CHAPITRE IV
Conséquences générales de la démonétisation.
Lorsque l’un des deux métaux revêtus du rôle de monnaie vient, par suite de circonstances variables, à se raréfier, les résultats amenés par cet événement diffèrent selon qu’il existe un pair de change bimétallique, ou qu il n’en existe pas.
De 1803 à 1873, pendant une période de soixante-dix ans, la France a pratiqué le bimétallisme avec frappe libre. Chacun pouvait faire monnayer en francs d’or et d’argent, les lingots qu'il apportait à la Monnaie, la valeur réciproque des deux métaux'étant maintenue au rapport pondéral de 4 à 15 1/2, d’après la loi du 7 germinal an XI. Cette organisation a procuré à la France elle-même et au monde entier de grands avantages. Le rapport de valeur entre l’or et l'argent étant stable, les pays à étalon d’or et les pays à étalon d’argent possédaient en réalité une monnaie bimétallique, puisqu'ils pouvaient toujours au même prix, se procurer de l'or pour de l’argent, et de l’argent pour de l'or.
M. de Laveleye cite à ce propos certains extraits des dépositions du gouverneur de la Banque d'Angleterre et des financiers éminents de l’époque, Morris, Palmer et Glyn, au Comitte of the Housee of Lords on commercial distress.
« Je considère, dit le gouverneur de la Banque d’Angle-
LA R0 EE ‘terre, l’argent comme un aussi bon moyen que l’or pour assurer la convertibilité des billets de banque ».
« L'argent peut toujours se vendre et ainsi servir à rembourser les billets. On a tort de limiter la quantité d'argent que la Banque peut détenir. »... « L'argent étant monnaie dans le monde entier, c’est la meilleure marchandise au moyen de laquelle on peut rectifier les changes. »
« Pendant soixante-dix ans, dit M. Gibbs, la Monnaie française a fait l'office d’un Clearing House entre l’Angleterre et l’Inde. » -
« Toute traite tirée sur un pays à étalon d'argent, soit de l'Amérique méridionale, soit de l’Asie, avait un prix fixe, car l’argent auquel elle donnait droit, valait presque invariablement 200 francs le kilogramme à 9/10 de fin ou 60 pence 7/8 l’once standard (1) ».
La France, tout en rendant ce service au commerce du monde entier, et surtout à celui de l'Angleterre avec l'Inde, la France, dis-je, jouissait elle-même de certains avantages : elle pouvait, en effet, et elle peutencore, payer les pays monométallistes or et argent, sans avoir besoin, comme l'Angleterre, de recourir à l'étranger. De plus, comme l’a reconnu la Gold and Silver Commission, le double étalon a donné au crédit français une base plus large, De là, une grande fermeté dans les changes avec l’étranger, une stabilité et une modicité très favorables dans le taux de l’escompte.
(1) Émile de Laveleye. La Monnaie et le Bimétallisme international.