‹ Droit Romain: Du Développement Parallèle de la Représentation dans les Instances Judiciaires et dans les Actes Juridiques Économie Politique de la Contraction Monétaire et de ses ConséquencesChapitre 33 sur 47 · LEO · texte numérisé non relu

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Grâce à l'influence du 45 1/2 français, l'or et l'argent du monde entier circulaient librement, logiquement. Malheureusement, à la suite des événements de 1870-71, une griserie de victoire et d’orgueil envahit le cerveau de toute l'Allemagne. Voulant sans doute mettre sa note dans le concert triomphal qui retentissait alors de l’autre côté du Rhin, M, Bamberger, un savant prussien, écrivit son livre du Reichsgold. I s’efforçait, dans cet ouvrage, de persuader à ses compatriotes, que le nouvel empire germanique, après avoir monopolisé, à son profit, la vertu allemande, la piété allemande, le courage allemand, devait compléter son œuvre, en drainant l'or du monde entier, dans le but de le germaniser, l’argent n'étant, d’après M. Bamberger, qu'un vil métal, indigne d’un aussi puissant empire. L'opinion publique ainsi flattée, crut facilement ce qu’on lui disait, et le gouvornement impérial décida, en 1872, la proscription de l’argent et l’annexion de l’or comme seule monnaie allemande. C'était une faute, car les conséquences funestes de cette démonétisation devaient frapper lourdement sur l’empire d’Allemagne lui-même; ceétait aussi une injustice et un mauvais procédé international, car, en vue d’une spéculation égoïste et d’un succès douteux, le gouvernement “allemand détruisait un ordre de chose depuis longtemps établi, et sur lequel le monde entier vivait confiant, comme par une convention tacite. La rupture de ce statu quo à porté préjudice au commerce et à l’industrie de toute la terre.

Dans le cas d’une démonétisation, l'opération la plus difficile consiste dans l'expulsion du métal proserit et

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dans son remplacement par le métal étalon. Dans l'espèce, l'Allemagne voulant remplacer son métal blanc par du métal jaune, profita du rôle de Clearing House joué par la Monnaie de Paris, et lui expédia son argent démonétisé. Là, il était frappé en pièces de 5 francs, dans la proportion établie de 200 francs par kilogramme et ces pièces servirent à acheter des lettres de change sur Londres, payables en livres sterling. On les utilisait encore en prenant de l'or français au taux de 1 kilogramme d’or pour 15 1/2 kilogrammes d’argenteten l’expédiant en Allemagne.C’est alors que le Gouvernement français, voulant se défendre contre cette invasion de lingots d’argent, qui chassait notre or à l'étranger, limita d’abord en 1873, le monnayage de l’argent à 40.000 écus par jour, puis, plus tard, l’interdit complètement (1).

Les premières conséquences fâcheuses de cette démonétisation frappèrent sur l'Allemagne, même avant le règlement qui restreignit le monnayage français.

La Monnaie de Paris, en effet, retenait pour la fabrication uu droit de « brassage » de 1 1/2 0/0 sur l’argent, soit 3 francs par kilogramme. Le Gouvernement allemand subissait donc cette perte sur l'argent qu’il envoyait en France. Il supportait encore les frais de transport. Enfin, il éprouvait encore un déficit par suite d’une raison particulière : l’argent, affluant à la Monnaie, par masses considérables, et la frappe exigeant un délai relativement assez long, il advint que les lingots expédiés ne pouvaient plus être livrés en numéraire à l'expéditeur, que

(1) Henri Cernuschi. Le Pair bimétallique.

douze ou quatorze mois après l'envoi. De là, une forte perte d'intérêts pour le propriétaire qui, dans l’espèce, était l’Allemagne.

La suspension de la frappe libre et du rapport fixe établi entre l'or et l’argent a désorganisé l'équilibre monétaire du monde. Le lien bimétallique qui unissait l'Orient et l’Occident, en passant par la Monnaie de Paris, à été rompu. Enfin, le change entre l’or et l’argent a été livré brusquement à lui-même après soixante-dix ans de fixité relative. Immédiatement, il se déclara en faveur de l’or contre l’argent. Devant les pertes qu'il subissait, le gouvernement allemand dut s'arrêter dans la voie de la démonétisation. Aussi, lui reste-t-il encore aujourd’hui un stock de 150 millions de thalers, ayant cours forcé sans limite de somme. |

Ce qu’il est bon de remarquer dans tout ceci, c'est que le bimétallisme, tué par une démonétisation est cependant le seul régime capable d’atténuer les conséquences d’une baisse de valeur localisée dans un seul métal. Le double étalon, adopté à Paris, à Londres, à New-York et à Berlin, permettrait au commerce du monde entier de supporter sans trop de secousses, un afflux subit et considérable d’or ou d'argent. Pourvu que l’on conservât discipline et bonne foi, un pair de change artificiel bien choisi, comme le 15 1/2 français, serait assez fort pour dominer toutes les fluctuations qui pourraient ébranler la valeur de l’un ou de l’autre métal. Le 15 1/2 français a résisté en 1850, à l’effroyable baisse de l’or, produite par la découverte des nouveaux placers américains, un 15 1/2 occidental résisterait à toutes les fluctuations.

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