CHAPITRE IT
Les principales causes des contractions monétaires.
La raréfaction de la monnaie peut se produire par suite de causes très différentes. D’abord ce résultat peut être amené par une diminution dans la production des métaux vrécieux. Lors des guerres de l’indépendance de l’Amérique du Sud, l’exploitation des mines des Cordillères fut suspendue et la quantité de métal mis à jour annuellement, diminua beaucoup. Cette pénurie d’or et d'argent fit subir au commerce du monde entier une crise que nous étudierons plus tard.
Les contractions monétaires sont encore amenées quelquefois par l’accroissement disproportionné de la production d'un des métaux précieux. La découverte des placers de la Nouvelle-Californie, qui jeta en Europe une masse d’or inattendue, nous offre un exemple récent dece phénomène. L’abondance du métal jaune en fit baisserla valeur ; l'argent, au contraire, conservant sa rareté, fit l’objet d’une demande énorme. Il supplanta l'or, et devint bientôt insuffisant pour répondre aux besoins du marché. [1 est donc possible, on le voit, que la raréfaction de la monnaie soit amenée par la trop grande abondance d’un métal précieux. C'est par un mécanisme du même genre que la démonétisation agit sur la circulation monétaire et, sui-
TU vant qu'elle frappe sur un seul ou sur les deux métaux précieux, elle produit les résultats les plus différents. L'histoire nous en donnera la preuve.
À la suite des événements de 1870-1871, l'Allemagne se mit au monométallisme or, et démonétisa son argent. Tous ces marks réduits en lingots étaient expédiés à la Monnaie de Paris ou à celle de Bruxelles pour être frappés en pièces de à francs qui devaient servir à acheter de l’or. La France, en supprimant le monnayage libre, arrêta le gouvernement allemand dans son œuvre de démonétisation. Pour l’achever, ‘il eüt fallu vendre sur la place de Londres ou exporter en Orient tout l’argent allemand, et l’on aurait subi des pertes énormes. Aussi reste-t-il encore aujourd’hui en Allemagne, 150 millions de thalers, qui ont cours forcé sans limite de somme, à raison de trois marks la pièce, c’est-à-dire dans le rapport pondéral de 4 à15 1/2. De ce fait, la France et l'Allemagne, au point de vue du régime monétaire, sont dans une situation parallèle. La première, quoique théoriquement bimétalliste, pratique un régime particulier, qui règne également chez la seconde, malgré son intention formelle d’être un pays monométalliste. En fait, toutes deux sont monométallistes or, mais la masse du métal jaune protège la circulation accessoire d’une certaine quantité d'argent. Depuis 1873, dit M. Cernuschi, « les francs d'argent ne sont plus que des assignats métalliques, abrités sous une forte couche d’or ».
Quoi qu’il en soit, la démonétisation allemande de 1873 a jeté sur les marchés d'Occident une lourde masse d’arsent, qui s’est vite déprécié, et ne trouve plus d'emploi
ri. Nes
actuellement à un prix quelque peu rémunérateur. Par un phénomène de bascule habituel en Économie politique, l'or, adopté à Londres et à Berlin comme étalon unique, et devenu insuffisant aux besoins du monde commercial, l'or, partout demandé, a été investi, depuis dix-huit ans, d’une puissance d'acquisition qu’il n’avait jamais possédée. Malheureusement, sa rareté même a occasionné en Europe une crise dont nous aurons plus tard à étudier les effets désastreux. Telles sont les conséquences de la démonétisation d’un seul des deux métaux précieux,
Une autre hypothèse est possible :‘on peut supposer, en effet, non plus que l’un ou l’autre des métaux précieux est démonétisé, mais que tous les deux à la fois sont retirés de la circulation dans un ou plusieurs pays.
Nous devrons donc, dans l'étude qui va suivre, distinguer la contraction monétaire amenée par l'insuffisance des métaux précieux, et la raréfaction produite dans la circulation d’un seul métal.