandises. Ce n’est pas une erreur, le numéraiïre, en effet, pour celui qui le possède, est l'équivalent de toutes les marchandises qu’il lui permettra d'acquérir. La science économique moderne ne fait done que détailler la phrase de Montesquieu, lorsqu'elle proclame la monnaie, étalon
Lrbate
des valeurs, et intermédiaire des échanges. Sur ce point les deux formules ne sont donc pas en antagonisme, l’idée qui les domine est la même.
La divergence paraît s'affirmer davantage dans l'emploi des deux mots qui servent de qualificatif à la monnaie. La monnaie est une marchandise, déclarent après Aristote les économistes modernes, donc Montesquieu se trompe, lorsqu'il nous donne la monnaie comme un signe. Certes, en lisant la formule de Montesquieu de cette manière on a raison de lui reprocher de s’être trompé. La monnaie est une marchandise véritable, puisqu'elle circule, qu’elle s’échange, qu’elle a une valeur propre. Le billet de banque lui-même, qui n’est cependant qu'un chiffon de papier, est encore une marchandise, puisque je pourrai, grâce à lui, me procurer telle ou telle richesse qu'il me plaira, lui aussi sert à faciliter l'échange entre les autres marchandises.
La valeur de la monnaie se fixe donc d’après plusieurs données. L'or et l’argent sont des marchandises, ont une valeur, d’abord parce que l'industrie, qui en consomme une certaine quantité, leur assure une utilité et un débouché en dehorsde leurrôled’intermédiaires deséchanges. Il est vrai que cette valeur marchande baisserait singuliè rement si ces métaux étaient déchus de leur qualité de monnaie, ear la demande industrielle resterait seule pour fixer leur valeur et elle est relativement très faible.
Done par le fait même que l'or et Pargent, en vertu de leur rôle de monnaie, sont sujets à une demande générale et constante (ce qui entretient leur rareté), ces métaux sont investis d’une valeur infiniment supérieure
Rs RE à leur utilité industrielle. La monnaie est, en effet, une marchandise très particulière, et ce qui donne à sa notion cette singularité, c’est l'influence que l’État exerce sur elle.
Dans les transactions internationales, le rôle de l’État se borne à garantir le titre et le poids des pièces. Si je dois 20 francs ou 8 florins à un Autrichien, celui-ci acceptera très volontiers de moi une pièce de 20 francs en paiement, car il sait qu’il lui suffira de la porter à la Monnaie de Vienne, pour la faire transformer en une pièce de 8 florins. Dans le commerce avec l'étranger, les pièces de monnaie ne sont donc que des lingots dont l'effigie indique le poids et le titre, comme le poinçon du gouvernement.
En ce qui concerne la monnaie circulant à l'intérieur du pays, le rôle de l’État nous apparaît bien plus considérable encore. Aristote, qui sur les questions monétaires, de même que sur une foule d’autres, semble avoir indiqué les solutions suprèmes du premier coup, Aristote, dis-je, faisait descendre le mot nomisma, monnaie, de nomos, loi. Pour lui, de même que pour le jurisconsulte Paul, la monnaie est une institution publique. Les métaux précieux n'ont par eux-mêmes, industriellement, qu’une valeur à peu près nulle. Cest la loï, en les revêtant du pouvoir payant, en leur accordant le cours légal, qui leur donne la plus grande partie de leur valeur. Que la convention, que la loi, qui donne aux métaux précieux le pouvoir payant soit abrogée, et leur valeur disparaîtra
Mr ee presque entièrement. D’ailieurs, et le jurisconsulte Paul le fait très justement remarquer, en dehors de la loi, un autre élément peut faire varier la valeur réelle de la monnaie. Cet élément, c’est la rareté. La loi choisit une matière comme intermédiaire des échanges; elle la marque d’une empreinte officielle; elle en garantit le poids et le: titre d’une façon permanente. Mais sa puissance d'acquisition, dominium, dépend de sa quantité, non de sa substance. De là les, variations de prix. Lorsque la monnaie afflue, les prix s’élèvent; si, au contraire, la monnaie diminue en quantité, les prix baissent.
Nous dirons donc, pour nous résumer, que la valeur de la monnaie métallique se fixe par les trois éléments suivants : 1° utilité industrielle (pour une petite part); 2 cours légal accordé par l’État; 3° rareté.
Si nous essayons d'analyser, maintenant, le billet de banque ou le papier-monnaie, nous pouvons aisément constater que les éléments, qui concourent à l'établissement de sa valeur, sont tout différents. Et d’abord, au point de vue de l’utilité industrielle, le papier-monnaie n’en à aucune, puisqu'il se réduit à un chiffon de papier. ‘Si nous prenons le troisième élément: la rareté, nous constatons que, en matière de billets de banque, elle agit beaucoup moins directement que sur la monnaie métallique. La cause de cette anomalie réside dans ce fait, que Ja quantité d’or et d'argent existant dans le monde est limitée; tandis que, au contraire, celle des billets de banque ne l’est pas.
L'État, en émettant du papier-monnaie, en garantit
l'authenticité et en fixe la valeur officielle. Quant à sa