CHAPITRE V
La démonétisation de 1873 et le commerce anglo-indien.
Dans ce grand désastre que la démonétisation de 1873 a déchaîné sur le monde, les régions les plus cruellement atteintes sont l’Angleterre et ses colonies. Le Gouvernement britannique, en effet, tout en adoptant l’étalon d’or pour lui-même, a dù imposer à ses établissements d’Asie, et principalement à l'Inde, le monométallisme avec étalon d’argent. Lorsqu'une traite est tirée d’un pays ayant une monnaie d’or ou d'argent, sur un autre pays possédant la même monnaie, les variations de prix de cette traite, les fluctuations du change, en un mot, sont contenues dans ue limite infranchissable, Le prix de la traite, en effet, ne peut s'élever au-dessus du total de la somme due, additionnée avec le prix du transport, d’un pays à l’autre, du numéraire nécessaire pour l’acquitter. Les variations du change ne peuvent pas dépasser cette limite, car autrement, le débiteur aurait intérêt à envoyer, en numéraire, la somme due par lui à l'étranger.
Avant 1875, le principe était le même pour les traites expédiées d’un pays à étalon d'argent, comme l'Inde, à des places monométallistes or, comme Londres et Liverpool. La France était là, servant de trait d'union entre
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l'or d'Occident et l'argent d'Orient. Le débiteur hindou, qui devait payer en livres sterling d’or à Londres, n'avait qu'à envoyer à la Monnaie de Paris, une masse d'argent 415 fois 1/2 plus lourde que le poids des livres sterling dues par lui. Le créancier anglais pouvait même s’accommoder d’un paiement en roupies qu'il savait pouvoir écouler en France au pair de 15 4/2.
Grâce au bimétallisme français, le prix de l’argent était donc maintenu au pair de 60 pences 7/8. Il ne pouvait s’en écarter d’une somme supérieure aux frais de transport et de monnayage. La France fixait le prix de l’argent dans le monde entier, et par suite limitait dans un espace restreint et prévu les variations du change universel, au grand avantage de l'Angleterre et de l’Inde,
La démonétisation de l’argent détruisit tout cet équilibre. La France ayant cessé la frappe des écus de 5 francs, Occident et l'Orient n’ont plus eu de monnaie commune. A l’heure actuelle, les transactions passées entre l'Angleterre et l’Inde ne sont plus que des trocs, L'argent que le négociant de Bombay expédie à son vendeur de Londres, n’est pour ce dernier qu'une marchandise et non une monnaie. Îl en est de même réciproquement, pour l’or expédié en paiement d'Angleterre en Asie. Cet état de choses est l’origine de [a crise agricole et commerciale que nous traversons depuis dix-huit ans.
Par suite de la démonétisation de l’argent en Europe, le change se déclara contre ce métal qui, de 60 pences 7/8 tomba à 43. La roupie descendit de 2 schellings à 18 pences.
A l’heure actuelle, le négociant de Londres qui fait une